La réforme Barrette et la pandémie sur l’île de Montréal

2020avrilmai250Ne cherchons pas de coupables !
Démontons les processus qui mènent à la tragédie…
Mais que fait-on de l’apprenti sorcier ?

Au moment où j’écris cet article, la pandémie de la COVID-19 touche principalement la région de Montréal autant par les morts que l’on compte par centaines que par les milliers de personnes contaminées. Plusieurs CHSLD publics, privés conventionnés et privés non conventionnés sont devenus des mouroirs sous les yeux d’une population traumatisée, du personnel paramédical à bout de souffle et du gouvernement Legault de plus en plus dépassé et incapable de juguler cette crise. L’enfer n’est plus une fable religieuse, mais bien la réalité quotidienne illustrée par ces CHSLD silencieux.

Dans un article intitulé « La réforme Barrette et ses conséquences », paru en février 2018 dans L’Action nationale, j’affirmais que la réforme Barrette était avant tout politique. En prenant l’exemple de l’application de cette réforme sur l’île de Montréal, je démontrais que la création des cinq Centres intégrés universitaires de santé et services sociaux (CIUSSS) de l’île de Montréal – et surtout le partage des territoires correspondants – était avant tout partisan. Deux des cinq CIUSSS seraient gérés par la communauté anglophone (CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal et CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal). La réforme consolidait la mainmise de la minorité anglophone sur les institutions de santé et services sociaux dans le centre-ouest et l’ouest de l’île de Montréal et le Parti libéral du Québec (PLQ) satisfaisait les demandes de sa clientèle électorale. Par contre, la nouvelle répartition rendait plus inéquitable l’offre de services en santé et services sociaux puisque les deux CIUSSS de l’ouest, comparativement aux trois autres CIUSSS (centre-sud, nord et est), étaient avantagés par une population moins nombreuse, plus homogène et, en moyenne, beaucoup plus fortunée et moins problématique sur le plan de la santé et des problèmes sociaux.

Une nouvelle dynamique étatique face à une dynamique gouvernementale renouvelée : premier épisode

D’autre part, le ministre Barrette changeait profondément la dynamique étatique dans le domaine de la santé et des services sociaux. Qu’entendons-nous par ce concept de dynamique étatique ? C’est l’ensemble des interactions entre les institutions de santé et services sociaux et le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSSQ) qui structurent la société et lui donnent une cohésion minimale et dont l’essence interne, en tant qu’appareil, tend à se reproduire. La réforme consistait avant tout à mettre en place une centralisation plus poussée des organismes de santé et services sociaux liée plus directement au MSSSQ, en faisant disparaître un palier de pouvoir (les agences régionales). Cette concentration du pouvoir entre les mains du ministre évacuait tout possible contrôle de la part de la population. Le MSSSQ est alors dirigé par le ministre, le sous-ministre et au moins 10 ministres adjoints.

Cette centralisation se concrétise à Montréal par la création des immenses institutions que sont les CIUSSS. À Montréal, après un certain nombre de tractations, cinq CIUSSS vont naître : deux dans l’ouest, les trois autres dans le centre-sud, le nord et l’est. Chacune de ces organisations gigantesques est pourvue d’un conseil d’administration d’au moins 19 personnes, se réunissant moins de 6 fois par an. L’offre de services de chaque CIUSSS vient directement du ministre et ne peut pas être remise en question par le conseil d’administration, devenu un simple outil qui ne contrôle rien et camoufle ainsi l’important déficit démocratique qui résulte de cette nouvelle organisation. C’est une réforme en vase clos, venue d’en haut, au milieu de préoccupations électorales et personnelles.

À la fin de ce processus en 2015 et 2016, le ministre et le gouvernement libéral nomment les trente-cinq présidents-directeurs généraux (PDG) à la direction des CIUSSS, des Centres intégrés de santé et services sociaux (CISSS) et des Centres hospitaliers universitaires (CHU) et prévoient leur rémunération par plusieurs arrêtés en Conseil. C’est à cette nouvelle dynamique étatique que le gouvernement Legault est confronté au moment de l’éclosion de la COVID-19.

À cette dynamique étatique correspond une nouvelle dynamique gouvernementale. Comment définissons-nous ce concept ? Au Québec, le gouvernement prend la forme des pouvoirs législatif et exécutif. Le système parlementaire de type britannique en constitue le régime politique. Le parti élu détient le pouvoir politique et met en action son programme politique (lois, décrets, politiques économiques, politiques sociales, etc.). Cet ensemble se traduit par un système complexe de négociations entre le gouvernement, les autres partis représentés, les groupes de pression et l’opinion publique ; c’est ce que nous appelons la dynamique gouvernementale. Cette dernière constitue le point d’articulation entre les éléments structurels et les éléments conjoncturels. La dynamique gouvernementale est soumise à des éléments structurels (le régime politique, les relations entre les différents pouvoirs (exécutif, législatif, et judiciaire) auxquels viennent s’ajouter plusieurs éléments conjoncturels (les événements non prévus, les personnalités des hommes politiques, la cohérence du gouvernement en place, son expérience politique…).

Élu en octobre 2018, le gouvernement Legault et surtout la ministre McCann, nouvelle ministre du MSSSQ, n’ont pas eu le temps de mettre en place assez de hauts fonctionnaires fiables qui soutiennent leurs directives au sein de la dynamique étatique ultra-centralisée et politisée. Danielle McCann avait pris sa retraite en 2014, sans avoir pu terminer son mandat de présidente-directrice régionale de l’Agence de la Santé et des Services sociaux de Montréal, puisque celle-ci est abolie en 2015 par la réforme Barrette comme toutes les autres agences. Un mois après les élections, dès novembre 2018, la ministre McCann, en position de faiblesse, nomme monsieur Yvan Gendron, ancien PDG du CIUSSS de l’Est de l’Île-de-Montréal, sous-ministre au MSSSQ. Pendant l’année 2019, elle réussit à placer quatre autres sous-ministres au ministère.

Dès sa nomination et pendant les mois suivants, Danielle McCann dénonce à plusieurs reprises la réforme Barrette et ses conséquences néfastes sur les services donnés à la population. Ces prises de position comme ministre du MSSSQ allaient dans le sens de la politique du gouvernement Legault, mais ne lui permettaient pas d’entamer un processus de conciliation avec les trente-cinq mandarins (PDG) et certains sous-ministres adjoints mis en place par Gaétan Barrette.

Dès le début de l’éclosion de la COVID-19, monsieur Legault adopte une stratégie collégiale très différente de celle du premier ministre Justin Trudeau. Lors de ces points de presse, il se présente entouré de Danielle McCann et du directeur de la santé publique du Québec, Horacio Arruda, lui-même sous-ministre adjoint au MSSSQ depuis 2012 (son rôle d’expert en santé publique le mettant – supposément – à l’abri de considérations partisanes).

