Roger Barette. De Gaulle. Les 75 déclarations qui ont marqué le Québec

Roger Barette
De Gaulle. Les 75 déclarations qui ont marqué le Québec
Québec, Septentrion, 2019, 381 pages

Depuis sa célèbre visite de juillet 1967, les liens particuliers de Charles de Gaulle avec le Canada français et le Québec ont fait l’objet de nombreuses publications de divers ordres : monographies, articles, témoignages. Longtemps président de l’Association Québec-France, actuellement secrétaire général de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoires communs, Roger Barrette propose une excellente synthèse des connaissances sur la question. S’« il n’est pas question de faire ici l’apologie du général de Gaulle ni de présenter de lui un portrait complaisant » (p. 26), explique l’auteur, il s’agit clairement d’un ouvrage plein de déférence et de considération qui vise à souligner l’extraordinaire contribution de l’homme du 18 juin à l’éveil culturel et politique des Québécois durant les années fastes de la Révolution tranquille.

Originaire de Joliette, fils d’un Canadien français né en Ontario qui n’avait jamais oublié l’humiliation du règlement XVII (1912), issu d’une famille sympathique à l’Union nationale d’Antonio Barrette, premier ministre du Québec lors de la visite d’avril 1960 du général de Gaulle, l’auteur s’était rendu à Berthier, l’une des haltes du président français, le 24 juillet 1967. « De Gaulle savait nous parler. Nous faire sentir, dans ses mots à la fois simples et éloquents, que nous n’étions pas un résidu de l’histoire […] Il nous communiquait une énergie incroyable ! » (p. 18-19).

Après un avant-propos plus personnel, Roger Barrette propose un bref survol de l’histoire de France depuis 1890 et une courte biographie de Charles de Gaulle qui offre des informations inédites sur son intérêt pour le Canada français. Grâce à une permission spéciale de la Fondation Charles-de-Gaulle, l’auteur a eu un accès privilégié à la bibliothèque personnelle du général de son bureau de la Boisserie, sa résidence de Colombey-les-Deux-Églises, où il a rédigé ses mémoires.

Roger Barrette y découvre tout un rayon dédié à l’histoire du Québec, lequel contient une douzaine d’ouvrages dont les biographies de Thomas Chapais, Guy Frégault et Marie-Claire Daveluy consacrées à Montcalm, d’Iberville et Jeanne Mance, ainsi que deux livres de Lionel Groulx (Notre grande aventure et Le Canada français missionnaire). Le cœur de l’ouvrage de Roger Barrette, un long chapitre de 156 pages, relate les « propos et confidences du général de Gaulle » sur le Canada français et le Québec du 1er août 1940 au 14 février 1969. La longue liste de ces « propos » confirme que le vivat du président français n’avait rien d’une déclaration improvisée. S’il puise abondamment dans l’ouvrage phare d’Alain Peyrefitte (C’était de Gaulle, tome 3, Paris, Fayard-Fallois, 2000), il se réfère aussi aux travaux qui font autorité et aux découvertes les plus récentes (ex. le discours que devait prononcer le général de Gaulle à Ottawa, découvert récemment par Denis Monière).

À ces références obligées, il ponctue ce chapitre de quelques trouvailles dénichées aux archives de la Fondation Charles-de-Gaulle et du ministère des Affaires étrangères de France. Par exemple, la lettre d’un père dominicain en poste à Tokyo confirme le retentissement international du « Vive le Québec libre ! ». « Jamais on n’a tant parlé du Canada au Japon. Pendant trois jours, ici à Tokyo, la visite du général de Gaulle a tenu l’affiche au tout premier rang des nouvelles internationales […] Les Japonais viennent d’apprendre qu’il existe un peuple canadien-français. Tout le monde le sait maintenant, depuis l’Empereur jusqu’à ma cuisinière » (cité dans p. 164).

Le dernier chapitre porte sur l’héritage non seulement de la visite du général de Gaulle en 1967, mais de toutes les actions menées par son gouvernement durant les années 1960. L’auteur assimile ces actions aux grandes réformes de la Révolution tranquille qui ont entraîné diverses luttes pour défendre et promouvoir la langue française, provoqué de nombreux voyages de jeunes grâce à l’Office franco-québécois de la jeunesse, et favorisé le développement d’une personnalité internationale pour le Québec grâce à diverses ententes historiques et à la tenue des Sommets de la francophonie. Roger Barrette montre aussi l’étendue des échanges économiques, techniques et scientifiques entre le Québec et la France dans un nombre étonnant de secteurs. Quelques annexes utiles viennent clore cette belle synthèse, dont le texte des accords Peyrefitte-Johnson signés en septembre 1967, quelques semaines après la visite du général.

Éric Bédard
Université TÉLUQ

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