Henri Bourassa - discours

Gilles Laporte explique l'intérêt des enregistrements d'Henri Bourassa à Qub radio avec Antoine Robitaille. Écoute du ballado.

Mai-Juin 2010

Vol. C, nos 5-6

De quoi payons-nous le prix?

Mention au prix André-Laurendeau 2010. Texte d’une conférence prononcée le 12 mars 2010 dans le cadre du colloque « Vainqueurs ou vaincus ? L’influence des idéologies sur la mémoire et l’histoire », organisé sous les auspices de l’Association des étudiants en histoire de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Son titre complet est: De quoi payons-nous le prix, de la défaite ou d’y avoir survécu ?

Or je vois nos êtres en détresse dans le siècle
je vois notre infériorité et j’ai mal en chacun de nous
— Gaston Miron
 
Pour moi, ce qui fait la raison d’appartenir à ce peuple-ci, de se solidariser avec lui, c’est le caractère extraordinairement tragique de son histoire, cette recherche pénible de soi.
— Fernand Dumont

Le titre de cette conférence se veut délibérément provocant. Car mon intention n’est pas tant ici de discourir savamment sur notre histoire que de vous transmettre une part de mon inquiétude touchant l’avenir de ce que le chanoine Groulx appelait « notre petit peuple ». Vous voyez qu’en évoquant d’entrée de jeu l’auteur de Notre maître, le passé, je ne crains ni l’anachronisme ni le procès d’intention.

Lire la suite : ...

Éditorial - Se tenir droit dans la rupture

2010maijuin250C’était pour ainsi dire inscrit dans les résultats référendaires de 1995. Un régime qui ne se maintient que par l’usurpation de notre droit à l’autodétermination, qui ne recule devant aucune manœuvre illégitime, qui multiplie les tactiques illégales et mobilise ce qu’il y a de plus veule chez ses intendants locaux ne peut déboucher sur autre chose. Le durcissement, ce n’était que la phase initiale : loi sur la clarté, asphyxie financière et haussement de ton politique, il n’y avait rien là que du prévisible, de la réponse normale d’un État qui s’est senti menacé. La phase deux, pour rappel, n’aura servi qu’à compléter le dispositif en déployant un immense arsenal de propagande et en s’assurant qu’il imprègne et mobilise tout l’appareil de l’État. Cela aura requis le recours au banditisme et à toutes les manœuvres dont nous aurons eu un aperçu avec le scandale des commandites. Le processus aura été facilité par un Lucien Bouchard inapte et timoré qui aura gaspillé une conjoncture favorable et pratiqué la servilité tétanisée. La phase trois se déroule sous nos yeux et personne ne l’incarne mieux que notre premier sous-ministre, un parangon de la politique mercenaire et de la capitulation intéressée.

Lire la suite : ...

Une chasse-galerie à Montréal (extrait-primeur)

L’auteur est historien, ethnologue et écrivain. Ce texte est constitué d’extraits d’Une chasse-galerie à Montréal, un conte légendaire à paraître sous peu aux Éditions du Québécois en partenariat avec les Éditions Charlevoix.

Où déposer tes bagages ? Où déposer tes voyages ? Toi qui as les yeux pleins de villages, toi qui as l’accent de ta mère, le nez de ta sœur et la tête bourrée de litanies. Toi qui n’as pas de pays. Sinon là ! Sur la Main, propriété des égarés !

- Pierre Perrault

Ils veulent effacer toutes les littératures de chasse-galerie pour en faire des immeubles vitreux. Quartier des spectacles, quartier de quoi ? De rien, de tout, de n’importe quoi. Comme s’il n’y avait jamais rien eu là. Comme si Montréal n’avait pas été cette conquête étrange d’un certain héritage autrement mort, autrement déraciné. D’une histoire pleine d’ancêtres, mais désertée désormais, comme une chevelure perdue de pays chauve. Un homme avance, mais ses pas ne s’imprègnent plus. Ce n’est plus comme avant. Comme si sa mémoire s’était effacée. Et ce n’est pas que sa mémoire à lui, c’est aussi celle de tout un peuple qui s’efface et s’effare, non loin d’ici, coin Sainte-Catherine et Saint-Laurent.

Lire la suite : ...

