Avril-Mai 2020

Avril-Mai 2020

Éditorial - Saisir la crise

2020avrilmaiÀ l’heure où la crise laisse voir non plus seulement des spectres, mais des ruines, qui voudrait croire qu’un virus apparu fortuitement ait pu ramener la province dans ce qu’elle a tant fait pour engourdir et ne pas voir ? Et c’est pourtant ce qui se dégage du portrait de ce qui nous attend. Le Québec paie le prix du déni de la crise de régime qu’il n’a pas voulu assumer et qu’il a tout fait pour occulter. La crise sanitaire a joué comme un révélateur, comme le font toutes les crises d’envergure. Il n’en tiendra qu’à nous, indépendantistes, d’en faire un catalyseur. Mais cela ne se fera pas par quelque vertu magique de la crise. Il n’y aura pas d’effet rédempteur à endurer toute cette souffrance. Il y aura le combat, il y aura l’abattement, il y aura le défaitisme et le goût de se soumettre. Bref, il y aura le Canada de toujours et les réflexes de minoritaires qui nous déformeront le regard et feront chanceler les consciences devant les chèques à l’unifolié et la suffisance d’un Trudeau et son engeance.

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Le soldat méconnu

Nous reproduisons cet article, paru dans la Revue des Deux Mondes (décembre 2019-janvier 2020, p. 166-172), avec l’aimable autorisation de sa rédaction. La Revue des Deux Mondes est la plus ancienne revue française toujours en activité : https://www.revuedesdeuxmondes.fr/

Comme toutes les armées du monde, l’armée française a compté dans ses rangs des milliers de soldats obscurs au cours de son histoire. Mais il en est un dont on sait peu et dont on apprend beaucoup.

Ce soldat est totalement méconnu de nos jours, alors qu’il bénéficiait d’une notoriété sans conteste sous l’Ancien Régime et pendant la Révolution. Il se retrouve ainsi, sous son nom de guerre – ce nom presque officiel sous lequel l’enrôlement s’effectuait – dans de nombreuses archives, mais aussi dans toute une littérature de guerre de l’époque. Ce nom a été donné à des centaines de soldats. Il était si répandu qu’on peut le considérer comme le symbole des qualités prêtées au soldat français, encore aujourd’hui.

Ce soldat s’appelle Vadeboncœur.

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Notre nation

On croyait entendue depuis longtemps la cause du nationalisme ethnique au Québec. Ce courant ressurgit pourtant épisodiquement, au gré de flambées d’anxiété identitaire par ailleurs fort légitimes. Après tout, la francophonie canadienne décline depuis que ce pays existe1. Oui, l’immigration internationale joue un grand rôle dans le déclin du français langue d’usage à Montréal2. Et en effet, les gouvernements Charest et Couillard ont conduit nos programmes de francisation à un fiasco total3. Faut-il pour autant chercher refuge dans l’homogénéité ethnique en préconisant au Québec une immigration non pas simplement de langue française, mais plutôt « d’origine française » ?

L’enseignement en ligne au cégep: solution à quel problème?

Le mal, c’est toujours la destruction de choses sensibles où il y a présence réelle du bien. Le mal est accompli par ceux qui n’ont pas connaissance de cette présence réelle. En ce sens il est vrai que nul n’est méchant volontairement. Les rapports de force donnent à l’absence le pouvoir de détruire la présence.
– Simone Weil, La pesanteur et la grâce

Préambule

La première chose que j’ai à dire à propos de la COVID19 et de ses conséquences sur l’enseignement de la philosophie collégiale, c’est que je n’ai rien à en dire. Ce qui se passe me dépasse, et me dépassent aussi les conséquences possibles des événements. Il me semble qu’il n’y a que peu de choses à faire dans les circonstances que nous vivons : agir, pour celles et ceux qui doivent le faire, et pleurer, pleurer sur les morts, sur le délaissement, pleurer sur l’accumulation exponentielle des tragédies, individuelles, sur notre tragédie collective qui montre, avec une violence indicible, ce qu’il en est des plus fragiles de notre société.

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L’« âgicide » québécois

Les médias rapportent qu’un préposé aux bénéficiaires fraichement débarqué dans un CHSLD en crise aurait placé dans la bouche d’un « résident » le dentier de son cochambreur décédé quelques jours plus tôt.

En 1970, l’armée canadienne envahissait le Québec pour écraser les aspirations de la jeunesse et terroriser les populations. Savamment orchestrés par le cabinet fédéral et ses « colombes », les victimes et leurs descendants ne se sont jamais vengés. Lorsqu’en 2020, l’armée entre porter secours aux naufragés des CHSLD, la capacité insurrectionnelle du peuple québécois s’est complètement dissoute.

