Le résultat des élections aura fait couler beaucoup d’encre. Si l’on en juge par les précédents, le Québec en aura pour environ vingt mois à tenter de voir où s’en va notre demi-État à la lumière du bricolage et des jeux d’alliance qui feront l’essentiel de la chronique. Il faut espérer que le Parti québécois puisse trouver les minces marges de manœuvre que la concurrence partisane lui laissera pour tenter de se hisser au-delà des affaires provinciales pour faire voir comment les choses doivent être vues autrement dès lors qu’on les aborde sous l’angle de l’intérêt national. Il faut bien noter : intérêt national. Et non pas la sibylline expression « dans l’intérêt du Québec ». La différence est immense, car la nation, à Québec, reste une catégorie bancale. Le gouvernement péquiste au pouvoir reste toujours dans l’opposition.
Malgré la prouesse remarquable d’avoir ressuscité son parti et de le porter au pouvoir, PSPP restera enferré dans le carcan provincial et ne pourra traduire les gestes d’émancipation requis que dans les interstices. Et ce ne sera pas seulement, pas d’abord parce qu’il est en position minoritaire. Ce sera surtout parce qu’il devra porter son option comme une chape de plomb. Le référendisme dont son parti peine à s’extirper et celui dans lequel toutes les forces canadian (internes et externes) parviennent à le tenir enfermé lui impose des entraves qui le garderont dans l’univers provincial. La tendance à s’annuler, véritable tare de notre psychologie collective, va sans cesse le déporter du côté défensif et l’exposer à toutes les manœuvres et les appels au renoncement. C’est que l’idée d’un référendum consultatif agit comme un cliquet sur le mandat électoral du Parti québécois, cela le condamne à la double validation pour garder la légitimité de son mandat. Les partis fédéralistes n’ont jamais à subir pareil traitement : leur mandat n’est jamais conditionnel, il leur octroie de facto toute la légitimité de passer à l’acte. C’est d’abord cela qui rendra si difficile la conduite d’une « gouvernance souverainiste » – pour utiliser l’euphémisme en usage pour continuer de placer la gouverne sous procès de légitimité.
Pourtant, dans le parlementarisme britannique, c’est l’élection qui donne le mandat d’agir. L’idée d’un référendum consultatif pour aborder la question de l’indépendance est une idée pourrie. S’il est essentiel d’obtenir l’appui populaire pour déclarer l’indépendance, c’est par un geste (un référendum) de ratification des cadres constitutionnels et des institutions que cela doit se faire. Le référendisme qui charpente tout le débat public, du narratif médiatique à la rhétorique des partis, n’a rien à voir avec une quelconque association du peuple au passage à l’acte. C’est présenté comme un sauf-conduit pour avoir le droit d’en parler. C’est tout au mérite de PSPP d’avoir dit et redit qu’il entend garder le cap sur l’indépendance. Mais il reste devant le défi de penser l’indépendance dans la logique de construction de l’État. Gouverner en posant les gestes préparatoires va être d’autant plus difficile que tous ses adversaires ne voient et ne veulent voir que le référendum consultatif. Consacrer des fonds et peut-être même un ministre à ces tâches préparatoires va être très difficile, et si cela se fait (on peut lui concéder le talent d’y arriver), cela restera certainement avec des moyens faméliques.
Cette distorsion du mandat à cliquet consultatif peut cependant offrir un avantage tactique. Les adversaires de l’indépendance pensent leur action en fonction du Clarity Bill et du renvoi à la Cour suprême, des instruments conçus et formatés pour encadrer un référendum consultatif. C’est là que le Canada et les canadians l’attendent. La sagesse élémentaire devrait consister à ne pas s’y rendre et à trouver une autre voie. C’est cette recherche qui devrait charpenter son mandat. On en convient, ce ne sera pas évident, mais cela pourra se faire si des propositions concrètes sont mises de l’avant touchant les pouvoirs et les orientations, dispositions conçues et pilotées avec une vision stratégique incrémentale. D’un geste à l’autre, d’une mesure à l’autre, il faut construire l’effectivité d’une perspective d’intérêt national.