Dérives du libéralisme économique

Le titre complet de cet article est:
Dérives du libéralisme économique, fondement de la libre entreprise et nécessité étatique

L'auteur est président de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC). Il s'inspire ici d'Esdras Minville qui fut, entre 1922 et 1962, économiste, professeur puis directeur des Hautes Études Commerciales de Montréal (HEC). Minville a réfléchi en profondeur sur les causes et les conséquences de la crise de 1929 mais surtout, a analysé la vision du monde sous-jacente à la pensée économique libérale. Dans les années 1980 et 1990, François-Albert Angers, professeur à la même école et collègue de Minville pendant 25 ans, a colligé et rassemblé ses écrits, ses conférences, son œuvre, en 13 volumes. Ce texte est inspiré, en ce qui concerne les principes exposés, de la pensée de Minville et les principales références sont tirées du volume 2 de La vie économique, intitulé « Systèmes et structures économiques ».  C'est Esdras Minville, qui a relancé la revue L'Action française sous le nom de L'Action nationale en 1933 en élargissant son champ d'intérêt à l'économie et au développement régional.

Le libéralisme économique est une doctrine fondée sur une abstraction, l’homo oeconomicus, c’est-à-dire sur l’être humain extrait de son milieu social et n’agissant plus que sous la poussée de ses besoins physiques et de son appétit de jouissances. […] À l’économiste libéral, la société apparaît donc ainsi qu’un vaste organisme animé par un moteur unique et soumis à un petit nombre de lois rigides et inéluctables qui en régularisent le fonctionnement. Toute mesure qui tendrait à entraver le jeu normal de ces lois ou à limiter l’impulsion de l’intérêt personnel est donc déclarée contraire à l’ordre naturel et au bien de la société.

— Esdras Minville, 1932

Lire la suite : ...

Triple offensive multiculturaliste

Cet hiver, nous avons pu observer une triple offensive multiculturaliste, représentative des moyens par lesquels l’idéologie officielle du nouveau Canada de Trudeau trouve à s’imposer au Québec malgré les déclarations contraires de nos gouvernements depuis 1971. En effet, outre les domaines qui relèvent du fédéral comme la politique du multiculturalisme, une partie de la politique d’immigration dont la naturalisation et, last but not least, l’activisme des tribunaux, spécialement de la Cour suprême, en fonction de la Charte canadienne des droits de 1982, on peut discerner trois grandes voies par lesquelles le multiculturalisme s’impose au Québec.

Lire la suite : ...

Une vie multiple et pleine

2010maijuin250Présentation du dossier
Pierre Vadeboncoeur, un homme libre

Il y a 36 ans, en 1974, un groupe de jeunes intellectuels, auquel René Lévesque s’était joint, publiaient un recueil de textes en hommage à Un homme libre, Pierre Vadeboncoeur. Deux des auteurs d’alors, François Ricard et Yvon Rivard, participent au présent dossier. Ces jeunes intellectuels étaient pour le moins porteurs d’une formidable intuition, à savoir que les décennies qui suivraient verraient apparaître l’essayiste sans doute le plus marquant de notre époque. Cet hommage lui était rendu avant même que ne paraissent ces livres qui ont fait de Pierre Vadeboncoeur celui que la critique n’a cessé de saluer, avant Les deux royaumes, avant Essai sur une pensée heureuse, avant Le bonheur excessif, avant L’Humanité improvisée, avant La clef de voûte. La majeure partie de son œuvre était encore à l’état de devenir, mais d’ores et déjà, on avait reconnu à quoi elle était promise.

Lire la suite : ...

Lapin-tortue de père en fils

L'auteur, fils de Pierre Vadeboncoeur, est médecin.

Emporté par une pneumonie en février dernier, mon père a terminé son grand parcours un bel après-midi de mai au sommet du cimetière Côte-des-Neiges. À deux kilomètres de la maison de son enfance, entre une allée de lilas, des pommetiers gorgés de rose et la grille noire séparant catholiques et protestants, on peut admirer tout autour une verdure foisonnante dont le bruissement atténue les murmures de la ville.

Après témoignages, musique et recueillement, nous avons mis en terre les cendres puis comblé la fosse, aussi émus que pensifs. Sa mort continuait de nous transformer doucement. Ayant déjà souhaité que les miennes soient dispersées dans le lac de mon enfance, j’ai compris ce jour-là que seul un retour à la terre avait du sens. Aussi ai-je réservé le lot d’en face. Nos noms gravés dialogueront en silence au moins jusqu’au prochain mouvement tectonique.

