Henri Bourassa - discours

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Roméo Bouchard. Le rêve de Champlain, de Papineau et de René Lévesque : un peuple !

Roméo Bouchard (Préface d’André Larocque)
Le rêve de Champlain, de Papineau et de René Lévesque : un peuple !
Éditions LAMBDA, 2020, 215 pages

Roméo Bouchard – qu’on appelait Méo lorsqu’il enseignait la philosophie au Collège de Jonquière – est un redoutable polémiste. Il ne craint pas de pourfendre ceux qui ont perdu la mémoire ; ceux qui n’ont pas la Terre-Québec de Miron dans les tripes ; ceux qui donnent des leçons et qui multiculturalisent à fond la caisse ; ceux qui wokent avec le plus profond des mépris.

À 84 ans, Bouchard a toujours la rapière bien aiguisée et il ne semble pas qu’il soit à la veille de la remettre au fourreau. En témoignent la quinzaine d’essais qu’il a publiés depuis son premier, Deux prêtres en colère, en 1968, en particulier Gens de mon pays, dans lequel il trace avec émotion le portrait des petites gens qu’il a côtoyé depuis près de 50 ans à Saint-Germain-de-Kamouraska. Le suivre sur Facebook est quasiment un travail à temps plein tellement il est prolifique.

Il fallait bien l’imagination de Roméo Bouchard pour rassembler, dans un livre paru il y a peu, trois figures notoires de l’histoire du Québec : Champlain, Papineau et Lévesque. Ces trois personnages apparaissent de plus sur la couverture du livre, dessinés par Jean Gladu, un collègue du Quartier latin à la fin des années 1960.

C’est une espèce d’épopée parfois échevelée, mais toujours inspirée et pleine de souffle, qu’il livre dans son dernier livre, Le rêve de Champlain, de Papineau et de Lévesque : un Peuple !

Pourquoi m’est-il remonté à la mémoire ce poème de Gaston Miron, « La vie agonique » ?

L’homme de ce temps porte le visage de la Flagellation
et toi, Terre de Québec, Mère Courage
dans la longue marche tu es grosse
de nos rêves charbonneux douloureux
de l’innombrable épuisement des corps et des âmes.

Peut-être à la lecture de cette phrase d’André Larocque, militant pour une réforme en profondeur du mode de scrutin, qui signe une préface dans laquelle il évoque les échecs subis par Champlain, Papineau et Lévesque : « Mais, trois rêves brisés ne signifient pas trois rêves perdus ou sans effets. »

Bouchard, pour être un optimiste invétéré qui ne mènerait pas tous ces combats si l’espoir ne les inspirait, fait quand même preuve de réalisme quand il prend la mesure des temps présents. Il constate qu’il « flotte dans l’air une sorte de mépris du passé, de doute, de malaise, de sentiment de culpabilité, et l’évocation de notre histoire, de notre identité, a un goût de régression, d’amertume ». Mais chez-lui, le pessimisme ne prend jamais le dessus. « Ce serait une erreur de sombrer dans le défaitisme », affirme-t-il, car le Québec « est une sorte de miracle » Un miracle pour avoir surmonté les forces géopolitiques et historiques liguées contre la « nationalité québécoise », qui est toujours vivante à ses yeux et ayant la capacité de se réinventer dans le monde à venir.

Champlain, Papineau et Lévesque ont porté chacun un rêve. Bouchard avance que ce sont des « personnages-charnière » de notre histoire. Ils ont profondément aimé leur peuple, souligne-t-il. Et ce peuple les a aimés inconditionnellement.

Le rêve de Champlain

Bouchard s’appuie sur la brique écrite par un historien états-unien, David Hackett Fisher, justement intitulé Le rêve de Champlain, pour dresser le portrait de ce personnage, un personnage « sans bon sens ».

C’est un soldat de profession. Un navigateur chevronné, un explorateur minutieux. Un cartographe étonnant. Un auteur prolifique. Un pionnier de l’ethnographie, de l’autochtonie, qu’il « respectait au plus haut degré ». Un naturaliste qui a décrit comme nul autre la faune, la flore et le climat des territoires explorés. Un apôtre de la tolérance, apprise auprès du roi Henri IV durant les guerres de religion. « Un négociateur habile et un pacificateur doué qui savait combiner fermeté et retenue », a écrit Fisher.

Mais aux yeux de Bouchard, Champlain était surtout un humaniste. « Bien au-delà des visées économiques et politiques de la colonisation, Champlain était porteur d’un véritable projet de société », écrit-il. Ce projet de société de Champlain, on le trouve encore une fois chez Fisher, que cite l’auteur. « Ce soldat las des guerres rêvait d’humanité et de paix dans un monde de cruauté et de violence. Il entrevoyait un monde nouveau où des gens de cultures différentes pourraient vivre ensemble dans l’amitié et la concorde. C’est ce qui devint son grand dessein en Amérique du Nord. »

Ce vaste dessein s’est traduit concrètement par les traités d’alliance signés en 1603 et en 1609 avec plusieurs nations. Ce grand rêve humaniste s’est finalement traduit, un siècle plus tard, par la signature de la Grande paix de 1701, après de longues négociations menées avec 39 nations autochtones de l’Est de l’Amérique. « Sans cette alliance, estime Bouchard, il est peu probable que nous serions là aujourd’hui. »

Mais la Conquête de 1760 a mis un terme à ce rêve inachevé. Les Anglais étant devenus les maîtres du territoire, cette société de collaboration et de métissage avec les Premières Nations, « d’une économie basée sur le commerce des fourrures en partenariat avec les Indiens à travers l’Amérique » fit place à l’empire royal britannique.

