L’Arménie : l’indépendance sans peur ni regret

L'auteur est un journaliste à la retraite

L’Arménie, petit pays du Caucase enclavé entre plusieurs voisins turbulents, fêtera en septembre 2021 le 30e anniversaire de son accession à l’indépendance. L’Arménie fait partie de la centaine d’États qui, à travers le monde, ont acquis le statut de pays souverain depuis 1960.

On compte 3 millions d’Arméniens qui peuplent ce pays aux dimensions modestes d’environ 300 par 100 km. La moitié de la population habite Yérévan, la capitale, stratégiquement sise au centre du pays.

Il y a une grande homogénéité de la population. Les Arméniens partagent la même langue et la même religion, celle de l’Église apostolique arménienne. À l’école, la langue seconde apprise est le russe. La Russie est proche en effet et la proximité de ce géant implique des relations économiques et politiques poussées entre les deux pays.

Mais ils partagent surtout un sentiment de fierté nationale, né des luttes acharnées qu’ils ont dû mener pour acquérir leur indépendance en 1991, après des siècles d’occupation tour à tour romaine, perse, ottomane et soviétique.

Les voyageurs occidentaux ont une première surprise en posant le pied à l’aéroport de Zvartnots, en banlieue de la capitale. L’affichage commercial et les menus des restaurants sont bilingues : arménien et russe. Ces deux langues possèdent chacune un alphabet propre, différent de celui utilisé dans les pays de l’Ouest. L’usage des langues occidentales, notamment du français ou de l’anglais, est encore peu répandu, ce qui confère au pays un exotisme fascinant. Pas d’inquiétude pour le touriste occidental ; il va manger à sa faim, car on a pensé mettre les photographies des mets sur les menus des restaurants.

L’histoire de l’Arménie n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. C’est une des plus vieilles régions de l’humanité. La Bible raconte que c’est sur une montagne de la région, le mont Ararat (5200 m de haut), que Noé et son Arche s’arrêtèrent après 40 jours d’errance sur les eaux lors du Déluge. On devine pourquoi le mont Ararat est une montagne sacrée pour les Arméniens.

Le pays est couvert de vieux monastères et temples, dont plusieurs datent de l’occupation romaine, il y a près de 2000 ans. La visite de ces lieux de culte constitue d’ailleurs une des attractions touristiques principales.

Après des siècles d’occupation ottomane, les Turcs procédèrent en 1915 à une élimination systématique du peuple arménien. Ce fut un des plus atroces génocides de l’histoire. On dénombra quelque 1,5 million de morts. Un monument grandiose et un musée à Yérévan sont consacrés à cet événement. La visite de ce musée est particulièrement troublante, avec des photographies d’époque montrant des dizaines d’Arméniens massacrés ou pendus par les Turcs le long des routes et sur les places publiques, parfois à même les lampadaires.

L’ère soviétique

En 1917, en pleine guerre mondiale, la Révolution secoue la Russie avec Lénine. Dans les années troubles qui suivent, après une brève période d’autonomie pour l’Arménie, plusieurs États du Caucase joignent le clan soviétique. L’Arménie devient en 1922 une des républiques de la Transcaucasie qui à son tour s’intègre dans la fédération soviétique en 1936. Mais quand l’URSS s’effondre en 1991, l’Arménie imite plusieurs autres républiques de l’ex-fédération et proclame son indépendance, laquelle est aussitôt reconnue sur la scène internationale. C’est l’accession à cette indépendance dont les Arméniens célébreront le 30e anniversaire l’an prochain.

Le pays demeure entouré de voisins hostiles. D’abord la Turquie, qui refuse toujours de reconnaître le génocide dont elle s’est rendue coupable il y a plus de 100 ans. Puis l’Azerbaïdjan, à la frontière orientale, qui dispute à l’Arménie le territoire du Nagorno-Karabach (appelé Artsakh en arménien). Il s’agit d’une région attribuée à l’Azerbaïdjan sous le régime soviétique, mais peuplé à 90 pour cent d’Arméniens qui réclament leur rattachement à l’Arménie.

La guerre a éclaté en 1988 entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Elle a pris fin en 2016 par la victoire militaire de l’Arménie et la libération de ce territoire désigné comme une « région autonome » avec la petite ville de Stepanakert comme capitale. Le calme est désormais revenu, mais les frontières demeurent sous bonne garde de la part des deux armées, sous l’œil vigilant du voisin russe.

Les voisins de l’Arménie sont, au nord, la Géorgie et la Russie, et, au sud, l’Iran. Leurs relations avec l’Arménie sont amicales. On voit des touristes provenant de ces pays qui viennent couler du bon temps à Yérévan.

J’ai eu le privilège d’assister aux célébrations de la Fête nationale à Yérévan le 21 septembre dernier. Fête nationale qu’on appelle d’ailleurs Fête de l’Indépendance. Défilés festifs, discours patriotiques, spectacles musicaux, participation massive de la population, tout transpire la fierté nationale et la promotion de la culture arménienne. Le drapeau tricolore de l’Arménie (rouge, bleu et orange) est arboré partout et par tous. Les restaurants se font un devoir de servir les mets nationaux à cette occasion. Ces mets sont basés la plupart du temps sur la viande d’agneau dont les Arméniens sont des producteurs reconnus.

La diaspora

Entretemps, le gouvernement de Yérévan mène une campagne pour convaincre les 9 millions d’Arméniens de la diaspora de revenir au pays de leurs ancêtres. Il s’agit pour la plupart des descendants de ceux qui ont pu fuir le pays lors du génocide du début du XXe siècle ou qui l’ont quitté après avoir refusé l’intégration de l’Arménie dans l’Union soviétique.

Cette campagne de retour sur la terre ancestrale connait un résultat mitigé. Il est en effet difficile de convaincre des gens installés ailleurs depuis des générations de revenir dans le pays d’origine. Plusieurs des Arméniens de la diaspora participent quand même au développement du pays en fournissant des fonds pour la construction de routes ou d’infrastructures. Le plus connu des Arméniens de la diaspora est l’artiste-interprète Charles Aznavour, décédé en 2018. Au centre-ville de Yérévan, une place publique a été nommée en son honneur et une statue géante rappelle sa mémoire.

Les jeunes Arméniens avec qui nous avons échangé n’ont nullement le réflexe de vouloir quitter leur pays, même si le niveau de vie y demeure encore modeste. « Je suis né ici, j’ai grandi ici, ma famille et mes amis sont tous ici. J’ai mon effort à faire pour le développement et la réussite de l’Arménie », nous disait notre guide touristique, sous le regard approbateur de ses collègues.

Il y aurait quelque 8 millions de citoyens d’origine arménienne répartis à travers le monde. On en compte 23 000 au Québec, vivant presque en totalité (94 pour cent) dans la région de Montréal. Les données gouvernementales indiquent que 87 pour cent d’entre eux connaissent le français. En 2003, à l’instigation du député Yvan Bordeleau, dont la circonscription regroupe une importante communauté arménienne, l’Assemblée nationale du Québec adopte une loi qui fait du 24 avril la Journée annuelle de commémoration du génocide arménien.

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