Il faut que cette approche prévale – et on ne lui demande pas de le proclamer ! – alors que toute la dynamique des partis et l’action des forces de l’enfermement canadian visent à faire durer les atermoiements. Cette attitude domine largement le débat public, elle est au fondement du récit médiatique dominant. Elle sert fort bien le gouvernement d’Ottawa et ceux qui le servent sur la scène locale. Carney ne s’y est pas trompé, lui qui a déclaré vouloir travailler à faire un Québec prospère dans un projet de renouveau économique du Canada. Version à peine modifiée mais livrée avec snobisme et condescendance du « Québec libre dans un Canada uni d’Yvon Deschamps ». En clair, les prétentions inhérentes au mandat velléitaire sous cliquet consultatif sont solubles dans le pseudo-pragmatisme et les intérêts du Québec, version Champagne, Joly et al. L’objectif est de gagner du temps en se donnant toujours plus de moyens d’encastrer le Québec dans les décisions et les actions d’Ottawa.
Pour les indépendantistes, il y a un immense chantier de déconstruction à mener pour défaire, une à une, les manœuvres qui visent à utiliser tous les recours de la rhétorique et de la propagande pour façonner les catégories du débat public. Pour dresser un écran opaque devant la situation réelle du Québec. C’est là le piège du recours généralisé à l’expression « les intérêts du Québec ». Il faut faire voir que ceux-ci ne peuvent être autres que ceux induits par ce que le Canada fait du Québec. Notre intérêt national se définit d’abord et avant tout par la volonté et la puissance de décider et de faire par nous-mêmes. Il faut (réapprendre) à voir autrement les gossages de budget, les montages financiers truffés de normes et conditions canadian. Faire voir à tous nos concitoyens que ce qui est bon pour le Québec c’est ce qui accroît ses moyens de se construire, non pas de s’inscrire dans les places que le Canada lui assigne en lui vantant l’intérêt d’y trouver des avantages qui ne lui sont jamais que consentis.
Quatre traits d’une campagne d’atermoiements
Pour quiconque revient sur la campagne qui vient de se clore, une telle perspective consiste à déchirer l’écran opaque dressé par trois décennies d’une politique d’asservissement qui a culminé dans l’échec retentissant de la CAQ. Les alibis autonomistes des défenseurs des « intérêts du Québec », des pragmatiques qui sont passés à autre chose, n’auront conduit qu’au retour du même. C’est ce qu’il faut retenir de ces trente-neuf jours de tournage en rond autour de l’épouvantail référendaire. On en retiendra quatre traits marquants :
Une campagne formatée par et pour les médias
Depuis des semaines avant le lancement officiel, les médias n’ont rien négligé pour « dicter l’agenda » selon l’anglicisme consacré. Sondages, vox pop, commentateux de tout acabit ont multiplié les interventions pour établir les grilles d’interprétation qui devraient servir à juger des programmes des partis.
Centrée sur les chefs exclusivement, la couverture a été dominée par les sondages et les simulations sur la répartition des sièges. Pratiquement rien sur la composition des équipes, peu de visibilité accordée aux candidats, sinon qu’aux hurluberlus, et du brodage autour des communiqués de presse et du tourisme de human interest, en particulier dans les régions traitées comme du matériel exotique.
Les médias d’information continue et les réseaux sociaux sont devenus les arènes où se livrait une concurrence féroce pour l’attention : multiplication des points de presse, orgie de promesses, chasse aux clips, etc. C’est l’agitation et le mouvement qui ont déterminé les formats, pas les contenus qui servaient davantage de prétexte que de matière. Au fond, le modèle de référence sous-jacent était bien celui de la couverture du sport spectacle ou de l’attention portée aux « producteurs de contenu ».
Un succès de propagande
Très tôt, la campagne a été cadrée dans un narratif visant à fixer le sens de la campagne et les paramètres de la légitimité que pouvait espérer y trouver le meneur dans les sondages. Et cela a fonctionné, l’élection a été tout du long de la campagne tournée en référendum sur le référendum. Les sondages, les boniments des commentateux et la rhétorique des partis canadian ont martelé le thème avec un objectif à peine implicite d’encarcaner un éventuel gouvernement du PQ dans un mandat à cliquet.