Décrivons rapidement la carrière d’Arruda. Ce dernier a toujours œuvré dans le domaine de la santé publique. De 2000 à 2012, il est nommé directeur de la protection à la Direction générale de la santé publique. En 2012, il devient, sous le ministre Bolduc, directeur national de la santé publique au sein du MSSSQ, avec le titre de sous-ministre adjoint. En 2017, le ministre Barrette renouvelle son mandat pour un autre cinq ans. Devant la démission de plusieurs directeurs régionaux de la santé publique au moment des coupes du ministre Barrette dans les directions régionales de la santé publique, Horacio Arruda accepte, en bon soldat, de prêter main-forte. Sur une base intérimaire en 2014 et 2015, il est nommé successivement directeur de la santé publique dans plusieurs régions (le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et l’Outaouais). En 2016, de façon encore intérimaire, il accepte de prendre le poste de directeur de la santé publique du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec. Le sous-ministre Arruda ne s’est pas élevé contre les compressions faites par le ministre Barrette et ce dernier l’a renommé en 2017 sous-ministre et directeur national de la santé publique.

Lorsque le premier ministre Legault affirme que sa politique contre la contagion sera toujours guidée par les directives du directeur de la santé publique, nous n’y croyons guère. Dans le passé, le sous-ministre Arruda ne s’est pas opposé à la démolition systématique des régies régionales de santé publique qui étaient des joyaux dans le domaine de la santé et de la prévention. Au contraire, il a toujours répondu présent lorsque le ministre Barrette s’est retrouvé, à plusieurs reprises, avec de nombreuses démissions des directeurs régionaux de la santé publique entre 2014 et 2017. Ces nominations temporaires ont sûrement nui à son travail de coordonnateur national de la santé publique. Qu’en est-il vraiment de son indépendance face aux pressions politiques ? Si nous regardons son passé, le sous-ministre adjoint Arruda a toujours plié devant les directives de son patron.

L’actualisation de la politique nationale de la santé publique contre de possibles pandémies a donc été retardée pendant plusieurs années. Cette mise à jour comprend entre autres un plan d’intervention actualisé, un suivi efficace des inventaires et des équipements de protection… Le directeur de la santé publique avait-il les bonnes informations et l’écoute de Danielle McCann lorsque celle-ci affirme dans un communiqué le 27 février 2020 :

[…] par ses expériences passées, le Québec est prêt à faire face à ce type de situation. Plusieurs mesures ont été mises en place afin de prendre en charge ce cas probable et de limiter la transmission dans la communauté. Nous réitérons que nous prenons la situation très au sérieux, bien que le risque global demeure faible1.

Or les 22 et 23 février, la Corée du Sud déclare qu’en une journée, le nombre de personnes infectées par la COVID-19 passait de 433 à 602, la France annonçait plusieurs éclosions et l’Italie annonçait un deuxième décès et la Chine comptait 2 000 décès.

Lorsque la COVID-19 apparaît au Québec au début de mars, le triumvirat, pensé par François Legault, inaugure son premier point de presse, le jeudi 12 mars. Ce rendez-vous quotidien, pendant plusieurs semaines, devient la référence des Québécois. De mars à mai 2020, le premier ministre Legault et la ministre McCann prennent soin de ne jamais blâmer la réforme Barrette pour l’incroyable force d’inertie de ces grands paquebots que sont les CIUSSS de Montréal. La stratégie principale du gouvernement consiste à augmenter le nombre de lits d’hospitalisation et de lits de soins intensifs dans les centres hospitaliers (CH) pour les personnes potentiellement infectées qui auront besoin d’hospitalisation. Cette politique qui permettra de libérer plus de 6 000 lits se fera aux dépens du talon d’Achille des services de santé et services sociaux : les CHSLD publics, les CHSLD privés conventionnés (qui sont sous-financés depuis des années) et les ressources intermédiaires (RI) qui connaissent plusieurs ratés depuis leur mise en place dans le milieu des années 2000. Les CHSLD privés sont des institutions qui échappent en partie au contrôle des différents CIUSSS. De plus, à l’indifférence des mandarins des CIUSSS s’ajoutent un manque évident de personnel – surtout des préposées aux bénéficiaires et des infirmières auxiliaires toujours sous-payées – et une pénurie de matériel de protection (masques, visières, tuniques, tests…).

Tout a été mis en place pour produire, non pas un drame, mais une tragédie. Jusqu’au 8 avril, des aînés hospitalisés seront parfois envoyés dans des CHSLD publics et privés aux prises avec des cas de COVID-19, alors que les aînés contaminés sont emprisonnés dans les zones chaudes des CHSLD. Les consignes du MSSSQ concernant les aînés en CHSLD sont claires : « Les patients COVID-19 suspectés ou confirmés en CHSLD ne doivent être transférés en CH que de façon exceptionnelle et après consultation avec le médecin de garde2 ». Nous pouvons être assurés que beaucoup d’aînés, aptes ou inaptes, n’ont pas eu le choix d’être hospitalisés ou non malgré l’existence de plusieurs lits hospitaliers inoccupés. L’acharnement thérapeutique n’a pas existé pendant plusieurs semaines dans les CHSLD. Cette consigne a été relativement adoucie dans la troisième semaine d’avril, mais le mal était fait.

Les journalistes illustrent par des exemples quotidiens la lenteur d’exécution des CIUSSS et surtout l’écart entre les directives du gouvernement et les opérations concrètes entreprises sur le terrain par le MSSSQ et les CIUSSS (manque de masques et de visières, manque de tests, manque de personnel dans les CHSLD, mobilité du personnel dans les différents CHSLD…). Aux questions posées à plusieurs reprises à ce sujet, François Legault met systématiquement en doute le fait que ces structures constituent des obstacles bureaucratiques à la prise de décisions rapides. En outre, au moment de la catastrophe dans les CHSLD (le CHSLD privé Herron aux prises avec la contagion et les centaines morts qui s’accumulent), le discours gouvernemental met surtout de l’avant le fait que les gouvernements antérieurs avaient négligé d’investir dans les CHSLD. Le premier ministre Legault s’est même tenu responsable de ne pas avoir augmenté plus tôt, par décret, le salaire des préposés aux bénéficiaires.

À partir de l’éclosion de la COVID-19 dans les CHSLD, les journalistes ont commencé à mentionner les mots CIUSSS et CISSS, les décrivant comme de grandes institutions bureaucratiques hypercentralisées (avec organigrammes à l’appui), soutenant que les CHSLD n’étaient que de simples installations sous-financées et perdues au sein des multiples directions de chaque CIUSSS. La réponse du gouvernement Legault reste la même : ce n’est pas le temps de chercher des coupables, nous verrons plus tard.

Autre fait majeur, le gouvernement Legault n’a jamais mentionné les coupes faites dans les directions régionales de la santé publique par le ministre Barrette en 2015 ni leur rattachement aux CIUSSS et aux CISSS ; ceci faisait en sorte que chacune devenait une simple direction parmi d’autres au sein d’un CIUSSS. Avant la réforme Barrette, la Direction régionale de la santé publique de Montréal (DRSPM) relevait de l’Agence de la Santé et des Services sociaux de Montréal (ASSSSM) dirigée par Danielle McCann. La DRSPM avait une autonomie relative quant à sa gestion et aux recherches qu’elle pouvait mener. Elle en était un acteur central et sa position lui permettait de lancer des programmes de prévention et d’informations ainsi que de faire de la recherche pour élaborer de meilleures politiques préventives dans le domaine de la santé et des services sociaux.

