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Michael Poplyansky. Le Parti acadien et la quête d’un paradis perdu

Michael Poplyansky
Le Parti acadien et la quête d’un paradis perdu
Québec, Septentrion, 2018, 175 pages

Il n’y a, en Acadie, qu’une seule maison d’édition professionnelle se spécialisant en livres pour adultes et elle publie surtout de la poésie : les Éditions Perce-Neige. Dans ce contexte, il est essentiel, pour la vie intellectuelle acadienne, que les maisons québécoises fassent une place aux livres sur l’Acadie. Avec sa collection « Acadie », Septentrion s’acquitte admirablement bien de cette responsabilité et contribue positivement aux relations Québec-Acadie.

Au printemps dernier, Septentrion avait publié un ouvrage remarqué sur Rameau de Saint-Père, ce Français ayant mené les premières réflexions sociologiques sérieuses sur l’Acadie, stimulant sa renaissance nationale lors du dernier tiers du XIXe siècle ; cet automne, la maison récidive en publiant un ouvrage essentiel sur une des expériences les plus fascinantes de l’histoire contemporaine de l’Acadie : le Parti acadien (PA).

Le dernier ouvrage portant sur l’histoire du PA datait de 1992 et constituait une version remaniée d’un mémoire de maîtrise déposé à l’Université d’Ottawa en 19781. Rappelons que c’est également en 1978 (au numéro de juin), que L’Action nationale publiait un numéro spécial important sur ce parti non orthodoxe. La pertinence de publier un ouvrage plus ambitieux et plus récent sur le Parti acadien allait donc de soi.

Issu d’une thèse de doctorat soutenue à l’Université York quelques années plus tôt, le livre du professeur d’histoire à La Cité universitaire francophone de l’Université de Régina, Michael Poplyansky, réussit son pari : proposer une solide synthèse historique de ce parti.

Le PA est surtout connu pour son projet de province acadienne, inspiré de l’expérience du canton francophone de Jura, en Suisse, séparé du canton de Berne à la fin des années 1970. En effet, pendant environ cinq ans, de 1977 jusqu’à sa disparition en 1982, la grande idée du PA était de créer, à partir du nord et de l’est du Nouveau-Brunswick, une onzième province. L’ouvrage rappelle toutefois que pendant la première moitié de son existence, de 1972 à 1977, le PA était plus un parti de gauche qu’un parti nationaliste. Il rappelle aussi que, malgré son influence intellectuelle et sociale indéniable, le PA n’a jamais réussi à faire élire des candidats à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick (bien qu’aux élections de 1978, le candidat du PA dans Restigouche-Ouest, Armand Plourde, ait perdu avec moins de 200 votes).

Ouvrage de synthèse destiné à un public relativement large, Le Parti acadien et la quête d’un paradis perdu ne défend pas vraiment de thèses fortes. La démarche de l’auteur est plus descriptive qu’argumentative. Concernant l’énigme de la disparition totale du mouvement séparatiste en Acadie, par exemple, l’auteur se contente pour l’essentiel de présenter de manière critique les principales hypothèses : vieillissement des baby-boomers ; mondialisation ; difficultés de communication avec la région du nord-ouest du Nouveau-Brunswick ; difficultés économiques dans les régions acadiennes ; échecs référendaires au Québec ; efficacité de loi 88 de 1981 consacrant (symboliquement) l’égalité des deux communautés linguistiques au Nouveau-Brunswick ; folklorisation de l’identité acadienne lors du Congrès mondial acadien. On comprendra que la réalité est bien complexe.

Le lecteur s’intéressant moins à l’expérience singulière du PA qu’aux mécanismes de la domination politique exercée envers les minorités nationales au Canada risque donc de rester sur faim. Bien que l’auteur constate, en introduction et en conclusion, que l’ordre canadien apparaît, à la lumière de son étude, particulièrement habile pour mater les initiatives communautaristes, il ne s’efforce pas à identifier avec précision comment réussit à s’imposer chez nous, plus qu’ailleurs peut-être, un tel ethos libéral. Autrement dit, force est d’admettre que l’apport théorique de l’ouvrage est limité.

Cela dit, saluons la contribution de M. Poplyansky, qui offre ici à la fois un ouvrage de référence incontournable pour les chercheurs et un ouvrage d’introduction accessible aux non-initiés – en somme, un ouvrage essentiel.

Gabriel Arsenault
Université de Moncton

 

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