La propagande a joué à fond de cette tare de la psychologie du colonisé qu’ont si longtemps décriée et finement décrite Hubert Aquin et Jean Bouthillette : l’incapacité de s’assumer pleinement en se ménageant tous les subterfuges pour s’annuler. Ainsi, les reportages et savantes analyses se sont multipliés pour expliquer la « sagesse ou la prudence » de l’électorat qui pouvait toujours voter pour un parti séparatiste sans trop s’inquiéter de la possibilité qu’il passe aux actes. La soi-disant soif de changement, sans le changement.
La campagne n’aura pas donné lieu à l’exposé des motifs et aux raisons de faire la souveraineté. Elle a été réduite à l’interdit d’en parler. Les sondages ont fourni la matière, évitant de conclure sur le fond des choses, il suffisait de mesurer les appuis au refus de se poser la question de ce que devient le Québec.
Le Canada a été le grand absent
Aucune mention sérieuse sur la place qu’assigne le Canada au Québec dans la mise en route des projets « dans l’intérêt du Québec ». Une opération de centralisation sans précédent se déroule et la campagne ne l’a présentée que sous les anecdotes et les avantages des « retombées ». Tout le narratif médiatique est resté centré sur la volonté d’éviter les chicanes, de se serrer les coudes devant la menace américaine, etc. Christine Fréchette a bien failli réussir à engranger des votes avec le thème qui est présent et efficace même si elle n’a pu continuer de l’instrumentaliser.
La sacralisation du verrou et l’attachement inconditionnel au Canada
Sitôt rendu le verdict des urnes, Charles Millard et Éric Duhaime se sont empressés de se présenter comme des serruriers. Leur mandat sera celui du verrouillage : pas de référendum, pas de compromis sur ce qui, de près ou de loin, pourrait amener le gouvernement péquiste à amorcer une démarche pouvant y conduire. En clair, ils prennent le Canada tel qu’il est. La rhétorique nationaliste ne servira qu’à maquiller la soumission. Duhaime, qui pose à l’autonomiste, et Milliard, qui prêche la coopération, ont clairement pris l’engagement à peine tacite de ne rien faire pour déplaire à Ottawa, surtout de ne rien faire qui pourrait avoir des conséquences susceptibles de nourrir quelque contentieux autre que verbal. C’est une manifestation supplémentaire de soumission et de conduite hypocrite : ce sont des signataires de la constitution illégitime qui ne l’avouent pas. Ils misent sur l’usure, sur la démographie et le passage du temps.
Les ressorts profonds du vote
C’est moins la dispersion des voix entre cinq partis qui restera la caractéristique principale de cette élection que l’expression d’une colère sourde qui n’a pas trouvé sa forme et son expression nette derrière une tendance politique assumée. Cette colère le disputait à l’écœurement et à la déprime chez une immense partie de la population. Le Québec que laisse la CAQ, c’est celui de la désolation. Les écoles tombent en ruine, les hôpitaux sont dans un état lamentable, les routes et infrastructures sont dans un état de vétusté qui donne une bonne idée de ce que signifie la négligence coupable, pour ne désigner que les plus évidentes calamités qui minent non seulement la confiance dans nos moyens mais encore et surtout le sentiment de fierté. C’est reconnu à grands coups d’euphémisme, mais il faut pourtant l’avouer franchement : c’est une honte. Et c’est indigne de ce que nous avions tenté de faire de la modernisation du Québec.