En abolissant les agences et en obligeant la DRSPM à être rattachée à un CIUSSS, Gaétan Barrette a détruit un organisme reconnu de tous. De plus, le ministre, qui n’aime pas se faire contredire, va plus loin : il coupe le budget d’exploitations d’au moins 30 %, ce qui provoque la fermeture de plusieurs dizaines de postes professionnels. C’est l’omerta qui prend place à partir de 2015.

Le directeur de la (DRSPM), Richard Massé, sera l’un des seuls cadres à dénoncer ouvertement les effets négatifs de cette modification : « La majorité de notre budget est consacré aux professionnels. Nous ne pourrons pas effectuer les coupures sans retrancher des postes3 ».

Dans les faits, les coupes demandées en santé publique au Québec constitueront près de 33 % du budget total (23,7 millions sur un budget de 72 millions) et affecteront le moral des troupes pendant des mois, sinon des années. De plus, les analyses de tests sont maintenant concentrées et plusieurs laboratoires régionaux ferment leurs portes. En mars 2019, une étude très critique sur l’effet des coupures sur la santé publique est publiée par des chercheurs de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ). Dans ce rapport, il est clairement écrit que les coupes dues à la réforme Barrette ont eu un impact majeur sur le maintien de l’expertise professionnelle dans les directions régionales dispensant les services. L’affaiblissement du réseau, plus ou moins reconnu par les CISSS et les CIUSSS, ouvre la porte à des conséquences majeures.

Les auteurs l’affirment :

Le problème du maintien de l’expertise professionnelle est de deux ordres : un manque de formation de base en santé publique, autant chez certains gestionnaires que chez les professionnels, et une déficience dans l’offre en formation continue, particulièrement en périnatalité. Cet état de fait appelle à une intensification de la collaboration entre le MSSS, l’INSPQ, les universités et les CISSS-CIUSSS. Les résultats ont démontré que les directions de santé publique éprouvent des difficultés pour assurer le suivi des ressources (humaines et financières) lorsqu’elles sont confiées à d’autres directions. Elles rencontrent aussi des défis quant au soutien des ressources qui ne possèdent pas de compétences en santé publique. Des orientations plus claires du MSSSQ et un soutien plus accru du palier national sur ces objets pourraient aussi être favorables, notamment en renforçant les leviers administratifs que sont les ententes de gestion et d’imputabilité, en proposant des indicateurs de gestion qui devraient être suivis dans les salles de pilotage ou par une emphase sur des travaux liés au développement des compétences4.

Sur l’île de Montréal, la directrice de la santé publique, Mylène Drouin, est rattachée uniquement au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, à titre de directrice parmi les 16 autres directions de ce CIUSSS. Elle n’est pas présente dans les autres CIUSSS. Avant la réforme Barrette, la Direction régionale de la santé publique de Montréal (DRSPM) relevait de l’Agence de la Santé et Services sociaux de Montréal (ASSSSM). La DRSPM était un acteur central et sa position lui permettait de prendre le leadership dans le domaine de la prévention.

Une direction nationale appuyée par ses 16 directions régionales avec des effectifs intacts aurait pu affronter cette pandémie de façon beaucoup plus efficace et surtout alerter plus rapidement les autorités en place sur les dangers de cette contagion qui se propageait en Chine comme un feu de brousse à partir de décembre 2019. Or le gouvernement Legault n’a jamais mentionné ces coupes qui ont certainement joué un rôle important dans son manque de préparation.

En préférant taire toutes ces informations, le gouvernement Legault pensait que les négociations avec les PDG des CIUSSS de Montréal seraient plus faciles et que ces derniers feraient tous les efforts possibles pour l’aider malgré la complexité de leur structure.

Une nouvelle dynamique étatique face à une dynamique gouvernementale renouvelée : deuxième épisode

Jusqu’à la mi-avril, les appels à la collaboration avec les CIUSSS restent la plupart du temps lettre morte. Force est de reconnaitre que la majorité des trente-cinq PDG de ces immenses bureaucraties que sont les CIUSSS, les CISSS et les CHU restent les maîtres du terrain dans les régions – et encore plus à Montréal. Devant cette impasse, le gouvernement Legault change de stratégie. Voyant l’accumulation de morts dans les CHSLD et l’impossibilité de faire bouger les gros CIUSS de la région de Montréal, le gouvernement Legault fait appel à l’armée canadienne et à des personnalités liées au PLQ. Dominique Savoie, ancienne sous-ministre au ministère des Transports du Québec (MTQ) de 2011 à 2016, se voit confier le mandat de gérer le volet opérationnel du ministère, notamment sur le plan des infrastructures, des équipements et des approvisionnements, avec un statut égal au sous-ministre Gendron.

Finalement, le gouvernement Legault intègre au MSSSQ Daniel Desharnais, ancien chef de cabinet du ministre Barrette de 2014 à 2017, à titre de sous-ministre adjoint. Il accepte le mandat de rétablir la situation chaotique dans les CHSLD au Québec.

Cet appel démontre que le premier ministre Legault et la ministre McCann se sont butés à un mur. N’oublions pas que madame McCann est à la fois membre important du gouvernement caquiste et ministre du MSSSQ, un grand appareil hypercentralisé, encore sous le contrôle des nominations libérales antérieures. La nouvelle dynamique étatique plus politisée et très centralisée a été plutôt un obstacle dans le combat concerté contre la pandémie, surtout que la ministre McCann n’avait pas ménagé l’ancien ministre Barrette et par conséquent les CIUSSS.

Au milieu du mois d’avril, il est clair que le gouvernement Legault devient plus incohérent. Les pressions économiques se font de plus en pressantes et l’opération de déconfinement commence sans que la grande région de Montréal ait atteint un plateau dans les hospitalisations, le nombre de personnes infectées quotidiennement et les décès. Le gouvernement oublie le principe de précaution en santé publique qui doit être le facteur déterminant dans sa politique de déconfinement : tenant compte de la pénurie de tests (la capacité de 15 000 tests doit passer à 100 000 tests par jour) et de masques, chaque région doit connaître un déclin de la contagion communautaire et des hospitalisations ; la transmission communautaire doit atteindre le degré zéro pendant plusieurs jours ; les personnes âgées de plus de 60 ans doivent pouvoir refuser de retourner au travail ; la distanciation de deux mètres et surtout le confinement par des barrages policiers des régions déconfinées (à part le transport routier des marchandises essentielles) doivent être maintenus.

Compte tenu des critères établis, le déconfinement pourrait se faire dans deux ou trois régions limitrophes qui ont atteint le degré zéro dans la transmission communautaire. Ces principes de base ne sont pas respectés actuellement par le gouvernement Legault. Le bon docteur Arruda suit la politique du gouvernement Legault plutôt qu’être le maître d’œuvre de ce déconfinement graduel. Il était à prévoir que les pressions économiques allaient prendre le pas sur les considérations de santé publique et sur le principe de précaution.