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Pandémie et indépendance

Durant la crise sanitaire, j’ai entendu plusieurs personnes prédire que la pandémie aura des effets positifs sur le niveau de soutien à l’indépendance parce qu’elle dévoile les contradictions du Canada. C’est une hypothèse légitime, mais comme toutes les hypothèses, elle est incertaine et pourra se révéler fausse.

La pandémie et le pouvoir d’urgence fédéral

* L'auteur est juriste en droit constitutionnel et autochtone. Ce texte est une version enrichie de celui paru en ligne dans l’Aut’Journal le 6 mai 2020 sous le titre « La pandémie et la Constitution canadienne ».

Le droit constitutionnel est la dernière chose dont les citoyens veulent entendre parler en temps de pandémie. Pourtant, ils ont le droit de savoir comment se pratique le fédéralisme canadien dans cette crise. Certains prendront une minute ou deux pour s’y intéresser.

Le pétrocanadianisme: un puits sans fond

Député de Saint-Hyacinthe–Bagot à la Chambre des communes. Vice-président du Comité permanent sur le commerce international.

Les automobilistes ont pu le découvrir récemment : le prix à la pompe était pour le moins alléchant. Derrière ces bas prix, se cache cependant le piètre état dans lequel se trouve l’industrie pétrolière au Canada. En cette matière, la crise de la COVID-19 a eu à la fois le rôle d’occulteur et d’amplificateur.

La démondialisation et le nationalisme économique québécois

Il eut fallu un contexte rappelant le crépuscule de la Deuxième Guerre et l’effroyable constat d’un impensable, mais bien réel, déficit alimentaire en Europe pour ramener les États-nations d’aujourd’hui à la réalisation de leur existence, de leur raison d’être ou, plus important encore, de leurs responsabilités. Jusqu’à tout récemment, la construction artificielle de la mondialisation économique continuait de bien servir la cupidité marchande des quelques-uns aux dépens de la masse. D’ailleurs, nul ne se surprend aujourd’hui d’entendre que les 10 hommes les plus riches du monde possèdent autant que la moitié de l’humanité la plus pauvre.

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Pandémie, confinement et récession en vue: que doivent faire les PME?

* Professeur émérite, Institut de recherche sur les PME, Université du Québec à Trois-Rivières

On aura beau espérer que les mauvais effets de cette pandémie de la COVID-19 disparaissent plus tôt que l’on pense, bien que plusieurs économies ne semblent pas avoir appris des expériences récentes pour y faire face, mais cela changera dans le futur les comportements expliquant les résultats plus ou moins désastreux obtenus notamment du côté des personnes âgées.

Repenser le commerce et la transition industrielle post-COVID-19

Titre complet: Démondialiser le Québec? Repenser le commerce et la transition industrielle post-COVID-19

La crise causée par la COVID-19, faut-il le rappeler, est pratiquement sans précédent. Jamais le monde n’avait connu une crise aussi importante dans un contexte d’interdépendance économique et financière aussi grande. Dès les premiers jours de la crise, de nombreux gouvernements, dont celui du Québec, ont constaté la très grande fragilité des approvisionnements internationaux, notamment sur les plans médical, sanitaire, manufacturier et agroalimentaire. Les populations en ont payé le prix. Cette crise a le potentiel d’entreprendre un virage historique de nos politiques commerciales, industrielles et énergétiques.

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Les leçons de la COVID-19 et la coordination du marché agroalimentaire domestique

La crise actuelle a mis au jour la dépendance des États à l’égard des chaînes d’approvisionnement sur lesquelles ils n’avaient que peu d’emprise, entamant leur sécurité nationale en matière de santé. Avec la défense, une autre composante de base de la survie des peuples est celle de la maîtrise de leur alimentation et le contexte actuel est un moment opportun pour réfléchir de manière sérieuse à notre (in)sécurité alimentaire collective. C’est l’objectif du présent article que de nourrir le débat public pour orienter les décisions à venir en matière bioalimentaire, et ce, à la lumière des enjeux que la crise a soulevé en matière d’approvisionnement.