Le rêve de Papineau

D’entrée de jeu de ce chapitre, Roméo Bouchard remet les pendules à l’heure au sujet du portrait négatif et très peu flatteur qu’avaient fait de Papineau les réformistes, les patriotes vire-capots et le clergé complice. « Les réformistes confédératifs ont voulu donner de lui l’image d’un beau-parleur et d’un profiteur, voire même d’un imposteur. Même si Papineau demeure un personnage complexe, au cœur d’une époque mouvementée et controversée, la vérité est tout autre », écrit-il. Et selon lui, ce sont des historiens comme Yvan Lamonde, Jean-Claude Germain, Jonathan Livernois, Micheline Lachance et Claude Larin qui ont contribué récemment à présenter le véritable Papineau dans sa dimension historique.

Pour Bouchard, Papineau n’est rien d’autre que le plus grand homme politique de l’histoire du Québec ! Il rappelle que le Parti patriote était un parti fort bien organisé, qui avait recueilli 90 % des votes et 80 000 signatures en appui aux 92 résolutions de 1834 et il estime que la mobilisation populaire de cette époque « n’a pas d’égal dans toute l’histoire du Québec ».

Plusieurs historiens ont soutenu que la Constitution de 1791 était inspirée par la crainte des Britanniques que les Canadiens veuillent suivre la voie des États américains qui venaient de se déclarer indépendants de l’Angleterre. Les historiens Lamonde et Livernois ont démontré que ce n’était pas « le gouvernement responsable » qui était l’objectif de Papineau et des Patriotes, mais bien l’abolition du Conseil législatif, dont les membres étaient directement nommés par le gouvernement et qui étouffait toute velléité d’autonomie du Parlement élu.

Papineau était un républicain. C’est le modèle états-unien qu’il voulait importer pour mettre fin à l’absolutisme royal. Lamonde et Livernois, cités par Bouchard, rappellent que « Papineau proposait depuis plusieurs années des solutions états-uniennes. Il ne pouvait plus se satisfaire d’une réforme éventuelle du parlementarisme britannique ».

Vues d’aujourd’hui et étant donné l’esprit de l’époque, les 92 résolutions ont quelque chose de révolutionnaire. On y réclame la justice, l’accès aux terres, des procès justes, moins d’impôts coloniaux, moins de corruption, un gouvernement élu et contrôlé par le peuple et non pas par les riches marchands anglais et écossais de Montréal et le Colonial Office de Londres.

Mais ces revendications légitimes ont été écrasées dans le sang.

De son retour d’exil en 1845 jusqu’à son décès en 1871, Papineau n’eut de cesse de dénoncer l’Acte d’Union de 1841 et la Confédération de 1867. Mais « le rêve américain de Papineau est bel et bien mort ».

Le rêve de Lévesque

On ne peut dissocier la place occupée par René Lévesque dans ce que les anglophones, comme le rappelle Bouchard, ont en premier nommé The Quiet Revolution et que nous avons par la suite nommée Révolution tranquille.

L’auteur rappelle que les trois principales cibles de cette révolution, de 1960 à 1969, ont été « le pouvoir du clergé catholique, le pouvoir du capital anglo-saxon et américain et le pouvoir politique britannique, tout trois de mèche pour protéger leurs intérêts respectifs ». Ces trois sujets de blocage ont été attaqués de tous bords sans qu’une guerre formelle n’ait eu lieu.

Avant d’aborder le sujet René Lévesque, l’incarnation des Québécois, Bouchard peint à larges traits le rôle du Refus global de 1948, des revues Cité libre et Parti-pris et du RIN dans la construction d’une identité nouvelle. Tout en rappelant que la Révolution tranquille est sans conteste le réveil de tout un peuple, c’est Lévesque qui a su lui donner son élan et sa crédibilité populaire. « Comme Champlain avait incarné le rêve d’un Nouveau Monde égalitaire et tolérant et Papineau celui des Patriotes canadiens et de la République indépendante du Bas-Canada, René Lévesque a incarné le rêve de ceux qui se nommaient maintenant les Québécois », soutient-il. André Larocque, qui fut son sous-ministre, estime que Lévesque voulait avant tout permettre au peuple québécois d’être maître chez-lui et de se gouverner lui-même, à l’instar de Papineau, comme lui un démocrate et un républicain. La construction de l’État du Québec, comme l’a nommé Jean Lesage dès les premières années de son gouvernement, était en marche. Il eut des répercussions positives sur les plans politique, social, culturel et économique.

Mais le rêve de Lévesque et de Parizeau, comme celui de Champlain et Papineau, « allait frapper un mur, et deux plutôt qu’un : deux NON déchirants à deux référendums sur la souveraineté du Québec dans lesquels on a peut-être vu trop rapidement des échecs – surtout le dernier – alors qu’ils étaient plutôt révélateurs des rapports de forces auxquels nous avions affaire et d’erreurs de stratégie et de communication. Le défaitisme qui en a découlé nous a cassé les reins ».

Mais Bouchard sait rebondir !

Pour lui, un tel défaitisme équivaut à une capitulation et ne mènera nulle part. Il faut donc en sortir. Car le défaitisme, ce n’est pas le genre de la maison. Il continue de faire confiance au peuple, « beaucoup plus confiant en lui-même que les élites et militants indépendantistes déçus et incapables d’assumer leurs erreurs stratégiques ».

Aux yeux de ce vieux militant qui ne baisse pas la garde, nous sommes un peuple fragile certes, continuellement en danger, mais en un sens indestructible et insoluble. À ses yeux encore, le Québec n’est pas à l’agonie et il continue et doit continuer à faire mentir l’histoire.

Après la lecture de cet essai, personne ne pourra prétendre que Roméo Bouchard n’aime pas son peuple !

Michel Rioux
Journaliste et syndicaliste

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