Henri Bourassa - discours

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François Grégoire. Les Palestiniens, un peuple privé de ses droits

François Grégoire
Les Palestiniens, un peuple privé de ses droits, Essai, Montréal, Lanctôt Éditeur, 2004, 187 pages

Professeur de sciences politiques au Cégep Édouard-Montpetit, François Grégoire publiait l’an dernier un pamphlet contre l’Action démocratique du Québec, qu’il dénonçait comme jeune parti aux idées vieilles venu relayer le courant conservateur au Québec (La face caché de l’ADQ, Lanctôt Éditeur, 2003).

Cette année, dans Les Palestiniens, un peuple privé de ses droits, c’est à la défense du peuple arabe de Palestine qu’il se porte. Le conte à dormir debout des sionistes n’est pas son fait. Grégoire ne dépeint pas le colonialisme israélien comme la réparation d’une injustice millénaire, ni la résistance palestinienne comme une expression d’antisémitisme. Il ne confond pas le bourreau avec la victime. Grégoire sait que le Proche-Orient n’est pas en train d’écrire une page de l’histoire biblique et que le conflit israélo-palestinien n’oppose pas des Arabes judéophobes par nature à des Juifs opprimés de tout temps. Ce conflit oppose bien plutôt le peuple palestinien moderne au nationalisme agressif d’Israël qui l’a expulsé de ses terres au siècle dernier avec la complicité des puissances occidentales, Grande-Bretagne puis États-Unis en tête. Aussi est-ce en restant moderne et laïc que Grégoire apprécie la situation actuelle. Loin des obscénités d’une certaine propagande pour qui la civilisation judéo-chrétienne affronte là-bas la barbarie islamique. Loin aussi des contorsions théologico-historico-politiques d’une prétendue « nouvelle question juive » (à la Shmuel Trigano, par exemple). Grégoire ne s’aligne pas non plus sur les incurables culpabilisés de la Shoah prêts à tout pardonner à Israël, au diable le martyre palestinien.

L’auteur pose en termes clairs que la solution du conflit proche-oriental passe nécessairement par la création d’un État palestinien, condition sine qua non d’une paix durable et juste. Qu’Israël focalise toute l’attention sur le terrorisme lui permet de plaider la légitime défense aux yeux du monde et de faire passer ses annexions pour des mesures d’autoprotection. Et c’est surtout une façon d’empêcher à jamais la création d’un État palestinien. À propos du dernier plan de paix devant conduire à la création d’un tel État palestinien, Grégoire écrit avec raison : « La feuille de route du Quartette [États-Unis, Russie, Communauté européenne, ONU] pose le problème à l’envers : elle rend la création d’un État palestinien tributaire de la paix entre Palestiniens et Israéliens. Contrairement à l’affirmation du président [George W.] Bush, ce n’est pas le terrorisme qui empêche la création d’un État palestinien. C’est plutôt le refus de créer un État palestinien qui favorise le développement du terrorisme. Les attaques contre Israël sont principalement le résultat de l’occupation et de la colonisation israéliennes de territoires qui appartiennent aux Palestiniens ainsi que de la répression des Palestiniens par l’armée d’occupation israélienne » (p. 179). Sauf que, comme on sait, avec le Likoud d’Ariel Sharon à la tête de l’État israélien et avec les républicains de Bush fils à la tête de l’hyperpuissance, on est loin du compte. Pourtant, la création d’un État palestinien priverait de leur justification principale les partisans de l’action terroriste, isolerait les éléments les plus extrémistes du Hamas ou du Djihad islamique et réduirait la menace qu’ils représentent. La clef du problème est donc là : création d’un État palestinien, reconnu officiellement par la communauté internationale, à côté d’un État hébreu (ramené aux proportions d’avant 1967, c’est-à-dire délesté des « territoires occupés »). Mais voilà. L’apparition de ce nouvel État supposerait qu’Israël cesse de prendre la terre des autres pour la Terre promise, Jérusalem pour sa « patrie éternelle » ; il faudrait en somme qu’il renonce au délire sioniste et se retire des territoires palestiniens occupés.

