Février 2020

Vol. CX, no 2

Éditorial - Les grenouilles dans la marmite

2020fevrier250Acheter ce numéro

Il faut se rendre à l’évidence, les Québécois ont une aptitude inouïe à composer avec l’échec. Cela a toujours été vrai, mais les choses ont pris une tournure inédite depuis le référendum volé de 1995. Volé ? Les notables souverainistes ont mis des années avant de laisser prononcer le constat dans leur entourage. Le bougonnage de Lucien Bouchard, hostile à tout combat national et plus enclin à s’en prendre à son peuple qu’à le guider sur les voies du dépassement, suffisait alors à faire comme si se résigner pouvait nous accorder le certificat de sainteté requis pour oser, un jour, se dresser contre Ottawa. Le gouvernement canadian a eu le champ libre et il ne s’est pas privé d’en profiter.

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Faut-il abolir ÉCR ?

Professeure de sociologie, Cégep de Saint-Jérôme. Conférence prononcée au colloque de l’Institut de recherche sur le Québec (IRQ) le 2 novembre 2019 (mise à jour janvier 2020)

En octobre dernier, dans le cadre d’un cours sur les problèmes sociaux que je donnais au Cégep de Saint-Jérôme, j’ai présenté en classe le débat de l’émission Zone franche sur l’encadrement du port de signes religieux1. Pendant le visionnement, les étudiants devaient répondre à une série de questions qui se rapportaient aux interventions de chacun des huit participants au débat.

J’ai observé mes étudiants pendant la diffusion. Leur perplexité était palpable. On aurait dit que c’était la première fois qu’on leur présentait cet enjeu comme un débat dans lequel plusieurs points de vue étaient légitimes. Leurs yeux s’écarquillaient chaque fois qu’un défenseur de la loi 21 présentait son point de vue.

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La souveraineté : enjeu principal du XXIe siècle numérique

Président de FACiL. Texte produit dans le cadre de la soirée-débat des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO) du 28 novembre 2019 sur le thème « Les technologies numériques et l’indépendance ».

Aujourd’hui, il n’est pas un domaine de l’activité humaine qui échappe à la déferlante numérique, qui est passée en quatrième vitesse dans les années 1990 avec le branchement à Internet de pratiquement toutes les organisations et de tous les ménages des nations dites développées, dont la nôtre. Les bienfaits de l’ordinateur branché à Internet étant aussi facilement perceptibles et quasi irréversibles que ceux de l’électricité, personne ne songe déjà plus à proposer de revenir en arrière, malgré les désordres et les reculs tout aussi perceptibles que la transition numérique nous impose.

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Primeur - Mon octobre 70’ « Mon adhésion au FLQ »

Extrait en primeur de l'ouvrage de Robert Comeau à paraître le 11 mars 2020
Chapitre 3 de Mon Octobre 70. La crise et ses suites, par Robert Comeau avec Louis Gill, vlb éditeur, 2020

Mon premier contact avec un militant du FLQ a eu lieu à l’automne 1969, dans mon bureau de l’UQAM, durant ma première session d’enseignement universitaire. Un étudiant à qui j’avais enseigné au collège Sainte-Marie m’a dit, après une brève entrée en matière, qu’il avait beaucoup apprécié mon cours. Je me souvenais très bien de lui, car il était venu me remercier à la fin de mon cours, au printemps précédent, ce qui n’était pas une pratique courante. Il m’a ensuite demandé si j’étais prêt à aider le FLQ. Plutôt étonné, je lui ai demandé à mon tour comment il souhaiterait que je le fasse. Par un soutien financier destiné à acquérir « du matériel », m’a-t-il répondu. J’étais flatté que ce militant d’origine ouvrière me fasse suffisamment confiance pour solliciter mon appui à l’action de militants engagés. Je n’ai pas réfléchi longtemps et je lui ai dit de revenir le lendemain. Je n’ai pas envisagé un instant les conséquences à long terme de mon acquiescement, ce que mon père m’aurait sans doute reproché par une de ses formules préférées : « Plein de voiles, mais pas de gouvernail ! ».

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Serge Cantin. La distance et la mémoire

Serge Cantin
La distance et la mémoire. Essai d’interprétation de l’œuvre de Fernand Dumont
Québec, Presses de l’Université Laval, 2019, 426 pages

Qui lit encore Fernand Dumont ? Quelle est donc cette prose, pas tout à fait philosophique et pas tout à fait sociologique non plus, qui s’énonce souvent au « je » et entremêle réflexion théorique, analyses de la société québécoise et expériences vécues par l’auteur ? D’un abord difficile, la prose dumontienne, en outre, ne sent-elle pas le soufre : « culture », « nation », « mémoire », etc., n’a-t-on pas affaire là à un auteur que l’air du temps enjoint de considérer avec suspicion voire de tenir à distance ?

