Octobre 2021

Octobre 2021

Éditorial - Habiter nulle part

2021octobre250Commentateurs, analystes et bonimenteurs ont réalisé des prouesses de voltiges pour meubler le néant. Les élections canadian n’ont donné que ce que le Canada peut donner de meilleur : l’insignifiance nihiliste. Du moins pour nous. Nous, les absents à nous-mêmes. Nous, le peuple dont le Canada refuse le nom. Nous qui faisons semblant que ce n’est pas si pire…

C’est pourtant en train devenir une véritable hérésie ce « nous » quand les Québécois le prononcent ici ou à Toronto. Ce nous de l’habitude du mépris, de l’extrême propension à faire le dos rond pour minimiser ce que l’on nous inflige parce que ça pourrait être pire. Cette campagne électorale n’aura servi qu’à illustrer qu’à défaut de nourrir le courage, l’insulte pouvait au moins donner du ressort. Cela a permis au Bloc de continuer d’exister comme instrument de dédouanement. Tant qu’il y a moyen de faire semblant d’y être le Canada peut toujours demeurer un cadre de référence pour la politique de l’impuissance et le consentement à la minorisation.

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Le sociologue du Québec - extrait primeur - Être intellectuel en octobre 1970

Extrait de la biographie de Guy Rocher tome II, Le sociologue du Québec, par Pierre Duchesne chez Québec Amérique

L’ouvrage sur Guy Rocher compte deux tomes. C’est une biographie non autorisée, c’est-à-dire que le sujet d’étude a accepté de collaborer en donnant des entrevues – une cinquantaine – et en me permettant de consulter ses archives librement. Le manuscrit ne lui a toutefois pas été présenté avant son impression. Il n’a donc exercé aucune censure sur le contenu final. Le biographe a également interviewé cinquante et une personnes en plus de consulter de nombreux fonds d’archives. La recherche, pour cet ouvrage, s’est étendue sur cinq années. Le tome 1 a été publié en février 2019.

Pour cet extrait, les références et notes de bas de page qui se retrouvent dans le texte original ont toutes été supprimées, à l’exception de deux d’entre elles.

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Inédits de Jacques Ferron

Version corrigée par Jean-Olivier Ferron (1er juillet 2021).
Avec l’autorisation de la Succession Jacques Ferron

La magonne et la maraîche

La magonne est un frasil épais qui soude à leurs jointures les glaces dans le Golfe, dont le lent convoi serre la côte gaspésienne de Matane jusqu’à la Pointe-à-la-Frégate à cause du courant marin qui la longe et qui s’en écartera ensuite, passée la Frégate. C’est aussi parce que les vents d’hiver soufflent du large où se trouvent le nord et l’âme de la saison. Le vent contraire, le vent de terre, qui l’en éloignerait en dépit de ce courant et redonnerait la mer à ses eaux noires, qui le fait quelquefois, lors d’un dégel, reste un phénomène rare et de courte durée : les glaces se ramènent aussitôt après, se ressoudent, et que la neige tombe, le frasil disparaît et l’on aura à perte de vue un champ d’une blancheur uniforme. La magonne devient alors quelque chose de plus qu’un frasil épais qui ne mouille pas la neige. Gonne, en français ancien, signifiait une grande tunique, et la magonne, avec son préfixe péjoratif, qui en dérive peut-être, est moins ce frasil, le point mou du recouvrement, que son envers caché, la mort perfide, une des sombres divinités de la mer, d’autant plus noire qu’elle opère sous les dehors fulgurants de l’hiver. Tomber dans le frasil semble assez bénin, parce que le terme désigne aussi le grésil, le givre, une manière de glaçage : c’est quasiment tomber dans le gâteau, tandis que dans la magonne, à cause du préfixe et peut-être aussi de certaines résonances anglaises, la chute est presque toujours fatale.

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Jacques Ferron (1921-2021)

Je n’ai jamais rien admis, cherchant cependant à me faire admettre. J’ai remis en cause mon héritage, sous l’impression qu’il me mystifiait; je ne l’ai pas accepté, je ne l’ai pas non plus refusé. C’était assez offensant pour ceux qui me l’avaient légué. J’ai dit à ces morts: « Soyez patients. Vous n’avez d’ailleurs rien d’autre à faire. Attendez, je me donne grand mal à vivre. Je finirai bien par me réconcilier avec vous1. »

À la lecture de ces deux historiettes publiées dans L’Information médicale et paramédicale en juin 1980, le lecteur retrouve avec joie le Jacques Ferron que l’on dirait ethnologue, l’observateur du pays réel et non pas seulement incertain, le passeur des mots, des images, des récits de ce coin de pays, la Gaspésie, où il vécut, jeune médecin à Rivière-Madeleine, entre 1946 et 1948. Il rappelle, à travers ces mots oubliés — « magonne » et « maraîche » – que le pêcheur gaspésien, surmontant sa peur, navigue dans les parages du gouffre tout en côtoyant les divinités cruelles de la mer.