Les partis pris idéologiques qui ont accompagné la pénétration, ici comme ailleurs, du néolibéralisme y sont évidemment pour beaucoup. Le PQ de Lucien Bouchard avait flirté avec l’austérité et il y avait trouvé le moyen de s’en prendre à son peuple plutôt qu’au régime et aux manœuvres d’asphyxie post-référendaire. Il s’est défilé devant les devoirs de sa charge, il a gaspillé la conjoncture et infligé à son option des séquelles qui ont failli détruire jusqu’au désir de liberté. Il faut se le rappeler pour prendre la mesure de ce qu’il a fallu à Plamondon pour raviver la dignité, rompre avec la résignation et reconstruire son parti. L’attitude timorée et la politique d’aplaventrisme devant Ottawa ont fortement contribué à renforcer la posture intellectuelle des libéraux sous Jean Charest et par après. Exit les ambitions pour l’État du Québec. C’était un goût du luxe dont il fallait se défaire pour trouver la voie de la création de richesse : une province gérée dans les paramètres fixés par Ottawa et les agences de notation allait dessiner une politique d’apaisement en cédant sur tout ce qui pouvait explicitement soulever les enjeux du contrôle national. C’est à cela qu’il fallait réduire le Québec. Il fallait le garder dans les jupes d’Ottawa. Il n’était plus question que de faire valoir les « intérêts du Québec », une grosse province en minorité au Conseil de la fédération, et d’avaler toutes les compressions et les contraintes imposées pour toucher les paiements de transfert, pour se satisfaire des révisions de calcul de la péréquation et tout le reste.
Jusqu’à l’arrivée de la CAQ, le Québec est resté béatement la chose d’Ottawa qui lui a imposé des paramètres financiers qui dépouillaient de plus en plus radicalement le gouvernement provincial des capacités d’assumer ses missions de base. François Legault a joué les fins finauds en lançant la CAQ autonomiste, croyant que le renoncement et le discrédit jeté sur la quête indépendantiste allaient lui valoir ses lettres de créance à Ottawa. Il n’a pas compris ou pas voulu accepter l’évidence : au Canada, la question du Québec est considérée comme réglée et ses revendications présentées comme vitales étaient nulles et non avenues. Il n’a rien obtenu sur ce qui faisait le cœur de sa doctrine. Les idéologies managériales lui ont permis non pas de sauver la face mais de se composer un personnage. Il aura été un cocu content à qui la rhétorique des affaires aura fourni un discours de convenance. Interventionniste sans projet national, il aura gaspillé des fonds publics dans toutes sortes de manœuvres électoralistes. Il aura surtout distillé la médiocrité et l’incompétence dans de trop nombreux dossiers stratégiques en laissant ses acolytes se pavaner dans les cocktails à Davos en roucoulant comme les pigeons qu’ils auront été pour Northvolt et d’autres.
Toutes les pirouettes et les simagrées autonomistes n’auront été que des échappatoires pour refuser de voir ce qui crève les yeux : le Québec doit se contenter de ce que le Canada lui laisse. Ses ressources sont rationnées. Les libéraux acceptaient la chose avec autant de résignation que d’idéologie. Ils appelaient ça du fédéralisme coopératif, de partenariat ou d’autres expressions destinées à rendre acceptable ce qui était inavouable. La CAQ a refusé de faire le procès du régime en enterrant une à une ses revendications et s’est déshonorée en tendant l’autre joue à chaque rebuffade. Le Québec est parti en démanche et c’est ainsi qu’il est arrivé en campagne électorale. La colère des électeurs aurait pu être efficacement canalisée si les partis avaient entrepris de cerner les possibles en les situant rigoureusement dans ce qu’autorise l’Ordre canadian. Mais les programmes ont été conçus sur l’existant, pas sur le nécessaire pour le développement du Québec.
Loin de se voir dans le Canada qui dresse l’univers des contraintes, les partis fédéralistes ont déployé toutes sortes de solutions pour infliger au gouvernement du Québec des réformes et compressions justifiées par des motifs idéologiques plutôt que par le cadre constitutionnel. C’est une illusion de penser que des solutions bricolées dans le renoncement peuvent permettre de neutraliser ou de surmonter des contraintes structurelles. C’est donc encore une fois que les programmes se sont retournés contre notre demi-État plutôt que d’aller aux causes profondes. Les préférences idéologiques des trois partis fédéralistes ont défini des moyens différents, mais ils obéissent tous à la même finalité : rester à la remorque des choix et orientations dictés par Ottawa. Et de le faire en posant une équivalence entre la captation des retombées et l’intérêt national du Québec, sans reconnaître ni même se rendre compte que cela revient à laisser à Ottawa le soin de le définir.