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Pierre Mouterde. Les impasses de la rectitude politique

Pierre Mouterde
Les impasses de la rectitude politique
Montréal, Les Éditions Varia, 2019, 167 pages

Longtemps l’auteur a éprouvé des sentiments contradictoires devant la rectitude morale et politique. D’une part, l’obligation venue des campus étatsuniens, qui conduit les interlocuteurs à dire les choses par métaphore et à adopter une posture morale, l’importunait. D’autre part, dans la tendance à dénoncer le mal-fondé du phénomène, il voyait la marque distinctive des droites, qui en faisaient le vecteur de leur défense de la liberté d’expression. Il a décidé de s’engager dans l’analyse de la bien-pensance actuelle quand il a constaté qu’elle dominait une partie de la gauche et minait de l’intérieur ses projets de transformation sociale. En effet, à l’examen des mots et des discours, il est légitime de demander « si la gauche – tout au moins ses courants hégémoniques – n’est pas en train de perdre quelque chose de son sens critique premier, voire de son élan subversif et révolutionnaire des origines » (p. 14).

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Robyn Maynard. NoirEs sous surveillance

Robyn Maynard (traduit de l’anglais par Catherine Ego)
NoirEs sous surveillance : esclavage, répression, violence d’état au Canada
Montréal, Mémoire d’encrier, 2018, 350 pages

C’est maintenant connu de tous : le Canada est un pays multiculturaliste et jamais en reste pour se lancer dans une nouvelle bataille pour la défense des marginalisés de ce monde. Ce que l’on connaît moins, ce sont les conséquences de cette doctrine sur le corps social. Le dernier ouvrage de Robyn Maynard, Canadienne anglaise se décrivant comme « activiste noire », peut nous en donner une petite idée. Cette égérie de la mouvance antiraciste accumule les luttes pour la reconnaissance des minorités, montrant là toute la désagrégation du tissu social causée par l’idéologie canadian. Tout au long de son essai, elle ne semble, à aucun moment, s’intéresser au point de vue de ceux qu’elle dégrade continuellement. Les policiers, les juges, les agents frontaliers sont calomniés comme des bourreaux perpétuant l’œuvre raciste de leurs pères : leurs versions des faits ne l’intéressent nullement.

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Bobo pas content - Mélancolies identitaires

Mark Fortier
Mélancolies identitaires. Une année à lire Mathieu Bock-Côté
Montréal, Lux Éditeur, Collection Lettres libres, 2019, 176 pages

Le 5 novembre 2019, le cahier « Lire » du journal québécois Le Devoir proposait un grand entretien avec Mark Fortier, éditeur à la maison d’édition de gauche LUX, sociologue et essayiste. L’homme venait en effet de commettre un essai intitulé Mélancolies identitaires : une année à lire Mathieu Bock-Côté, un livre qui en dit long sur l’état décadent de l’écosystème intellectuel québécois d’aujourd’hui, après presque 60 années de monopole idéologique libéral progressiste.

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L’article 72 de la Charte de la langue française saboté par les autorisations particulières

Ex-directrice de la planification, ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion.

Il y a une perception tenace qui règne au Québec voulant que l’obligation de l’enseignement primaire et secondaire en français, pour tous sauf les « anglophones de souche », assurera la pérennité du français au Québec1. On met tous nos œufs dans le panier que constitue le principe énoncé par l’article 72 de la Charte de la langue française : « L’enseignement se donne en français dans les classes maternelles, dans les écoles primaires et secondaires sous réserve des exceptions prévues au présent chapitre2 ».

S’il est vrai que de plus en plus d’enfants allophones se trouvent dans les écoles françaises et que le secteur anglais au Québec a vu sa part de l’ensemble des élèves au Québec baisser depuis le sommet de 15,7 % en 1971, cette part en 2015 est exactement la même qu’en 1991, c’est-à-dire 9,6 %. Comment cela se peut-il ? La réponse se trouve dans le même article 72 : « sous réserve des exceptions prévues au présent chapitre ».

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Les cégeps français à Montréal : le début de la fin ?

Quand la situation était encore gérable, elle fut négligée, et maintenant qu’elle est catastrophique, nous appliquons trop tard les remèdes qui, utilisés à temps, auraient conduit à la guérison (Winston Churchill).

Au Québec, l’offre de places d’étude et de programmes dans la langue de la minorité anglophone est abondante à tous les niveaux scolaires. Qui plus est, la part relative du réseau anglophone s’accroit au fur et à mesure que l’on gravit les échelons du système d’éducation québécois. Ainsi, on retrouve dans le réseau anglophone 9,3 % des places d’études aux niveaux préscolaire, primaire et secondaire1, 19 % au niveau collégial2 et 25,4 % au niveau universitaire3. Ceci alors que les anglophones constituaient 8,1 % de la population du Québec en 20164. On remarque que, malgré les contraintes d’accès au réseau primaire et secondaire de langue anglaise mises en place par la Charte de la langue française, la proportion de places au primaire et secondaire (9,3 %) y est légèrement supérieure à celle de la population anglophone d’âge scolaire de 0 à 14 ans (9,2 %)5.

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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