Parti québécois : la demie-mesure n’est plus possible

L'auteur est membre jeune du Parti québécois

Il est euphémique de dire que la cinquantième année d’existence du PQ n’a pas été très bonne. La formation souverainiste a été refoulée aux extrêmes marges du monde politique québécois, au profit de la CAQ qui l’a totalement éclipsée auprès de ses électeurs traditionnels. Si le parti ne veut pas répéter et même aggraver le désastre de 2018 lors du prochain scrutin provincial, l’audace s’impose alors que s’amorce la course à la chefferie.

Depuis 2003, le Parti québécois semble de moins en moins se préoccuper de ses principes fondateurs, telles l’indépendance, l’affirmation nationale, la contestation du régime fédéral et la social-démocratie, pour ne se focaliser que sur une chose : son image. Cette idée fixe provient du fait que la défaite crève-cœur de Bernard Landry a été attribuée à une mauvaise performance médiatique lors de sa campagne contre Charest. Une interprétation à remettre partiellement en question, la défaite de 2003 peut très bien être due à un essoufflement passager, mais massif, de l’entrain nationaliste des Québécois. Lequel s’est vite reformé autour de la question de la laïcité. Ajoutons à cela la malchance temporelle de Landry qui est parti en élection peu avant que le scandale des commandites ne soit dévoilé, en 2004, alors que cet évènement a contribué à une recrudescence de la volonté d’émancipation nationale. Enfin le début du XXIe siècle a vu une vague néolibérale et néoconservatrice balayer l’Occident (élection de Berlusconi, Blair, Bush, Chirac – pour son second mandat –, Merkel). Le Québec n’y a pas échappé, ce qui a contribué à porter les libéraux au pouvoir. Ce contexte politico-historique explique beaucoup plus la défaite du PQ que la capacité de son chef à tenir tête aux journalistes.

Toujours est-il que les péquistes sont devenus obsédés par l’idée de plaire aux organes de presse. C’est ce qui relie la nomination de personnalités politiques aussi hétéroclites que Boisclair, Péladeau et Lisée à la chefferie. Du jeune politicien cool à l’érudit posé et bohème de Rosemont en passant par le magnat de presse, tous avaient une chose en commun, soit d’offrir une bonne image médiatique au parti. Et tous ont été congédiés dès que cette « image parfaite » a été remise en question. De même, l’implication hyperactive dans le dossier de l’aide médicale à mourir et les multiples tentatives de rapprochements avec Québec solidaire relevaient plus de l’exercice de publicité que du vrai calcul politique. Le PQ voulait jouer à la formation politique réconciliatrice et progressiste, plus vertueuse que QS, sans se soucier des nombreux militants et électeurs qui lui glissaient d’entre les doigts, exaspérés par cette stratégie.

D’élection en élection, le PQ est devenu frileux à l’idée d’exprimer une vision identitaire et souverainiste, présentée comme polarisante par la presse. Une défense féroce de la laïcité et un message nationaliste clair, sans concessions, auraient pourtant permis aux péquistes de gagner les élections de 2007 et 2014, où l’identité était au cœur des enjeux. Mais la crainte et l’ambigüité ont triomphé, avec les résultats électoraux que l’on sait. De même, du point de vue économique, le parti a abandonné son discours social-démocrate traditionnel et s’est cantonné aux promesses vagues de « bon gouvernement ». Le problème, lorsque la vision d’un parti est aussi confuse, est que les conflits sur sa direction vont se multiplier, faute d’un agenda clair. Si bien que l’enjeu péquiste le plus rassembleur de la campagne de 2018 fut la question des lunchs scolaires.

D’aucuns souligneront qu’il est absurde de la part du parti souverainiste de rechercher autant l’approbation de l’élite médiatique. Après tout, René Lévesque ne s’est pas préoccupé des avis journalistiques qui prétendaient impossible l’élection d’un gouvernement indépendantiste dans les années 1970. Jacques Parizeau n’a pas reculé devant le discours officiel qui affirmait, lors de son retour à la fin de la décennie 1980, que l’idée d’un deuxième référendum était saugrenue. Pas plus que Lucien Bouchard n’a hésité avant de se présenter comme premier ministre en 1998 alors que les commentateurs présumaient la fin du PQ. Pourtant, tous ont formé des gouvernements majoritaires. La différence fondamentale entre les chefs péquistes d’aujourd’hui et ceux d’hier est que ces derniers juraient par le peuple, non pas par les plateaux télévisés. Le PQ était alors capable de trouver une résonnance auprès des électeurs en traitant d’enjeux identitaires, mais il a l’air d’avoir perdu cette capacité à force de compromis bienpensants.

Le seul moment où le parti a semblé renouer ouvertement avec le projet nationaliste fut en 2008 et en 2012, sous Pauline Marois. Comme par hasard, ces élections furent marquées par une remontée du vote péquiste. Mais la crainte de déplaire aux médias a encore une fois semé le doute dans le camp péquiste qui a choisi la « prudence », aboutissant à une fin de campagne imprécise et dénuée de conviction alors que la simple promesse d’adopter la Charte des valeurs aurait suffi à remporter le scrutin et à provoquer une rupture avec le régime fédéral suffisante pour remettre la souveraineté au gout du jour dans l’esprit québécois. La cheffe qui avait la vision la plus conséquente et la plus plébiscitée aux urnes de ce que devait être le Parti québécois a ainsi été stoppée dans son élan par la tentation de médiocrité au cœur de ce dernier. Elle a dû tirer sa révérence peu après.

Le PQ, s’il ne souhaite pas finir comme l’Union nationale en 1973, ne peut risquer de présenter à l’élection de 2022 un énième chef lisse et poli, qui mise sur le progressisme bon chic bon genre et le « souverainisme inclusif » exigé par les médias. Si le parti prétend vraiment renaitre, il lui faut un meneur prêt à bousculer le consensus et à défendre le français, la laïcité et à secouer le régime fédéral constitutionnel. Il lui faudra faire compétition à la CAQ en prouvant que ses ambitions autonomistes sont irréconciliables avec le cadre fédéral canadien qu’elle défend. Ainsi, l’intérêt pour la souveraineté reviendra. Le PQ a un seul chemin possible et n’a plus droit à l’erreur. Il en va de sa survie.

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