Suite à cette analyse des interactions entre la dynamique gouvernementale et la dynamique étatique, il faut maintenant analyser l’évolution de la contagion de la COVID-19 sur l’île de Montréal en rapport avec la réforme Barrette. Rappelons notre conclusion principale, à savoir que la réforme Barrette est avant tout politique et que la répartition des territoires de l’île de Montréal avantage grandement, actuellement et pour longtemps, les deux CIUSSS de l’ouest au détriment des trois autres CIUSS. La réforme diminue ainsi la demande globale de services sociaux et de santé de ces deux institutions, en leur permettant de répondre plus facilement aux besoins de leurs populations respectives, ce qui n’est pas le cas pour les trois autres CIUSSS.

Dans le cadre de ce court document, nous analyserons essentiellement deux indices : la contagion de la COVID-19 selon les territoires des CIUSSS et l’état de la pandémie dans les différentes ressources d’hébergement pour les aînés vulnérables, administrées par les cinq CIUSSS5.

La répartition des cas infectés par la COVID-19 dans la population de l’île de Montréal

Selon la couverture journalistique et les premières données, il a d’abord semblé qu’entre mars et le milieu d’avril la population du centre-ouest et de l’ouest de l’île de Montréal avait été plus atteinte par la pandémie. Les premières éclosions ont eu lieu à Côte-Saint-Luc où divers événements ont été à la source de la contamination : le retour de plusieurs aînés de Floride, l’assistance à une cérémonie religieuse au Beth Chabad de Côte-Saint-Luc, la participation à un mariage d’environ 250 invités d’au moins un membre de la secte ultra-relieuse Hassique-Loubavitch (qui a des liens très forts avec la communauté loubavitch de New York, déjà touchée par la COVID-19), alors que ce regroupement avait déjà été interdit par la Direction de la santé publique. Le 13 mars, la COVID-19 touche principalement une résidence pour aînés, King David. Depuis cette éclosion qui a été circonscrite à cette résidence (dès le début, 5 aînés contaminés sur 97, nombre qui demeure stable depuis des semaines), s’est ajoutée la situation tragique connue dès le 30 mars au CHSLD privé Herron à Dorval : 49 morts, objet d’une enquête policière, tutelle par le CIUSSS de l’Ouest… ainsi que le nombre de victimes au CHSLD public LaSalle (43 morts).

Tous ces événements ont laissé croire que la pandémie touchait surtout l’ouest et le centre-ouest de l’île de Montréal. Or, la situation générale de la pandémie s’est complètement inversée depuis le milieu d’avril jusqu’à aujourd’hui. Les villes prospères de l’ouest et du centre-ouest et l’abondance des ressources financières et privées des deux CIUSSS de l’ouest leur ont permis de renverser les tendances initiales des premiers jours de la pandémie.

Selon le Tableau I, ce sont les territoires du CIUSSS du Nord (1019,0) de l’Est (1008,9) qui ont le plus grand nombre de cas de contamination dans la population (taux de cas pour 100 000 personnes). De plus en fonction de la répartition de la population de l’île de Montréal, les deux CIUSSS Est et Nord (qui comptent 48,2 % de la population totale) comptent cependant 55,8 % de toutes les personnes recensées qui sont affectées par la COVID-19. Le nombre de personnes infectées sur le territoire du CIUSSS du Centre-Ouest (16,3 %) s’éloigne de plus en plus de la proportion de sa population (18,1 %) sur l’île de Montréal. Le CIUSSS du Centre-Sud connaît un taux de contamination (13,9 %) moindre que la proportion de sa population, mais le taux de personnes contaminées pour 100 000 personnes est à la hauteur (773,2) de celui du centre-ouest (794,6) et beaucoup plus élevé que celui de l’ouest (672,7). C’est le territoire du CIUSSS de l’Ouest qui s’en tire le mieux. Son taux de répartition des cas atteint seulement 14,0 % soit 4,4 % de moins en regard de sa population, 18,4 %).

Tableau I
Répartition selon les territoires des CIUSSS des cas de personnes infectées par la COVID-19 et des morts au 7 mai 2020

CIUSSS

Nombre de cas infectés

Répartition des cas (%)

Taux de cas pour
100 000
personnes

Nombre de décès

Taux de mortalité pour
100 000
personnes

Centre-Ouest

2 953

16,3

794,6

269

72,4

Centre-Sud

2 487

13,2

773,2

314

97,6

Est

5 473

30,3

1008,9

424

78,2

Nord

4 614

25,5

1019,0

438

94,6

Ouest

2 537

14,0

672,7

277

73,4

Territoire à confirmer

Total à Montréal

791

18 855

 

912,4

38

1 760

85,2

Source : Fichier V10 en date du 8 mai 18 h 30

De plus, plusieurs villes prospères de l’ouest (Baie d’Urfé, Beaconsfield, Dollard-des-Ormeaux, Kirkland, Pierrefonds–Roxboro, Sainte-Anne-de-Bellevue, Pointe-Claire et Senneville) et du centre-ouest (Hampstead Montréal-Ouest et Westmount) ont un taux d’infection très bas, et par conséquent aucune transmission communautaire ou très peu. Les cas de contagion à la COVID-19 explosent dans des secteurs comme Montréal-Nord, Saint-Michel, Rivière-des-Prairies, Pointe-aux-Trembles, Parc-Extension, Verdun et LaSalle. Mylène Drouin, directrice de la DRSPM, semble incapable de remplir son premier mandat : reconnaitre les possibles explosions de cas dans l’ensemble de l’île de Montréal. Certains membres de la communauté haïtienne ont dénoncé le fait que la DRSPM était seulement en mode réactif. C’est seulement le 2 mai que la DRSPM va commencer à tester la population de Montréal-Nord alors que cette contagion spécifique était évidente dès le 26 avril. Encore là, le rattachement de Mylène Drouin à un seul CIUSSS dû à la réforme Barrette met cette dernière dans une situation intenable. Son expertise ne semble pas reconnue par les CIUSSS. Les circonstances sont identiques dans Rivière-des-Prairies et Pointe-aux-Trembles : une autre réponse trop tardive de la DRSPM à l’éclosion de la COVID-19 dans cet arrondissement.

Dans le rapport de l’INSPQ mentionné plus haut, les auteurs affirment que :

[…] L’exercice de l’autorité fonctionnelle, en particulier dans les régions où il y a plus d’un CISSS-CIUSSS, s’avère aussi difficile et parfois source de tensions importantes. Trois défis ressortent de nos analyses : le maintien de l’expertise professionnelle, le suivi et le soutien des ressources de santé publique œuvrant au sein d’autres directions et le positionnement de la santé publique au sein des CISSS-CIUSSS6.

