La Terre est mon pays et sa protection est vitale

Avec l’émergence dans nos vies de la crise climatique mondiale et les efforts déployés de toutes parts pour renverser la vapeur et nous ramener sur une voie écologiquement viable, dans l’espoir que nos enfants et leurs propres enfants aient la chance de profiter comme nous d’une nature en santé et toujours aussi riche de sa merveilleuse biodiversité, l’enjeu de la protection de l’environnement est désormais au centre des préoccupations de la majorité de nos concitoyens. Le Québec se démarque particulièrement par la vigueur rassurante de la mobilisation citoyenne, particulièrement chez les jeunes, face à la menace existentielle du réchauffement climatique mondial et des dérèglements catastrophiques qui l’accompagnent.

Cet article n’a pas pour but de vous alerter sur ce que vous savez déjà être une urgence majeure ni de vous assommer avec des statistiques déprimantes, même s’il est impossible de ne pas en citer quelques-unes pour expliquer la nature des enjeux propres au Québec, dans ce contexte plus global dont ils ne sauraient être dissociés. L’objectif ici est de démontrer qu’il est encore possible, en dépit des apparences, de changer de cap pour éviter l’ouragan terrifiant que l’on voit venir, et finalement voguer vers des cieux plus cléments. Mais pour y arriver, il faut d’abord convaincre notre équipage, et surtout le timonier Legault contrôlant en partie le gouvernail, qu’il faut jeter par-dessus bord toutes les chimères (idées sans rapport avec la réalité) qui, tant dans la sphère économique que dans celle de la politique, nous empêchent encore d’effectuer ce nécessaire changement de cap.

Les enjeux faisant l’objet de cet article

Après avoir victorieusement repoussé le spectre du viol chimique, par la fracturation hydraulique, des entrailles de la vallée du Saint-Laurent, après avoir exprimé un refus catégorique au passage en sol québécois d’un pipeline transcanadien qui aurait donné un exutoire au sale pétrole albertain, et après avoir libéré l’île d’Anticosti de la menace d’un viol collectif de sa beauté vierge par l’industrie pétrolière, un autre défi de taille soulève désormais l’ire écocitoyenne, méthodiquement canalisée vers des actions capables de susciter à nouveau un sursaut de conscience collective assez fort pour bloquer le passage d’un mégagazoduc et de mégaméthaniers au cœur même de nos plus précieux joyaux naturels.

Deux promoteurs américains, Jim Illich et Jim Breyer, associés avec Louis Bergeron, vice-président du défunt projet Énergie Est de TransCanada, se sont mis en tête – dans le but évident de s’en mettre plein les poches – de faire construire un pipeline gazier à travers des milliers de cours d’eau, de nombreux milieux humides et une forêt primaire encore intacte dans le nord du Québec, pour exporter chaque année plus de 15 milliards de mètres cubes de gaz fossile issu de la fracturation hydrochimique. Ce gazoduc de 42 pouces de diamètre aboutirait à une usine de liquéfaction sur les rives du fjord à Saguenay pour y être refroidi à – 162 °C et ensuite chargé à bord de navires méthaniers de près de 300 mètres de longueur par 50 mètres de largeur – le Titanic était long de 269 mètres et large de 28 – qui transiteraient de 6 à 8 fois par semaine au beau milieu d’un secteur qualifié de refuge acoustique et d’habitat essentiel pour les bélugas, afin d’aller livrer ce gaz en Europe ou en Chine. L’empreinte écologique totale de ce carburant fossile – en incluant les émissions fugitives de méthane et les GES émis en amont et en aval de son cycle de vie – équivaudrait aux émissions annuelles en CO2 de plus de cent millions de voitures.

Tel est le projet de GNL Québec et des filiales Gazoduq et Énergie Saguenay créées par ces promoteurs. Coût total : 14 milliards de dollars. Emplois permanents : tout au plus 300, soit près de 57 $ millions par emploi créé. Impacts environnementaux : 1) disparition probable de la population de bélugas du Parc marin du Fjord-du-Saguenay, créé entre autres pour les protéger ; 2) dégradation certaine de la qualité de l’appel touristique ; 3) disparition possible de 18 espèces floristiques et de 17 espèces animales en situation précaire, notamment le carcajou et la tortue mouchetée, dont l’habitat sera sectionné par le corridor du gazoduc, qui nécessiterait une coupe à blanc de 30 mètres de largeur sur 780 kilomètres de longueur – soit 234 kilomètres carrés, ou près de la moitié de la superficie de l’île de Montréal ; 4) accélération du réchauffement climatique mondial par un combustible fossile dont l’impact est en réalité pire que celui du charbon ou du mazout, quand on tient compte des émanations fugitives de méthane, 86 fois plus puissant que le CO2 sur un horizon de 20 ans pour réchauffer l’atmosphère – c’est Damon Matthews, un expert du GIEC qui le précisait en 2017.

