Gisèle Kayata-Eid. Accommodante Montréal

Gisèle Kayata-Eid
Accommodante Montréal, Rosemère, Éditions Humanitas, Collection Vision d’immigrant, 2008, 112 pages

C’est un tout petit livre d’une centaine de pages, format poche. Il n’en faut pas plus pour présenter l’essentiel du nouveau cosmopolitisme montréalais, complètement déconnecté du Québec. En effet, dans l’ensemble des 46 tableaux sur la vie d’immigrante montréalaise de l’auteure originaire du Liban, il n’y a pas une seule mention des mots Québec ou québécois, comme si la métropole s’était complètement abstraite de la nation.

 

Montréal est présentée comme un petit paradis multiculturel, « une promenade ininterrompue à travers les pays, les usages, les costumes et les traditions », où les communautés immigrantes agissent comme des « peuples » et se charment les unes les autres (p. 109). Cette diversité se vit bien sûr dans le cadre d’une vie publique bilingue, le propriétaire du dépanneur discutant avec ses clients en français et en anglais (p. 9), tandis que les rues regorgent de ventes trottoirs et de « garage «sale» » (p. 92).

 

Dans cette « ville cosmopolite, vivante et vibrante » (p. 8), le Québécois de souche est un élément perturbateur. Le joual des ouvriers apparaît « catapulté comme d’une autre planète » (p. 9), alors que le voisin qui ne regarde que des émissions québécoises à la télévision est considéré avec mépris (p. 58). À en croire l’auteure, Montréal n’est intéressante que parce qu’elle est multiculturelle et sécuritaire. Sinon, ses urgences sont inefficaces et ses toilettes publiques sont insalubres. Quant à ses habitants, à l’exception des immigrants glorifiés, ils n’ont que des défauts : ils ne se parlent pas, ne s’intéressent pas les uns aux autres, appellent la police pour rien et discriminent les immigrants et les Noirs.

Ce petit livre se présente comme un témoignage authentique et sympathique de la vie quotidienne d’une immigrante. Dans ses pages se révèle toutefois de façon criante l’échec de l’intégration dans une métropole où le communautarisme s’est imposé à l’abri de la nation. Loin des inquiétudes identitaires qui s’expriment à la Commission Bouchard-Taylor, « Montréal se joue de toutes ces batailles de clochers et s’ébat, royale dans son effervescence multiculturelle habituelle » (p. 109). Cette conclusion, comme le titre du livre, indique bien son objectif : neutraliser le débat sur l’intégration.

Joëlle Quérin
Doctorante en sociologie, UQAM

 

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