Dans les territoires du centre-ouest et de l’ouest, les quartiers atteints restent les mêmes qu’au début de la pandémie (Côte-Saint-Luc, LaSalle, Verdun et Parc-Extension). En somme, depuis au moins un mois, ce sont les territoires du nord et de l’est qui connaissent le taux de propagation le plus rapide de la COVID-19. De nouveaux quartiers défavorisés et des poches de pauvreté (surtout dans le nord et l’est) s’ajoutent maintenant à la liste des zones chaudes (Ahuntsic-Cartierville - 1 144,2 cas et Mercier – Hochelaga-Maisonneuve - 1052,8 cas).

Avant de passer à notre évaluation de la contamination et de la mortalité dans les ressources pour aînés, mentionnons brièvement qu’en date du 7 mai, sur l’île de Montréal, il y a eu 1 666 morts. Si nous évaluons le taux de mortalité pour 100 000 personnes, selon les cinq territoires de l’île de Montréal, nous constatons que les régions du centre-sud et du nord rapportent les taux de mortalité les plus élevés soit respectivement 97,6, 94,6 et 78,2. Les territoires des deux CIUSSS anglophones ont des taux de mortalité inférieurs, le centre-ouest s’établit à 72,4 et l’ouest se situe à 73,4. Comme nous le verrons plus loin, l’écart moindre entre les deux CIUSSS anglophones et les trois autres CIUSSS tient à la surmortalité dans les CHSLD privés conventionnés et privés non conventionnés qui hausse le taux de mortalité global sur les territoires du centre-ouest et de l’ouest de l’île, venant ainsi compenser un plus bas taux de contamination pour 100 000 personnes dans la population de l’ouest. En somme la réforme Barrette a permis à la population du centre-ouest et de l’ouest, proportionnellement moins nombreuse, plus riche, présentant moins de problèmes de santé et de problèmes sociaux, de mieux s’en sortir.

La répartition des cas infectés par la COVID-19 et les décès dans les ressources pour les aînés vulnérables de l’île de Montréal

Avant d’analyser les chiffres, il faut décrire la situation de l’hébergement collectif pour les aînés vulnérables sur les territoires des cinq CIUSSS de l’île de Montréal : CHSLD publics, CHSLD privés conventionnés, CHSLD privés non conventionnés, ressources intermédiaires (RI) et résidences privées pour aînés (RPA). Ce réseau est fort complexe et les ressources diffèrent selon leur localisation dans les deux CIUSSS de l’ouest ou dans les trois autres CIUSSS au nord, au centre-sud et à l’est de l’île. Rappelons qu’à partir du 10 mars, il devenait évident que les ressources d’hébergement pour aînés vulnérables allaient connaître des éclosions, phénomène qui se retrouvait dans les pays européens. En plus, la stratégie privilégiée par le gouvernement consistait à mettre la population en confinement tout en délestant les lits d’hôpitaux et en plaçant de nombreux aînés dans les CHSLD publics et privés conventionnés et en achetant des places, principalement dans les RPA et les CHSLD privés.

Au cours des dernières années, cette pratique était courante au Québec, car les gouvernements précédents avaient fermé des CHSLD publics mettant de la pression pour que les institutions achètent des places surtout dans les CHSLD privés et les résidences privées pour aînés (RPA). Ce type d’achat de places dans les RPA et les CHSLD privés non conventionnés s’est intensifié au cours du mois de mars et même au début d’avril. Le 10 avril, les journalistes, Ariane Lacoursière et Gabrielle Duchaîne décrivent cette pratique. Elles indiquent que :

La Presse a pu obtenir des données pour 3 des 29 établissements de santé de la province. Au seul CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, qui regroupe l’hôpital du Lakeshore, l’hôpital de St Mary et l’hôpital de LaSalle, on a transféré entre le 13 mars et le 7 avril 29 patients des hôpitaux vers des CHSLD et 9 vers des ressources intermédiaires7.

Cette pratique a été courante au mois de mars 2020 jusqu’au 8 avril, envoyant même des aînés des CH dans des CHSLD qui connaissaient une éclosion. À Montréal, ces déplacements ont peut-être touché 200 à 300 aînés. Ajoutons que les CHSLD publics et privés ont été mis sous pression pour accepter des patients âgés venus des CH.

Aux deux journalistes de La Presse, se joignent Katia Gagnon et Philippe Teisceira-Lessard et les quatre journalistes publient, huit jours plus tard, un dossier choc intitulé : « Établissements pour aînés : la béquille du réseau chancelle ». Les journalistes écrivent :

[…] La résidence Floralies LaSalle fait partie, comme le CHSLD Herron, des établissements privés où le réseau public achète des places depuis des années. L’objectif de ces « achats » : désengorger les hôpitaux des aînés en attente d’une place, mais qui ne peuvent pas être absorbés par le réseau des CHSLD publics. Québec achète ainsi de façon sporadique pas moins de 10 000 places dans les CHSLD privés et les résidences pour aînés, révèle une compilation inédite effectuée par La Presse. Le rythme des achats de places s’est donc accéléré au cours des trois derniers mois, mais cette tendance perdure depuis belle lurette8.

Les journalistes rapportent que le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal a acheté 22 places entre janvier et mars 2020 dans trois résidences privées (Floralies LaSalle, Floralies Lachine et Résidence Angelica (valeur totale : 315 000 $) et que le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal a accordé un contrat d’une valeur de 1,6 million $ au CHSLD privé Le Vivalis (90 places dont 91 % de la clientèle est composée de la catégorie d’aînés de 85 ans et plus. Ce CHSLD relève du Groupe ExcelSoins qui opère deux autres petits CHSLD à Montréal.

En mars 2020, au début de la pandémie, sur l’île de Montréal, nous évaluions le nombre de résidants dans les CHSLD publics à environ 9 293 aînés vulnérables et nous évaluons que les CHSLD privés conventionnés ont connu une légère augmentation d’aînés, autour de 2 847. Au total, 12 146 aînés vivent en CHSLD (voir tableau 11, ci-dessous)

Globalement, si nous écartons les CHSLD privés non conventionnés, c’est le CIUSSS de l’Est-de-l’île-de-Montréal qui a charge la plus lourde (2 947 aînés répartis dans quinze CHSLD publics et quatre CHSLD conventionnés), suivi par le CIUSSS du Nord-de-l’île-de-Montréal (2 796 résidants répartis dans onze CHSLD publics et six CHSLD conventionnés) et finalement le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal (2 792 aînés répartis dans dix-sept CHSLD publics).

La situation des deux CIUSSS de l’ouest est particulière. Ils ont un réseau de CHSLD publics et privés conventionnés plutôt restreint : le Centre-Ouest administre 1 836 résidants dans six CHSLD publics et trois CHSLD privés conventionnés et celui de l’Ouest atteint 1 775 aînés hébergés dans huit CHSLD publics et quatre CHSLD privés conventionnés. Les deux CIUSSS, surtout celui de l’Ouest, ont plutôt développé des relations avec des CHSLD privés non conventionnés. En effet, le CIUSSS du Centre-Ouest s’occupe de 348 résidants dans ce type de ressources, alors que l’autre CIUSSS s’appuie davantage sur les CHSLD privés non conventionnés avec 687 résidants dans les CHSLD privés non conventionnés (CHSLD privé Herron, CHSLD Les Floralies Lasalle, le Manoir Beaconsfield, le CHSLD Les Floralies Lachine, etc.). Globalement, le suivi des CHSLD privés non conventionnés est moins méthodique, laissant aux inspecteurs du MSSSQ le soin de remplir cette tâche.