Permettre des investissements de 17 $ milliards dans ce projet gazier serait nous enfermer pour une quarantaine d’années de plus dans une filière énergétique non durable, alors qu’il nous reste à peine 11 ans pour investir massivement dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la mobilité durable, et ainsi réduire enfin nos émissions de GES. Congeler une énergie sale avec les 550 mégawatts d’énergie propre qu’Hydro-Québec fournirait chaque année est un non-sens délirant. Faire circuler des méthaniers géants dans un étroit et long corridor maritime, englacé la moitié de l’année, en contradiction flagrante avec les recommandations de la SIGTTO, serait une première mondiale à très haut risque.

Le potentiel explosif d’un méthanier chargé à bloc est l’équivalent de 100 bombes nucléaires comme celle ayant dévasté Hiroshima. Stephen Harper, célèbre pour son appui inconditionnel aux énergies fossiles, a lui-même interdit le trafic de méthaniers aux abords du Nouveau-Brunswick en raison des risques trop importants qu’ils auraient fait courir à la population riveraine. Le gouvernement de Justin Trudeau a renouvelé cette interdiction, même si le transport de gaz naturel par méthanier est réputé être très sécuritaire. Le risque d’une collision catastrophique avec un autre navire circulant dans le fjord, ou avec les traversiers faisant la navette jour et nuit à l’embouchure du Saguenay, peut sembler minime, tout comme celui d’une attaque terroriste contre un de ces mastodontes, si difficiles à manœuvrer que trois remorqueurs seraient nécessaires lors des opérations d’accostage. Les mesures de sécurité extrêmes auxquelles tous les voyageurs doivent se soumettre chaque fois qu’ils prennent l’avion se justifient par un risque tout aussi infime d’un acte terroriste. Le moindre doute sur la fiabilité technique d’un avion suffit à le faire clouer au sol. On ne badine pas avec la sécurité des passagers. Pourquoi le même niveau de précaution ne s’appliquerait-il pas dans un endroit où la navigation pose pour de tels géants des risques nettement trop importants pour leur permettre d’accéder au fjord ? Quelles que soient les paroles rassurantes que peuvent proférer les porte-parole des promoteurs ou de Port Saguenay, le risque zéro n’existe pas.

Deux autres projets industriels de moindre envergure pourraient éventuellement, voire prochainement, ajouter leurs impacts environnementaux.

1) Arianne Phosphate, combinant une mine d’apatite près du Lac à Paul et un port à construire en rive nord du Saguenay, afin d’y expédier chaque année par bateau 3 millions de tonnes métriques d’un engrais phosphaté hydrosoluble, dont l’usage dans l’agriculture chimique intensive devrait être banni tant son lessivage dans les cours d’eau favorise l’eutrophisation des lacs et des océans, où il entraine la multiplication de vastes zones dénuées d’oxygène et de toute forme de vie, un phénomène consternant que l’érosion des sols provoquée par les pluies diluviennes des extrêmes climatiques ne fait qu’aggraver. Ce projet a toutes les autorisations nécessaires pour se réaliser, même si le projet de port n’a jamais été soumis à un examen du BAPE. Toutefois, selon un économiste du gouvernement québécois, l’entreprise devra attendre au moins une dizaine d’années avant que le prix de cet engrais sur les marchés mondiaux remonte à un seuil où sa rentabilité deviendrait possible.

En dépit de tout cela, et malgré l’échec d’un projet similaire à Sept-Îles – celui de la mine Arnaud, également au point mort – le gouvernement Legault vient de décider de maintenir ce projet sous respirateur artificiel par un investissement de 1,5 million de dollars attribué le 7 mai dernier, s’ajoutant au 3,4 millions de dollars déjà versés par le gouvernement Couillard, dans l’espoir ténu que ce projet de 1,2 milliard de dollars devienne un jour autre chose qu’une vision de l’esprit. Les citoyens des villages voisins du site envisagé maintiennent une vigilance de tous les instants et ne cessent de répéter sur toutes les tribunes leur opposition farouche au projet d’une desserte portuaire qui ne créerait qu’une poignée d’emplois sur place, mais défigurerait à jamais la beauté unique du fjord.

