Décembre 2020

Vol. CX, no 10

Éditorial - Un tabou tenace

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Notre langue n’a pas besoin d’Ottawa. Nous n’avons pas besoin de la protection des saboteurs des pouvoirs de l’Assemblée nationale. Nous n’avons rien à faire de leur Cour suprême et encore moins de leur charte conçue pour saper nos choix démocratiques. Nous avons besoin que l’État canadian dégage !

Il faut vraiment sombrer dans la médiocrité des plus éculés vaudevilles pour accorder quelque crédit que ce soit aux simagrées mises en scène pour tenter de réchapper les bévues de deux bigotes qui ont oublié qu’elles n’échangeaient pas autour de la machine à café. Il faut se laisser aller à de puissants élans d’aveuglement volontaire pour penser que l’État canadian renoncera à son mythe de refondation pour accommoder une minorité encombrante. Il ne sortira de tout ce navrant spectacle qu’un autre attirail d’hypocrisie, une amanchure de cosmétique débile : il fallait les entendre pérorer pour se draper dans les mille nuances de drabe pour savoir si le Québec en déclin relève de l’évidence, de la fatalité ou d’une défaillance de la protection d’Ottawa. Il sait pourtant si bien nous protéger de nous-mêmes. Que lui faudra-t-il donc inventer pour continuer de nous couper l’oxygène en pesant de toute sa condescendance.

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Pour la création de l’Université internationale de la Francophonie

Ce texte a d'abord paru dans Le Devoir du 26 novembre 2020

Le ministre Jolin-Barette semble bien déterminé à faire un effort sérieux de redressement de la situation du français. Aura-t-il les appuis suffisants au sein du caucus de la CAQ et plus largement du gouvernement pour mettre en œuvre des mesures qui permettront d’infléchir les tendances lourdes et de mettre le cap sur une voie mobilisatrice, stimulante et audacieuse ? Cela reste à voir. Les vents contraires vont souffler fort et les anathèmes en décoifferont sans doute plusieurs. Mais il ne sert à rien de s’en inquiéter, tout se déroulera de manière tellement prévisible…

Déliquescence : regards sur l’état des cégeps au Québec

Parler d’éducation au Québec, revient à parler d’histoire et de culture. Parler des cégeps revient à parler d’un projet ancré dans une histoire et un temps qui nous paraît déjà si loin ; leurs naissances, pour les premiers, datant de 1967. Presque comme parler de révolution sexuelle alors que nous avons connu l’ère du sida. Dans mon cours d’épistémologie à l’Université de Montréal dans les années 2000, André-J Bélanger illustrait le concept de « path dependence1» par l’idée des cégeps. Quelque chose qui serait plus coûteux à détruire qu’à être entretenu.

Sans l’indépendance, pas d’avenir pour le français comme langue nationale

Au moment où le gouvernement de la CAQ s’apprête à rejouer la Grande Illusion en annonçant une réforme de la politique linguistique, il est nécessaire de faire le bilan d’un demi-siècle de lutte pour le Québec français. Dans ce combat, les partis et les mouvements nationalistes se sont montrés discrets sur les bienfaits de l’indépendance pour l’avenir du français. Ils se sont plutôt ingéniés à proposer des solutions d’aménagement linguistique dans le cadre du fédéralisme canadien. Ils ont fait comme si l’indépendance n’était pas nécessaire et se sont imaginé qu’il était possible de résoudre la quadrature du cercle en imposant l’unilinguisme français dans un pays où le bilinguisme servait d’idéologie officielle. Ce fut du moins l’esprit de la loi 101 qui supposait qu’on pouvait concilier l’affirmation du français tout en préservant les privilèges de la communauté anglophone.

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Le mal-être systémique

C’est connu, les grandes crises mondiales provoquent de fortes prises de conscience qui révèlent sans fard les caractéristiques, les forces et les faiblesses des sociétés de l’époque où elles sévissent. Allons-y sans détour, après une gestion de crise apparemment bien contrôlée et éclairée, la pandémie de la COVID-19 a exposé de plus en plus douloureusement la vulnérabilité et les travers tenaces de la société québécoise dans ce qui apparaît comme un mal-être systémique.