Dans le cadre de ce document, nous ne pourrons pas aborder la question des RPA ni des RI. Le nombre des aînés dans les RI se chiffre à environ 2 285 résidants répartis sur 36 installations sur l’île de Montréal. Les RI sont nées dans les années 2000 et devaient devenir de petits centres de soins de longue durée de 60 à 80 résidants qui avaient besoin d’un hébergement dans lequel l’usager avait moins de trois heures de soins par jour. Leur développement est resté assez marginal et souvent chaotique. Il n’y a jamais eu un véritable bilan sur ces partenariats publics-privés (PPP) que sont les RI.

Finalement, nous soulignons au passage la croissance phénoménale des RPA. Actuellement près de 17 % des aînés montréalais de 75 ans et plus habitent ces ressources ; c’est presque trois fois plus que dans le reste du Canada (6 %). Rappelons seulement qu’il y a là un écart très significatif entre les communautés francophone et anglophone. Encore là, nous n’explorerons pas davantage cette voie simplement offerte à la réflexion.

En utilisant le Registre des RPA et en nous concentrant sur l’ensemble des RPA de 15 résidants et plus, nous nous demandions si les RPA de l’ouest pouvaient avoir des caractéristiques différentes des RPA situées sur les territoires du nord, de l’est et du centre-sud de l’île. La collecte de données issues du registre a permis de découvrir deux phénomènes différents. Le premier est plutôt mineur : alors qu’il y a 52 RPA dans l’ouest de l’île, leur nombre double, soit 104 sur les territoires des trois autres CIUSSS. Par conséquent la clientèle des RPA du centre-ouest et de l’ouest est beaucoup moins nombreuse, soit 7 109 aînés par rapport à 18 404 dans les autres RPA.

La deuxième singularité est fondamentale et distingue fortement la clientèle des RPA de l’ouest de celle des autres secteurs. En effet, la catégorie des aînés de 85 ans et plus comprend 4 142 aînés représentant 58,1 % des 7 109 aînés qui habitent les RPA de l’ouest, alors que dans les trois autres territoires, la catégorie des aînés de 85 ans et plus baisse à 43,4 %, soit 8 068 aînés de 85 ans et plus sur les 18 404 aînés résidant dans les 104 RPA.

Cet écart significatif de 14,7 % expliquerait que certaines RPA, dans l’ouest, avec une part de 58,1 % des aînés de 85 ans sur la clientèle totale, ont été plus touchées, surtout au début de la pandémie. Ce vieillissement plus marqué dans les RPA de l’ouest serait le principal facteur de cette pandémie importante dans les RPA par rapport à une contamination beaucoup moins marquée dans la population, à part certains secteurs très limités comme Parc-Extension, Côte-Saint-Luc et Côte-des-Neiges.

Selon notre évaluation le 29 avril, sur 9 293 aînés hébergés dans les CHSLD publics, 2 495 aînés étaient infectés par la COVID-19, soit 26,9 %. Parmi les 2 847 aînés habitant dans des CHSLD privés conventionnés, 988 étaient contaminés par le virus, soit 34,7 %. Au total, sur les 12 146 aînés considérés, 3483 étaient testés positifs, soit 28,7 %.

Ces données qui se retrouvent sur le tableau II ont été compilées à partir du dernier tableau appelé « Situation dans les milieux de vie pour personnes aînées et vulnérables9 » en date du 30 avril (données de la journée du 29 avril).

TABLEAU II

Liste des cas cumulés au 29 avril 2020 de la propagation de la COVID-19 et taux de cette contamination sur les territoires des cinq CIUSSS de l’île de Montréal selon les CHSLD publics, privés conventionnés et privés non conventionnés

CIUSSS

Nombre

CHSLD

publics

cas

%

Nombre

CHSLD privés conv. cas

%

total

%

Nombre

CHSLD privés non conv. cas

%

total

du Nord de l’île

488 sur 1 641

29,7

374 sur 1 155

32,4

862 sur 2 796

30,4

0 sur 80

0

862 sur 2 876 = 30 %

du Centre-Sud de l’île

874 sur 2792

31,3

0

0

874 sur 2792

31,1

14 sur 222

6,3

888 sur 3014 = 29,5 %

de l’Est de l’île

429 sur 2317

20,8

202 sur 624

32,3

631 sur 2947

21,5

0 sur 79

0

631 sur 3020 = 20,9 %

du Centre-ouest de l’île

240 sur 1156

20,8

261 sur 680

38,4

501 sur 1836

27,3

27 sur 348

9,1

528 sur 2184 = 24,2 %

De l’Ouest de l’île

464 sur 1387

33,5

151 sur 388

38,9

615 sur 1775

34,6

314 sur 687

45,7

929 sur 2462 = 37,7 %

Total

2495 sur 9 293

26,9

988 sur 2847

34,7

3483 sur 12 146

28,7

355 sur 1416

25,1

3838 sur 13 556 28,3 %

Comme nous pouvons le constater, la situation dans les CHSLD publics et privés conventionnés est très alarmante. Le gouvernement Legault décide, le 1er mai, de ne plus diffuser le tableau de l’évolution de la pandémie dans le réseau des CHSLD, et cela sans aucune consultation, en prétextant que certaines données sont fausses. Il est facile de comprendre que lorsqu’il dit mener une guerre contre la COVID-19, ce sont les aînés et l’information qui sont les premières victimes de cet état de siège. Il promet dans un communiqué sur le site sur la situation du coronavirus (COVID-19) au Québec que :

[…] le tableau sur la situation dans les milieux de vie pour personnes aînées et vulnérables fait l’objet d’une révision. Les prochaines données seront présentées sur une base journalière plutôt que cumulative. Cet ajustement permettra notamment de dresser un portait plus juste des éclosions dans les milieux de vie et de suivre leur évolution. Ce nouveau tableau sera rendu disponible prochainement10.

Encore là, le gouvernement Legault oublie la transparence et cache des données importantes qui nous démontreraient que la pandémie dans l’ensemble des CHSLD est loin d’atteindre le plateau.

La comparaison entre les ressources d’hébergement des aînés sur les territoires de deux CIUSSS de l’ouest et ceux des trois autres CIUSSS est très révélatrice des différences importantes qui existent entre eux. Globalement, le 29 avril, dans les CHSLD publics dans le centre-sud et le nord et l’est, le taux des cas infectés était respectivement de 31,1 % et de 29,7 % et 20,8 %. En incluant celui des CHSLD privés conventionnés, la contagion spécifique de ces CHSLD ne joue pas un rôle significatif sur le taux global des CHSLD publics et privés conventionnés ; nous obtenons des taux similaires au centre-sud à 31,1 %, au nord à 30,4 % et à l’est à 21,5 %. Finalement, l’ajout du taux de contamination dans les CHSLD privés non conventionnés dans les trois secteurs abaisse le taux général de contagion au 29 avril ; le centre-sud voit son taux baisser à 29,5 %, le nord diminue à 30 % et l’est décroît à 20,9 %.