Malheureusement, l’ouvrage est d’une lecture un peu assourdissante. Des rencontres, des ententes, des votes, des résolutions, des attentats, des accords, des guerres, des offensives, des ripostes, des appels, des trahisons, des interventions… s’enfilent et dans le flot, pour ainsi dire, les lignes de crêtes se noient. Si au moins, au pauvre lecteur, on offrait en appendice, sous forme de tableau, une chronologie permettant de resituer rapidement les événements dont on parle, une liste des acteurs importants, personnages, partis, organisations, un glossaire, un index. Mais rien de ça. L’introduction, qui entre dans le vif du sujet sans circonscrire explicitement l’objet du livre, n’en indique pas non plus les raisons, les ambitions.

Tout de même et heureusement, la matière s’organise en trois parties correspondant à trois grandes périodes de l’histoire de la Palestine à partir du début du XXe siècle à nos jours. D’autres périodisations sont possibles, et d’ailleurs fréquentes, mais celle de Grégoire a, me semble-t-il, le mérite de laisser apercevoir le vecteur fondamental qui traverse cette histoire de la Palestine moderne, sa quête de la pleine indépendance politique. La première période va de la fin de l’empire ottoman, qui domina la Palestine jusqu’en 1918, à la création de l’État d’Israël en 1948 (partie 1 : « Le prélude à la création d’Israël », p. 17-52). Cette période est celle du peuplement sioniste de la région alors sous mandat britannique, peuplement qui venait rompre l’évolution nationale de la Palestine et sa concrétisation en État moderne. La population palestinienne s’engagea alors dans une longue résistance contre cette immigration juive, contre le mouvement sioniste qui orchestrait cette occupation expropriatrice et contre la Grande-Bretagne qui, reniant les promesses d’indépendance qu’elle avait faites aux Arabes, prônait à la place l’établissement d’un « foyer national » juif en Palestine. La seconde période va de 1949 à 1988 (partie 2 : « L’option jordanienne », p. 53-119). À la fin de cette période, en 1988, le roi Hussein de Jordanie renonce définitivement à la « solution » consistant à intégrer à son royaume les territoires palestiniens restants avec leur population. Jusque-là évidemment, cette « option jordanienne », que favorisaient Israël, les États-Unis et la Jordanie, court-circuitait elle aussi l’éclosion d’un État palestinien indépendant. La troisième période va de 1988 à aujourd’hui (partie 3 : « La route vers l’indépendance », p. 121-168). L’« option jordanienne » écartée, la création d’un État palestinien apparaît alors comme inévitable à la fois comme solution du drame palestinien et comme condition de la paix au Proche-Orient. Mais le gouvernement israélien, avec l’appui massif des États-Unis, fait tout pour l’empêcher. « En 1988, écrit l’auteur, la création d’un État palestinien indépendant devint incontournable en raison de la fin de l’option jordanienne. Mais, malgré le fait que l’Assemblée générale des Nations Unies ait reconnu à de multiples occasions les droits inaliénables des Palestiniens et que l’OLP [Organisation de libération de la Palestine] ait reconnu le droit à l’existence de l’État israélien en acceptant les résolutions 181 et 242 [de l’ONU], les Palestiniens n’ont pas obtenu la reconnaissance de leurs droits en retour. Ils se sont fait imposer [à la place] un long processus de négociation sur le partage des territoires qui leur appartiennent et sur les pouvoirs que détiendrait l’État palestinien. Le droit international était à nouveau mis de côté » (p. 121).

En faisant ressortir le scandale continué de l’oppression nationale des Palestiniens par Israël, l’ouvrage met forcément en évidence aussi l’affront tout aussi scandaleux et continué que l’État hébreu et son grand allié états-unien font subir à l’ONU qui « risque de connaître le même sort que la Société des Nations » (p. 181).

Richard Gervais, Philosophe

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