Harold Bérubé. Unité, Autonomie, Démocratie

Harold Bérubé
Unité, Autonomie, Démocratie. Une histoire de l’Union des municipalités du Québec
Montréal, Boréal, 2019, 390 pages

En cette année du 100e anniversaire de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Harold Bérubé, qui est professeur d’histoire à l’Université de Sherbrooke, publie une histoire de cette organisation. À partir des archives de celle-ci, d’articles de journaux de l’époque et de travaux publiés par d’autres historiens, il replace les événements ayant marqué l’histoire de l’UMQ et plus largement du monde municipal dans leur contexte historique.

Le chapitre I porte sur les années qui vont de la première grande loi municipale, celle de 1855, à la Première Guerre mondiale. Il s’agit essentiellement de rappeler que l’industrialisation et l’urbanisation sont les trames de fond qui rendront pertinente la création de l’UMQ. La synthèse est réussie, mais ceux qui connaissent bien cette période et son historiographie en apprendront peu. L’auteur fait tout de même ressortir certains éléments à la fois intéressants et trop peu connus, comme le fait que certains seigneurs sont devenus maires à la suite de l’abolition du régime seigneurial et de la création des municipalités ou encore l’existence d’un mouvement dit de populisme civique qui se bat contre les monopoles privés qui exploitent les municipalités.

Le chapitre II portant sur la création de l’UMQ en 1919 est tout aussi réussi, notamment en insistant sur le fait que dès le départ cette organisation est laïque, ce qui est plutôt rare à l’époque. De ce fait, elle se retrouve quelque peu dépendante non pas de l’Église, mais de l’État, comme le révèle le chapitre III couvrant la période de 1919 à 1931. Cette dépendance découle des multiples liens unissant l’UMQ et le gouvernement libéral, entre autres en raison du rôle joué par T.-D. Bouchard, influent dans l’union et dans le gouvernement, et à celui joué par le haut fonctionnaire Oscar Morin.

Le chapitre IV va de 1932 à 1947, ce qui constitue un drôle de découpage assez peu justifié par l’auteur. Il y est question de la dépression, de la Deuxième Guerre mondiale et du gouvernement Duplessis. Y est bien décrit comment l’UMQ perd de son influence après avoir trop misé sur ses relations privilégiées avec le Parti libéral aux dépens de celles qu’elle aurait dû mieux entretenir avec l’Union nationale. Le gouvernement unioniste sera d’ailleurs à l’origine de la création d’une organisation concurrente de l’UMQ, soit l’Union des conseils de comté du Québec qui représentera les municipalités rurales. Ce chapitre compte quelques éléments contestables, par exemple lorsque Bérubé affirme que le premier gouvernement Duplessis « n’entreprend pratiquement aucune des réformes préconisées par l’ALN ». Quand on sait que la création d’allocations pour les mères nécessiteuses, l’électrification rurale et le crédit agricole viennent directement du programme de l’Action libérale nationale, on est tentés de nuancer cette affirmation. Plus important encore, l’emprisonnement de Camilien Houde, maire de Montréal opposé à la conscription, n’est pas abordé. On imagine facilement qu’il peut ne pas en avoir été question dans les archives de l’UMQ, mais cela n’aurait pas dû empêcher l’auteur d’en parler.

Le chapitre V sur la période 1948-1965 aborde l’UMQ face à la construction de l’État providence. Un des faits marquants de cette période est la tenue de la commission Tremblay portant notamment sur la fiscalité et les trois paliers de gouvernement. Cette commission est l’occasion pour l’UMQ d’engager d’éminents chercheurs pour produire un mémoire de plus de 1000 pages prônant une « construction de l’État providence provinciale par le bas ». Cet élément rappelle à quel point cette commission, pratiquement unique à cet égard dans l’histoire du Québec, fut marquée par de vastes réflexions provenant de l’ensemble de la société civile. Le mémoire de l’UMQ eut toutefois peu d’influence puisqu’avec la Révolution tranquille l’État providence québécois se construit par le haut et donc en centralisant.

Logiquement, le chapitre suivant qui s’étend de 1966 à 1986 porte sur le combat politique de l’UMQ pour l’autonomie et, dans une moindre mesure, la démocratie municipales. Quoique, et Bérubé le démontre avec raison, l’UMQ sera davantage en réaction qu’à l’avant-garde des grandes réformes de cette époque en ces matières (droit de vote aux locataires, création des MRC, réforme fiscale, etc.). L’auteur va toutefois un peu loin lorsqu’il affirme que « la décentralisation demeurera un vœu pieux ». Il faut dire qu’il omet d’aborder certaines réformes décentralisatrices, comme celle de la Loi sur les biens culturels qui confère aux municipalités des compétences en matière de protection du patrimoine. En revanche, Bérubé fait bien ressortir les positions ambiguës de l’UMQ eu égard aux relations Québec-Canada ; l’union cherchant souvent à obtenir des sous d’Ottawa sans froisser Québec. Enfin, cette période se termine par la publication du rapport de la commission Parizeau qui prône une décentralisation à la carte et qui, par le choix de son président, symbolise une volonté de l’UMQ d’être moins associée exclusivement au Parti libéral.

Le chapitre VII qui va de 1987 à 2001 raconte d’ailleurs que les relations entre l’union et le parti rouge se détériorent, entre autres lors de la fameuse réforme Ryan qui confère des responsabilités aux municipalités, par exemple en voirie, sans toutefois faire suivre les ressources nécessaires. Si les relations avec les gouvernements du PQ de l’époque ne sont pas bien meilleures, elles sont en revanche plus complexes, car les fusions du début des années 2000 divisent le monde municipal entre les villes centres et les villes périphériques.

En guise de conclusion, un dernier chapitre aborde la période allant de 2001 à 2019, qui est marquée notamment par des scandales dans le monde municipal. Étrangement, Bérubé omet de mentionner que l’UMQ fut touchée en plein cœur par certains de ces scandales, au point où son président, en poste en 2010, dut se retirer en cours de mandat.

Néanmoins, l’historien de Sherbrooke fait un travail généralement très rigoureux, honnête et dépourvu de complaisance envers son objet d’étude. Bien que l’ajout d’une préface eut été pertinent, cela suffit amplement à rendre son livre non seulement intéressant, mais très utile à la compréhension d’un aspect de l’histoire du Québec relativement peu étudié, soit le rôle politique de ses villes et de leur union.

Guillaume Rousseau
Professeur de droit public, Université de Sherbrooke

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