Dans les territoires du centre-ouest et de l’ouest, la situation change radicalement lorsque nous ajoutons les taux de contamination des CHSLD privés conventionnés et privés non conventionnés au taux de contagion dans les CHSLD publics. Au 29 avril, sur les territoires du CIUSSS du Centre-Ouest et celui de l’Ouest, le taux de contagion est respectivement de 20,8 % et 33,5 %. Alors que la contagion dans les CHSLD privés conventionnés n’a pas eu d’incidence sur le taux de contagion des régions du centre-sud, du nord et de l’est de Montréal, nous constatons que le secteur privé conventionné dans les secteurs du centre-ouest et de l’ouest de Montréal contribue à augmenter le taux pour l’ensemble des secteurs public et privé conventionné. Dans le centre-ouest, le secteur privé conventionné connaît un taux de contagion de 38, 4 % faisant croître le secteur de 20,8 % à 27,3 %. Dans le territoire de l’ouest, les CHSLD privés conventionnés avec un taux de contagion de 38,9 % font augmenter le total à 34,6 %. Avant de saisir les données du taux de contagion dans les CHSLD privés non conventionnés, il faut dire que l’exactitude des statistiques sur les CHSLD privés non conventionnés est beaucoup moins grande que dans le réseau des CHSLD publics et privés conventionnés. Le réseau a été peu balisé par le MSSSQ ; les propriétaires de ce type de ressources utilisent ce vocable de façon parfois erronée. Elles opèrent souvent sans la certification du Québec. Tout cela apparaît bien aléatoire. Nous avons donc enquêté d’abord les CHSLD privés non conventionnés que nous retrouvons dans le Registre des RPA. D’autres s’affichent comme des CHSLD privés non conventionnés et nous les retrouvons dans les registres d’entreprises à but lucratif qui répondent à des demandes privées de recherche d’une résidence pour des aînés ; ces dernières administrent un établissement avec une clientèle peu nombreuse (moins de cinquante résidants)., comme les CHSLD ExcelSoins, veulent occuper le champ des soins de longue durée auprès des aînés vulnérables, domaine qui est depuis toujours l’apanage des CHSLD publics et privés conventionnés.

Malgré le caractère approximatif des données disponibles, nous voulons mentionner que les deux CIUSSS ont plus de 1035 places dans ces centres privés. Si le taux de contagion dans ces centres de soins n’a pas eu un impact négatif sur le taux global de contagion sur le territoire du centre ouest, il en a été autrement dans la région administrée par le CIUSSS de l’ouest.

Avec un taux de contamination de 6,3 %, la contagion mineure dans le secteur privé, en date du 29 avril, a contribué à diminuer le taux global, passant de 27,3 % à 24,2 %. C’est dans le territoire du CIUSSS de l’Ouest que l’impact de la contagion dans les CHSLD privés non conventionnés a été le plus prédominant. Sur les 685 places, environ 314 personnes étaient contaminées le 29 avril, soit un taux de contagion de 45,7 %, donnant un taux global de 37,7 %. Dans ce contexte particulier, c’est surtout le CIUSSS de l’Ouest qui a eu à gérer plusieurs CHSLD non conventionnés en crise, que l’on pense aux tragédies du CHSLD Herron (46 morts et 75 % des aînés infectés) à Dorval et du CHSLD les Floralies Lasalle (19 morts sur 21 personnes contaminées). Le CIUSSS de l’Ouest a été obligé d’éteindre des feux dans ces installations tout en intervenant dans plusieurs CHSLD publics et privés conventionnés. Dans les faits, le CIUSSS de l’Ouest n’a pas connu d’éclosions importantes dans ces villes riches qui longent la Rivière-des-Prairies.

Finalement, si nous écartons l’achat de places dans les RPA, données que nous n’avons pas, le secteur des CHSLD privés non conventionnés joue un rôle prédominant sur le territoire du CIUSSS de l’Ouest. Cependant, nous croyons que le secteur privé est un acteur important dans l’ouest de l’île et que le taux de propagation dans ces CHSLD privés non conventionnés dans le territoire du CIUSSS de l’Ouest (que nous évaluons à environ 45,7 %) a fait exploser le taux global à 37,7 %. Dans le réseau des CHSLD des cinq CIUSSS, ce taux de propagation constitue le plus important sur l’île de Montréal.

Le choix du CIUSSS de l’Ouest de faire des ententes avec les CHSLD privés non conventionnés a eu une incidence directe sur l’aggravation de la crise dans les CHSLD de l’ouest. Cependant, avec les ressources financières que le CIUSSS avait, l’aide de la Croix-Rouge et de plusieurs dizaines de soldats, le CIUSSS a pu reprendre le contrôle de la situation à la fin avril dans l’ensemble de son réseau. De plus, étant donné que la contagion communautaire a été très limitée, à l’exception de LaSalle, le CIUSSS a pu se concentrer sur la crise dans les CHSLD. Quant au CIUSSS du Centre-Ouest, la pandémie a connu rapidement une contagion communautaire surtout à Côte-Saint-Luc et des problèmes importants au CHSLD privé conventionné Vigi-Mont-Royal et dans deux CHSLD publics, Donald-Berman et St-Andrew. Encore là, il y a eu peu de contagion communautaire dans les villes importantes de la région administrée par le CIUSSS : Hampstead, Montréal-Ouest, une partie importante de Ville-Marie et Westmount. Dans l’ensemble de son territoire, le 7 mai, le taux de contagion communautaire est bien en-deça de la moyenne du taux de contamination pour 100 000 personnes sur l’île de Montréal : 794,6 versus 912,4.

Au contraire, les CIUSSS du Nord et de l’Est ont dû se battre sur deux fronts : la pandémie dans les CHSLD et la contagion communautaire. Voici un aperçu de la situation en date du 7 mai. Dans le territoire du CIUSSS du Nord, avec une population de 445 000 habitants répartis dans des régions hétérogènes marquées par des quartiers très pauvres (Montréal-Nord, portions de La Petite-Patrie), plusieurs CHSLD publics et privés conventionnés ont été éprouvés avec un taux de contagion de 50 % et plus : CHSLD Laurendeau, Notre-Dame de la Merci, Berthiaume–du-Tremblay, La Petite-Patrie, Paul Lizotte Les Cèdres et la Résidence Angélica. La contagion communautaire dans le territoire touche maintenant d’autres secteurs : Ahuntsic–Cartierville, Villeray… et le taux global de contagion est au-dessus de la moyenne de l’île. À l’est, dans cet immense territoire avec une population de plus de 535 000 habitants, la contamination communautaire est bien réelle et dépasse la moyenne de l’île dans les arrondissements et quartiers suivants : Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles et Saint-Michel. Plusieurs CHSLD publics et privés conventionnés connaissent un taux de contagion qui surpasse 50 % et plus : CHSLD Jean-François Perreault, Nicolet, Marie-Victorin, Le Royer, Jean-Hubert Biermans. Le 7 mai, au CIUSSS du Centre-Sud, la contagion communautaire est concentrée surtout à Verdun et au sud-ouest avec des taux au-dessus de la moyenne de l’île de Montréal. Entre outre, plusieurs CHSLD publics ont été frappés par des taux de contagion de plus de 60 % : le CHSLD Yvon Brunet, l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal qui a été contaminé à plus de 70 %, les CHSLD Champlain, le Verdun, Alfred Desrochers, Des Seigneurs et Réal-Morel.