Crise et décision vont de pair (krisis, en grec ancien, signifie décider). Et ce que la crise a mis en lumière chez certains États au moment de prendre des décisions, c’est le peu d’options qui se présentaient à eux tandis qu’ils étaient en situation de dépendance en matière d’approvisionnement pour de l’équipement essentiel ; ils étaient dépourvus de leviers dans une période de sauve-qui-peut et de chacun pour soi. En raison de l’intégration économique actuelle sur la scène internationale, toute analyse de l’après-crise doit se situer au niveau de l’évolution récente de la mondialisation. À cet égard, les décennies ayant suivi l’effondrement du mur de Berlin et la déconfiture du bloc de l’Est avaient dessiné les contours d’un développement du capitalisme débridé restreignant la marge de manœuvre des États en matière de politique économique. La crise actuelle pourrait précipiter une tendance plus récente qui semblait se dessiner depuis quelques années et qui laissait entrevoir un élargissement de l’autonomie des États en matière de gouvernance, ce qui ouvre un nouvel univers de possibilités pour l’ordonnancement du marché domestique en matière agroalimentaire. Ce sera l’objectif de cet article que de présenter des avenues possibles pour le développement de l’industrie agroalimentaire québécois à la lumière de cette nouvelle donne, mais aussi en prenant en compte autant les ressorts qui sont à la disposition du Québec que ceux qui ont été égarés en chemin.

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La santé des provinces sous pression

Si la volonté d’émancipation nationale du Québec a su ébranler le fédéralisme canadien au XXe siècle, il est probable qu’un enjeu aussi terre-à-terre que le vieillissement de la population et l’augmentation des coûts de la santé qu’il entrainera devienne le principal moteur des tensions fédérales-provinciales au XXIe siècle.

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Une Torah québécoise qui se dérobe

[…] le pays était ainsi entré en contact avec quelques vérités précieuses
Simone Weil, parlant de la France éprouvée pendant la Seconde Guerre mondiale (dans Écrits de Londres)

La trame ordinaire de l’histoire

Je me souviens d’un séjour de travail à San José, aux États-Unis, en 2002 et d’y avoir rencontré un ami, professeur d’histoire. Nous évoquions l’attentat des tours jumelles qui avait entaillé la cuirasse de son pays. À mon grand étonnement, il avait fait cette remarque : « J’ai pleuré, car j’avais compris que nous étions dorénavant comme tout le monde. Nous n’étions plus un pays en dehors de la trame ordinaire de l’histoire, nous n’étions plus une exception, nous étions normaux ».

Maintenant, peut-on transposer cette réaction à la situation sanitaire actuelle que connaissent le monde entier et, plus particulièrement, le Québec ? Une économie comateuse, un chômage en brutale ascension, une mortalité – notamment en CHLSD – inhabituellement élevée, des mesures d’isolement et de distanciation sociale draconiennes justifient-ils qu’on pousse un soupir de soulagement à l’idée que notre époque est, en définitive, comme toutes les autres ?

Même si la crise est encore trop fraîche pour que nous puissions faire des bilans définitifs à tête reposée, j’inclinerais à penser qu’elle est porteuse de sens. Qu’on se rassure : il ne s’agit là aucunement d’une Schadenfreude, d’une jouissance morbide et misanthrope face au désolant spectacle d’une société qui, il y a peu, se gargarisait de son progressisme social et économique, d’une assez solide paix sociale, d’une richesse assez enviable et qui, juste salaire d’un pétage de bretelles, recevrait enfin la facture de ses décennies d’insouciance.

Car un chômeur qui ne sait s’il retrouvera son emploi, c’est toute une famille qui tremble. Un petit ou moyen entrepreneur qui doit mettre la clé sous la porte temporairement, au risque de ne pouvoir rouvrir, c’est tout un écosystème qui s’effondre. De même qu’un mort, c’est toujours un mort de trop, et un mourant abandonné, c’est un scandale pour son prochain, a fortiori quand il meurt seul, déshydraté et souillé.

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Transmission : une utopie québécoise

Ça s’annonçait comme une journée « normale » : cours en avant-midi, dîner au resto avec une amie et, ensuite, rendez-vous à mon bureau avec une étudiante pour discuter de sa thèse. C’est le sujet de mon cours de ce matin qui n’avait rien d’ordinaire : la grande pandémie de 2020 et ses effets sur la littérature et la culture québécoises.

J’ai toujours cru que ça prenait un certain recul temporel (et émotif) pour analyser une époque et ses œuvres. Il m’était souvent arrivé de l’évoquer dans des cours – on ne pouvait pas faire autrement – mais c’est la première fois que je préparais une séance à ce sujet. C’était donc un défi de tenter d’expliquer, seulement une dizaine d’années plus tard, l’ampleur des transformations que cette crise a engendrées sur l’objet de notre cours. Je ne partais quand même pas de zéro. De cette pandémie, nous en avions tous fait l’épreuve, mes étudiants et moi, chacun à notre manière. Personne n’était sorti indemne de ce traumatisme collectif et c’était un exercice périlleux d’y jeter un regard objectif.

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action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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