2) Métaux BlackRock, qui a également reçu les autorisations requises, espère entamer cet été la construction d’une énorme fonderie à La Baie (un arrondissement de ville Saguenay), afin de produire de la fonte brute (500 000 tonnes/an), du ferrovanadium (4200 tonnes/an) et du titane à partir des 850 000 tonnes de minerai qu’elle compte extraire chaque année de sa future mine à Chibougamau. En tout, la mine et l’usine créeraient environ 500 emplois sur une période pouvant atteindre 50 ans. Le précédent gouvernement de Philippe Couillard a déjà englouti un quart de milliard de dollars dans cette aventure, dont 63 millions pour les infrastructures du port de Saguenay qui accueilleraient les activités de l’entreprise, sans avoir la certitude que ses dirigeants réussiront à obtenir le 1,15 milliard encore requis pour financer la mine et l’usine. Le 8 mai dernier, La Presse nous apprenait qu’un des partenaires financiers de l’entreprise venait de lui faire faux bond. De plus, la construction d’un prolongement de 14 km du réseau gazier d’Énergir pour alimenter la future usine en gaz pourrait se buter à un long processus d’évaluation environnementale par le BAPE, qui retarderait considérablement la mise en chantier de l’usine, ce qui contribue à prolonger l’incertitude entourant le financement de ce projet.

Relativement peu de gens de la région ont exprimé publiquement leur opposition jusqu’ici à ce projet qui, comme les autres, a récolté l’appui de nombreux élus municipaux, pour qui les retombées économiques potentielles justifient de fermer les yeux sur les nombreux impacts négatifs prévisibles de cette usine et des autres projets. Même si le promoteur assure, selon ses modélisations, que son usine respectera les normes actuelles de concentration ambiante de divers polluants émanant de ses cheminées, les fumées de l’usine dégageront une odeur caractéristique de soudure ou de métal qui sera perceptible par les résidents de La Baie et de Saint-Fulgence lorsque les conditions atmosphériques – absence prolongée de vent – retiendront au sol dans le secteur le smog chimique créé par cette pollution atmosphérique. En plus d’être un inconvénient olfactif agressant, le SO2 (dioxyde de soufre), typiquement émis dans l’air par toute fonderie, pourra affecter la santé des employés travaillant dans l’usine et celle de la population environnante, déclencher des crises d’asthme, aggraver l’état de santé des personnes atteintes d’une maladie cardiaque ou pulmonaire, voire causer un cancer du poumon. Enfin, en plus de ces impacts prévisibles sur la santé humaine, et d’une cinquantaine de transits de cargos dans le fjord chaque année, cette usine produirait d’importantes émissions de gaz à effet de serre, la faisant figurer parmi les grands émetteurs industriels du Québec avec des rejets totalisant près de 400 000 tonnes d’équivalent C02, soit 64 % des émissions totales de GES du Québec en 2030, des émissions pour lesquelles l’entreprise devrait payer une compensation au système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre du Québec.

Tous ces projets sont justifiés auprès de la population régionale par les emplois qu’ils créeront. Or, tout indique que la profonde pénurie de travailleurs qualifiés qui affecte la région, comme le reste du Québec, depuis plus de 2 ans est appelée à s’amplifier avec le départ massif à la retraite ces années-ci des baby-boomers. Les salaires confortables que ces emplois garantiraient causeront certainement bien des soucis aux responsables des PME régionales, incapables d’offrir de tels salaires, qui s’arrachent déjà les cheveux pour pourvoir les postes vacants au sein de leurs entreprises, et qui doivent même refuser des contrats faute de disposer de la main d’œuvre nécessaire. Ces grandes industries risquent donc de cannibaliser maintes PME de leurs employés, en plus de devoir recruter des travailleurs qualifiés à l’internationale pour combler leurs propres besoins en main d’œuvre. Les élus locaux, qui ont montré tant de hâte à appuyer ces projets, pourraient donc s’en mordre les doigts quand ils réaliseront l’effet déstructurant de ces géants, un peu à l’image de l’effet dévitalisant sur les commerçants locaux que les magasins à grande surface comme Walmart ont pu avoir.