Au moment où je termine ce texte, le nombre de morts, le 9 mai, s’établit maintenant à 1 863. En tenant compte de la population respective de chaque CIUSSS de l’île de Montréal, la réforme Barrette a accru les disparités :

Nord

450 morts

(24,5 %)

moins 21,9 %

= +2,6 %,

Centre-sud

328 morts

(17,6 %)

moins 15,1 %

= + 2,5 %

Est

458 morts

(24,6 %)

moins 26,3 %

= - 1,7 %,

Centre-Ouest

280 morts

(15 %)

moins 18,1 %

= -3,1 %

Ouest

290 morts

(15,8 %)

moins 18,4 %

= -2,6 %.

Globalement, les trois CIUSSS du Nord, du Centre-Sud et de l’Est ont un cumulatif qui donne un écart de + 3,4 % proportionnellement aux populations administrées. De leur côté, les deux CIUSSS anglophones ont un cumulatif qui donne un écart de – 5,7 % proportionnellement aux populations administrées.

Selon l’INSPQ, sur l’île de Montréal le 9 mai on évalue à 1560 les aînés décédés qui étaient hébergés dans des CHSLD publics, privés conventionnés ou privés non conventionnés, les RI et les RPA. Ce nombre représente 83,7 % des décès recensés. Cette proportion d’aînés est sûrement plus élevée puisque les décès en centre hospitalier (135 décès) et à domicile (148 décès) ne sont pas pris en compte. Finalement, si nous gardons ce nombre de morts (moins les 26 morts dans les RI que nous n’avons pas comptabilisés dans notre tableau sur le taux de contagion dans les CHSLD publics, privés conventionnés et privés non conventionnés), nous estimons, au cumulatif, à 3 838 aînés contaminés le 29 avril. Avec les nouvelles données publiées aujourd’hui, environ 40 % des aînés infectés au 29 avril sont maintenant décédés.

Une grande colère m’habite devant cette pandémie qui touche majoritairement les aînés hébergés dans des ressources qui devaient prendre soin d’eux. Je ne jette surtout pas la pierre à toutes ces femmes (en grande majorité) qui ont tenté de les soigner sans beaucoup de moyens. Cependant, il y a cette négligence institutionnelle existe depuis de nombreuses années. Il y a cette consigne meurtrière du MSSSQ du mois de mars « Les patients COVID-19 suspectés ou confirmés en CHSLD ne doivent être transférés en CH que de façon exceptionnelle et après consultation avec le médecin de garde ». Il y a tant d’actes posés dans l’insouciance par nos grands mandarins de ces Institutions qui n’ont pas de cœur. Il y a nous tous qui avons laissé aller sans élever nos voix.

Le vide, voilà le sentiment qui m’habite et il tue…

 

 

 


1 McCann, Danielle, Cas de COVID-19 probable au Québec, Communiqué du MSSSQ, 27 février 2020.

2 Directives cliniques aux professionnels et au réseau pour la COVID-19, mise à jour le 1 mai 2020, MSSSQ.

3 Lacoursière, Ariane, Coupes en santé publique : Montréal perdra de 60 à 70 professionnels, La Presse, 3 mars 2015,

4 Poirier, Léo-Roch, Pineault, Raynald, Gutièrrez, Marcio, Vien, Louis-Philippe et Morisset, Josée, chef d’unité, Évaluation de la mise en œuvre du Programme national de santé publique 2015-2025 – Analyse de l’impact des nouveaux mécanismes de gouvernance RAPPORT D’ÉVALUATION, Québec, 2019, p.39.

5 Selon les statistiques de 2018, les CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal et du Nord-de-l’Île-de-Montréal ont respectivement les territoires les plus populeux : 535 600 habitants (26,3 % de la population) et 445 600 résidants (21,9 % de la population). Ensemble, ils s’occupent de près de la moitié de la population montréalaise, soit 981 200 résidants. La très grande majorité de la population de ces deux CIUSSS est composée de citoyens francophones et de ceux issus des communautés ethniques. Le CIUSSS du Nord gère des populations très hétérogènes de Montréal-Nord à ville Saint-Laurent en passant par Ahuntsic jusqu’à la Petite-Patrie. Il faut ajouter le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal qui compte 308 000 résidants (15,1 %). Ce CIUSSS a des quartiers très défavorisés, avec un pourcentage important de familles monoparentales et d’aînés pauvres.

Du côté de la communauté anglophone, le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal englobe un territoire habité par 374 400 personnes (18,4 %) de la population), dont font partie les villes de Pointe-Claire, Dollard-Des-Ormeaux, Beaconsfield, Kirkland, Dorval, Ste-Anne-de-Bellevue, Baie-d’Urfé et Senneville. Ces villes prospères contiennent 41,5 % des citoyens sur le territoire du CIUSSS. Les arrondissements LaSalle, Lachine, Pierrefonds-Roxboro et L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève ajoutent à ces villes, 219 025 résidants.

Finalement, une majorité d’anglophones gèrent aussi le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal qui occupe un territoire dont la population est de 371 500 personnes (18,1 %). Près de 30 % des habitants sur son territoire vivent dans les villes de Hampstead, Côte-Saint-Luc, Montréal-Ouest, Westmount, Outremont et Mont-Royal, avec des revenus au-dessus de la moyenne de l’ensemble des villes sur l’ïle de Montréal. Ce CIUSSS donne des services aussi aux résidants de l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, du quartier Parc-Extension et d’une partie de l’arrondissement Ville-Marie.

6 Poirier, Léo-Roch, op. cit., p.7.

7 Lacoursière, Ariane, Duchaine, Gabrielle, « CHSLD : des aînés jetés “dans la gueule du loup” », La Presse, 10 avril 202o.

8 Lacoursière, Ariane, Duchaine, Gabrielle, Gagnon Katia et Teisceira-Lessard, Philippe, « La béquille du réseau chancelle », La Presse, 18 avril 2020.

9 Situation du coronavirus (COVID-19) au Québec, Liste des CHSLD et RPA avec un cas de COVID-19 MSSSQ, 1er mai 2020.

10 Situation du coronavirus (COVID-19) au Québec, MSSSQ, 1er mai 2020.

* Ph. D. science politique.

 

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