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Notes sur Le ciel de Québec et le «grand contexte»

Pour lire Jacques Ferron sans trop de peine, la plupart des lecteurs choisissent de ne pas se laisser distraire par les allusions parfois obscures que l’écrivain a semées tout au long de ses pages. Or, je fais partie de ceux qui ne peuvent passer outre et qui sont, par le fait même, constamment renvoyés au réel. L’incipit du Ciel de Québec, par exemple, tout anodin qu’il puisse paraître à première vue, est hérissé de difficultés: « Monseigneur Camille, de la lignée humaniste des prélats québécquois, homme bon, discret et de bonne compagnie, disait sa messe au Précieux-Sang, dans la basse-ville ». Qui est Mgr Camille? Quelle est cette « lignée humaniste » du clergé québécois? Suppose-t-elle une « lignée » qui ne serait pas humaniste? Pourquoi le narrateur écrit-il québécquois au lieu de québécois? Y a-t-il vraiment un monastère du Précieux-Sang dans la basse-ville de Québec? Toutes ces questions ont pour effet de constamment nous bousculer hors du littéraire pour aller voir si nous y sommes.

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L’amélanchier: mémoires du Canada français

Jacques Ferron se décrivait comme un homme « de continuité », n’« aim[ant] pas les ruptures1 » et il a déjà confié avoir vécu difficilement « le passage de Canadiens à Québécois » qui s’est effectué au cours des années soixante2. À une époque où plusieurs souhaitaient rompre avec le passé canadien-français et avec la religion catholique, Ferron s’inquiétait ouvertement des conséquences d’une rupture trop brutale avec le passé et de plusieurs grandes mutations dont il était témoin au sein de la société québécoise, notamment par rapport à l’héritage catholique, à l’identité, à la filiation, à l’Histoire et au territoire. Si on trouve des traces de son souci de préserver et d’interpréter la mémoire du passé dans l’ensemble de son œuvre, il reste toutefois beaucoup à faire pour montrer comment cela se manifeste dans le roman L’amélanchier, paru en 19703.

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Amitié, duperie et mort: de La tête du roi aux Confitures de coings

Titre original: Une longue lutte masquée. Amitié, duperie et mort: de La tête du roi aux Confitures de coings

Sans l’égalité on force toujours l’amitié.
Jacques Ferron, La tête du roi

L’amitié, l’entente cordiale avec le conquérant anglais est une constante et puissante tentation au Canada français. Puisqu’il a fallu s’accommoder au fil des décennies de défaites (Conquête de 1760, Rébellions de 1837-38) et de compromis-concessions politiques plutôt défavorables (Acte d’Union de 1840, AANB de 1867), des discours compensatoires auront émergé (messianisme, vocation agricole), dont celui de la Conquête providentielle et du conquérant anglais bienveillant.

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« Le pas de Gamelin »: autoportraits à la fêlure

Le trou de l’identité perdue1

S’il y avait une place où Satan eût dû se manifester, c’est à Saint-Jean-de-Dieu, non que la folie lui appartienne, mais parce qu’il est le prince des illusions, qu’il sort la tête par le trou de l’identité perdue et fait luire de ses faux brillants la conscience éclatée, tel un miroir brisé2.

Certains écrivains nous hantent par leur phrasé scandé, haletant, heurté ou emporté dans une respiration puissante qui continue d’agir parfois longtemps après la lecture. La vocalisation intérieure peut ainsi emporter le corps lisant dans un rythme, une inflexion, jusqu’à lui faire oublier d’écouter les mots. Ce parler dans l’écrit convoque le souffle, le nôtre, appelle impérativement la récitation qui n’a pas à devenir sonore pour être pleinement performée, mais que la lecture à voix haute peut révéler à qui ne l’entend pas. Même lorsque le texte est oublié, il arrive que son phrasé demeure; la vitesse ou la brièveté des scansions qu’il a imprimées dans l’oreille du lecteur peuvent l’occuper jusque dans son sommeil.

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action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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