Tout ceci dresse un tableau de la réalité capable de résister à l’épreuve des faits grâce aux références détaillées que vous trouverez via https://www.collectifdubassaguenay.ca/post/références-pour-le-texte-de-l-action-nationale

Passer de la prise de conscience à l’action concertée

À présent, examinons comment nous pourrions, tant au plan individuel que collectif, influer sur les prises de décisions gouvernementales qui détermineront à la fois l’avenir de ces projets et l’avenir de l’humanité.

Le premier élément à considérer concerne la façon d’amener de plus en plus de gens à passer de l’apathie de la personne qui se sent peu concernée et/ou impuissante à faire changer les choses, à un sentiment d’urgence assez puissant pour la faire sortir de sa léthargie. La diffusion d’informations présentant les différents aspects, souvent mal compris, des problèmes qui nous posent un défi est bien sûr la première étape indispensable. Tel était le but de ce que vous venez de lire. En étant armé des bonnes informations, celles qui révèlent ce que les promoteurs de tout projet polluant s’évertuent à minimiser ou à dissimuler, vous réalisez combien il serait souhaitable d’amener nos décideurs politiques à voir les choses sous le même angle que vous. Toutefois, pour y parvenir, si vous avez envie d’agir, vous êtes toujours face au même sentiment d’impuissance. C’est à ce stade que vous êtes mûr pour la deuxième étape du processus de changement.

De l’union jaillit la force. Dans le système de démocratie représentative où nous vivons, notre voix compte peu entre les scrutins électoraux où l’on nous offre la possibilité d’exercer une influence microscopique pour déterminer quel parti nous représentera pour les quelques années à venir. L’illusion que notre vote peut faire une différence se dissipe vite quand on réalise, une fois de plus, que le nouveau gouvernement, pour toutes sortes de raisons découlant souvent de facteurs conjoncturels, ne livre pas la marchandise promise, ou bien, si la volonté d’une majorité d’électeurs s’est portée vers une autre formation politique que celle de notre choix, prend des décisions contraires à nos valeurs et à nos préférences. Pire, si l’on est un fin observateur de la scène politique, on constate bientôt que de nombreuses décisions gouvernementales sont dictées non pas par les besoins et les désirs de l’électorat, mais par les intérêts que fait valoir une armée invisible de démarcheurs professionnels, les fameux lobbyistes, grassement payés par diverses entreprises pour obtenir, dans le contexte de procédures et de cadres réglementaires souvent faciles à contourner, les décisions convenant le plus à leurs intérêts – lesquels coïncident rarement avec ceux de la majorité des électeurs.

Quand ces intérêts corporatifs entrent directement en conflit avec les valeurs et les idéaux d’une bonne partie de la population, c’est alors que l’on peut voir se lever une armée de citoyens qui, faisant front commun, se donnent les moyens d’influer plus ou moins efficacement sur la classe politique, au point parfois de devenir d’encombrants cailloux dans les chaussures des élus, qui n’ont alors d’autres choix que prêter attention à leurs demandes – ou du moins de faire semblant. Les Québécois se sont à maintes reprises distingués par la vigueur et l’ampleur remarquables des moyens de pression déployés pour faire entendre leurs revendications. Le mouvement syndical a été à une époque l’exemple le plus frappant de la puissance du nombre pour faire pencher les décisions gouvernementales en faveur des travailleurs ou pour obtenir de meilleures conditions salariales. Le mouvement étudiant a aussi connu de belles heures de gloire contestatrices, à l’occasion notamment du Printemps érable. Depuis quelques années, c’est le mouvement environnemental qui, ici comme ailleurs, manifeste le plus visiblement sa détermination à vouloir plier la volonté politique à sa vision salvatrice d’un monde en proie au désarroi climatique.

C’est dans cette mouvance écocitoyenne de mieux en mieux orchestrée et de plus en plus respectée que s’inscrit la campagne lancée notamment par la Coalition Fjord, et les collectifs de citoyens gravitant autour d’elle, pour réclamer une profonde remise en question du modèle de développement fondé sur l’exploitation à outrance des ressources naturelles dont le Canada est bien pourvu – le tout sous le couvert d’une prétendue durabilité qui n’a rien à voir avec la préservation de l’intégrité naturelle de l’environnement, mais tout à voir avec une croissance perpétuelle de l’économie, ce qui, à sa face même, est une utopie incompatible avec les limites déjà largement dépassées de ce que les écosystèmes terrestres peuvent absorber sans frapper le mur de leur effondrement vers lequel notre civilisation fonce tête baissée.