L’ingratitude

Ils sont angéliques. Ils nous promettent un monde meilleur, égalitaire, et invitent ceux qu’ils désignent comme experts du nouveau monde à nous faire la leçon. Ils sont magnanimes, certains diraient même coquets. Ils sourient toujours à pleines dents, plénipotentiaires d’un empire du bien sans limites, ou si peu, soient celles qu’ils nous jurent souhaiter éliminés. Astucieux, ils exploitent des causes rencontrant peu d’opposants au Québec, des causes hautement légitimes comme l’égalité des sexes (ils diront genres) et la justice pour les peuples autochtones. Leur cri d’indignation devant une injustice raciste aux États-Unis n’aura d’égal que leur relatif silence radio devant un crime aussi odieux en France. Ils ne nous disent pas pourquoi. On devrait comprendre. Et se taire.

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Entretien avec le philosophe Bernard Bourdin

titre complet de l'article: Entretien avec le philosophe Bernard Bourdin. La nation est autant progressiste que conservatrice

La question de la nation se pose partout à travers le monde. Le philosophe français Bernard Bourdin y a consacré de nombreux travaux. Je me suis permis de lui poser quelques questions, à la lumière de ses travaux, sur la meilleure manière de l’aborder dans le monde qui est le nôtre.

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Le FRAP et la crise d’octobre

Je voudrais aborder un angle mort de la crise d’Octobre, à savoir le contexte de l’élection municipale du 25 octobre et le rôle du maire et candidat à sa réélection, Jean Drapeau, de même que le congédiement de Michel Bourdon et Denis Vincent, journalistes à Radio-Canada.

Il n’y aura pas d’excuses

Nous avons été nombreux et nombreuses à signer la lettre d’appui à la professeure de l’université d’Ottawa, Verushka Lieutenant-Duval. Lancée par une de nos collègues, cette pétition est devenue à son tour objet de controverse. Relayant les propos du recteur Frémont1, des chroniqueurs y ont même vu la preuve du biais raciste des signataires dont la vaste majorité a le malheur d’être blanche2. Dans ce contexte surréaliste, il fallait peut-être s’attendre à ce que le débat finisse par faire des vagues même au sein de notre petite communauté habituée au confort douillet de la banlieue à la fois proche géographiquement de la grande ville et pourtant si loin de ses clivages et des tensions qui la traversent.

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François Côté et Guillaume Rousseau. Restaurer le français langue officielle

François Côté et Guillaume Rousseau
Restaurer le français langue officielle. Fondements théoriques, politiques et juridiques pour une primauté du français langue du droit
Institut de Recherche sur le Québec, Montréal, 2019, 128 pages

Dans leur dernier livre, qui s’inscrit dans leur combat acharné pour la défense de la langue française au Québec, les avocats François Côté et Guillaume Rousseau réagissent à la contestation du Barreau du Québec et du Barreau de Montréal contre le gouvernement du Québec. Rappelons l’affaire : en avril 2018, ces deux organisations lançaient un recours judiciaire pour contester l’ensemble des lois québécoises, en récusant leur validité pour cause d’importantes inexactitudes de traduction présentes entre les versions françaises et anglaises de ces lois. Cette action reposait sur l’avis de l’ancien juge à la Cour suprême du Canada, Michel Bastarache, et d’une étude publiée par une étudiante à la maîtrise en droit. L’avis en question affirmait que le processus d’adoption des lois par l’Assemblée nationale était incorrect en vertu de la constitution canadienne, et, de son côté, l’étude montrait l’étendue des erreurs de traduction des lois québécoises françaises traduites en anglais. Dans cet essai, Côté et Rousseau prennent au sérieux ces déclarations et tentent d’offrir des pistes de solution pour dénouer les malentendus.

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