Lire la suite : ...

Le pas de Vadeboncoeur

Il a un nom d’aventurier et son prénom évoque la solidité et la force. Pourtant, l’homme qui m’ouvre sa porte, en juin 2009, quelque temps avant son décès, est un être délicat, pas très grand. Il est souriant, d’une hospitalité irréprochable. J’entre chez lui. Nous nous présentons. Pierre Vadeboncoeur m’interroge sur ce que je fais dans la vie. Comme je suis enseignant, il me pose alors des questions sur les étudiants, sur les livres que je leur fais lire, leurs difficultés, leurs préoccupations, leurs engagements. Tout cela le ramène sur le sentier de ses propres souvenirs de jeunesse, ses promenades sur la rue Sherbrooke avec Pierre Trudeau, son grand ami d’alors, ses années de luttes syndicales, le Montréal de l’époque, les années sous Duplessis. Il me parle de ses luttes menées dans les années 1950 et des grands leaders syndicaux du moment, de leur éloquence qu’il admire, de celle de Jean Marchand. Il me montre des photos de Gérard Picard, avec qui il a travaillé dans ses premières années à la CSN (anciennement CTCC). Je n’ai qu’à l’écouter. L’après-midi que je passerai en sa compagnie me donnera la perspective qui me manque pour mieux comprendre l’essayiste que j’ai lu dans Gouverner ou disparaître ou Les deux royaumes, mais aussi une part du Québec, puisque Vadeboncoeur a traversé les grandes périodes de son histoire récente, en a été un acteur, en a été un penseur. Pendant un après-midi, j’ai l’impression nette qu’un témoin d’exception me parle, sans trop s’en rendre compte, d’une période que je ne connais, au fond, pas suffisamment.

Lire la suite : ...

Pur essai

J’ai fait la connaissance de Pierre Vadeboncoeur en 1972. J’avais vingt-cinq ans, et j’avais lu la plupart de ses livres, pour lesquels j’éprouvais la plus grande admiration (en particulier La ligne du risque, bien sûr, mais aussi – sinon davantage encore – Un amour libre et La dernière heure et la première, publiés quelques années auparavant). C’est par André Major (qui le connaissait depuis longtemps) que le rapprochement s’est fait, et que j’ai pu lire, en manuscrit, le nouvel ouvrage que Vadeboncoeur venait d’achever, Indépendances. Par la suite, j’ai écrit quelques textes sur lui et j’ai été, brièvement, son éditeur. Pratiquement jusqu’à sa mort, nous n’avons jamais cessé de correspondre, de nous parler au téléphone, de nous voir de temps à autre, de discuter de ses manuscrits (qu’il me faisait lire) et, surtout, de laisser croître entre nous une amitié à la fois indéfectible et, comment dire, résolument dialectique, dans la mesure où nos « positions » respectives, tout en se distinguant, voire en s’opposant de plus en plus avec les années, n’empêchaient nullement, favorisaient même la poursuite entre nous d’un véritable dialogue, comme seuls peuvent en entretenir deux êtres que leur sensibilité rapproche, qui partagent un certain nombre de valeurs communes (et entre eux indiscutables) mais qui savent, chacun pour soi, que l’autre vit dans un monde qui n’est pas le sien et qui acceptent sereinement qu’il en soit ainsi.

Lire la suite : ...

Lettre à Marie

Il parlait de vous comme d’une sainte, ou d’une fée… L’évoquer, lui rendre hommage, aussi, est-ce passer par vous, par votre intercession en quelque sorte. N’êtes-vous pas la destinataire discrète, presque invisible autant qu’ineffable de ce grand poème en prose et trois volets qu’il intitula L’Absence (1985), Essai sur une pensée heureuse (1989) et le Bonheur excessif (1992) ? Il me redisait, la dernière fois que je le vis (mai 2007), combien il passait d’heures chaque jour avec vous à rire de tout et de rien, à vous amuser, comme des enfants, comme des p‘tits fous, selon ses propres mots… On l’entend alors encore se prendre de rire, de ce rire si franc et un peu atténué et sifflant de qui n’a qu’un poumon.

Lire la suite : ...

Sous-catégories

Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

Vous pouvez utilisez cet outil de recherche qui vous permettra — si vous cliquez sur « préciser la rechercher » — de ne chercher que dans L'Action nationale ou dans L'Action française.

Mémoires présentés récemment