Cette militance citoyenne, alimentée par une ferveur passionnée compensant amplement la faiblesse des ressources financières disponibles, a réussi par le jeu d’alliances stratégiques avec des alliés naturels et grâce à la mobilisation citoyenne en faveur d’une véritable protection de l’environnement, à recueillir près de 30 000 de signatures appuyant une pétition dénonçant fermement le projet gazier de GNL Québec. De régulières prises de position, dûment répercutées dans les médias, ont accru la prise de conscience des nombreuses conséquences prévisibles et inacceptables de ce projet. La plupart des gens ont compris que la crise climatique mondiale et l’érosion croissante de la biodiversité ont leurs racines non seulement dans l’effet cumulatif de nos gestes individuels, mais aussi, et surtout, dans la fuite en avant que représente le modèle économique écologiquement irresponsable et insouciant que certaines tentent de perpétuer. Le lien entre le local et le global est clair.

Ce qui est moins clair, c’est le moyen d’arriver à contrer la force d’inertie de décennies d’habitudes et de réflexes conditionnés soutenant encore le discours politique quant à la prédominance des considérations économiques, malgré les impacts environnementaux et humains pourtant bien visibles. Le bras de fer entre la volonté citoyenne de préserver les fondements de la vie sur Terre et la volonté gouvernementale et corporative de creuser encore plus profondément le trou de nos choix incompatibles avec cette même vie semble nous mener dans une impasse. Toutefois, inévitablement, un point de bascule sera bientôt franchi dans le degré de lucidité des gens qui, ici comme ailleurs, voient bien que nos gouvernements, prisonniers des dettes d’un système conçu pour les asservir aux intérêts d’une élite financière ultra discrète, ne pourront faire plus que tenter futilement d’endiguer le déferlement des catastrophes censément « exceptionnelles » qui s’abattent toujours plus férocement sur le globe. L’espoir de voir la classe politique prendre à bras le corps le défi climatique et adopter les mesures urgentes et radicales requises pour briser le cycle infernal de notre propre autodestruction s’amenuise chaque jour qui passe où d’autres priorités monopolisent le programme politique.

Alors, quelles options nous reste-t-il ? Une révolution de citoyens excédés endossant des gilets verts comme symbole de ralliement pour aller en découdre avec les forces chargées de préserver l’ordre établi ? En désespoir de cause, il faudra peut-être en venir là, et la grève mondiale (Earth Strike) prévue pour le 27 septembre prochain pourrait bien être un tournant dans une telle révolution citoyenne. Mais le système mis en place pour protéger les intérêts des riches et puissants est habitué à se faire contester et à se protéger face à ce genre de moyen de pression. Ça ne fera que renforcir son pouvoir alors que se durciront les positions de plus en plus irréconciliables des camps opposés. De cette situation, en apparence insoluble, pourrait alors émerger la réalisation que le fait de continuer à réclamer des politiciens des changements qu’ils sont foncièrement incapables de réaliser ne débouchera sur rien de concret, et que continuer à leur adresser nos revendications ne fait que légitimer le pouvoir dont nous leur reconnaissons ainsi implicitement le droit exclusif de l’exercer.

Quand une masse critique d’humains auront compris que le vrai pouvoir de changer les choses réside non pas dans le vain espoir que la classe politique, sous la tutelle de l’élite économique, se retourne contre ses maîtres, mais dans notre propre capacité à choisir de changer nous-mêmes ce qui doit l’être, alors le point de bascule sera atteint et le château de cartes de l’empire colonisateur, désormais arrivé au bout de son rouleau, s’effondrera pour laisser la place à une nouvelle réalité sociale.

De quoi sera-t-elle faite et comment se redéfiniront les paramètres de l’autogouvernance qui pourra alors prendre forme ? Bien malin qui pourrait le dire, car c’est tous ensemble que nous cocréons la nouvelle civilisation qui surgira des derniers soubresauts de l’Ancien Monde à l’agonie. Une chose est sûre pour quiconque sait tendre l’oreille à sa petite voix intérieure : la solidarité, l’entraide, l’ouverture aux autres, la compassion active et l’amour sans condition, déjà bien visibles dans d’innombrables initiatives humanitaires et solidaires, deviendront le socle sur lequel reposera cette nouvelle civilisation, à échelle humaine, à empreinte écologique minimale et farouchement protectrice de l’extraordinaire héritage vivant que la vie nous a confié en nous offrant le privilège de naître en ce monde, unique entre tous.

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