Dans les moments les plus enflammés, on a parfois vu les chefs faire semblant de rouler les mécaniques, mais jamais en énonçant la moindre mesure de riposte en cas de refus. Pis encore, les promesses phares passaient toutes par une condition jamais remise en question : la contribution d’Ottawa. Même le délire du troisième lien des conservateurs repose encore sur l’idée absurde qu’Ottawa va donner suite à un projet qu’aucune étude sérieuse ne permet de considérer. Christine Fréchette était bien heureuse d’entendre Carney compléter le financement de Churchill Falls et bien silencieuse sur les conditions assorties à l’entente, des conditions qui bafouent les compétences du Québec et donnent à Ottawa des poignées dont il rêve depuis toujours pour entraîner Hydro-Québec dans son périmètre. Milliard ne demandait pas mieux que d’y voir un exemple de coopération sans chicane… Les mêmes omissions et restrictions mentales se trouvent partout dans les programmes, quelles que soient les orientations idéologiques.
Le succès du Parti conservateur s’explique d’abord et avant tout par le talent d’un tribun opportuniste qui a su fédérer toutes les colères de la région. La chose lui était d’autant plus facile que nombre d’entre elles sont bien fondées. Le Québec n’inspire pas grande fierté, surtout pour les couches inférieures des classes moyennes et le monde des ouvriers à bas salaire. Les autres couches de l’électorat n’en étaient pas moins heurtées par les gaspillages et les scandales de la CAQ. L’antiétatisme d’inspiration libertarienne, les groupes bousculés par les chambardements provoqués par les crises qui débordent largement le périmètre de leurs intérêts immédiats ont fait le reste. Cela dit, s’y trouve aussi un bloc d’authentiques conservateurs, des nationalistes que les errances du PQ avaient poussés à la CAQ où ils ont trouvé refuge dans les positions dites identitaires. Il y a belle lurette que cette couche n’a pas été exposée à l’indépendantisme (il est loin le temps de Gilles Grégoire). Pour l’essentiel, cependant, le vote pour Duhaime reste un vote de protestation qui s’effritera probablement au fur et à mesure que des propositions touchant directement cet électorat surgiront, portées par les partis au cours de ce mandat ou au-delà.
Le PQ lui-même est resté extrêmement timide sur l’expression d’une volonté de prendre le Québec à bras le corps, c’est-à-dire de le présenter et le faire voir dans l’étau dans lequel le régime le tient : les électeurs, disait-on, ne voulaient pas entendre parler de chicane et, de toute manière, il faudra bien gouverner avec les moyens de la province. QS n’était pas en reste et son réalisme et le ton positif de sa campagne n’ont en rien signifié de secouer le joug. Certes, les deux partis ont évoqué l’indépendance, mais aucun des deux n’a fait avec constance une lecture indépendantiste de la situation désolante dans laquelle le Québec se trouve. Les incantations sur les « intérêts du Québec » ont dominé alors que c’est l’intérêt national qu’il faut faire valoir. On verra jusqu’à quel point c’est déterminant lorsqu’il sera question de financer les mesures pour mener la lutte à l’itinérance ou les réponses à la crise du logement. Les normes dites « nationales » d’Ottawa vont singulièrement compliquer les choses. Le Canada, lui, peut les invoquer dans l’intérêt général du Canada et dans sa volonté d’imposer ses standards à toutes les provinces. On peut déjà parier que les pseudo-pragmatiques vont prôner la soumission et réclamer de ne pas faire de chicane. Ils s’activeront pour faire confondre accommodement et renoncement aux principes.
Le Canada a brillé par son absence et on devait être content à Ottawa qu’il en soit ainsi alors que les partis s’époumonaient à promettre des coupures dans la bureaucratie pléthorique, dans les programmes mal conçus et le fardeau règlementaire. Un point aveugle? Non, un aveuglement volontaire. Une conduite de provinciaux qui s’imaginent que la province est le centre du monde. Il faut être sévère avec ce qui s’est passé pour éviter de se lancer dans des solutions qui aggraveront les maux. C’est particulièrement vrai pour le dossier que tout le monde invoque : la réforme du mode de scrutin. Il est tout de même ironique que la CAQ soit la victime de sa propre démission devant une réforme nécessaire. Mais il faut penser celle qui devra venir en posant correctement les termes du problème. Ce n’est pas si évident.
Il faut bien réaliser que l’éclatement de l’offre politique reste un phénomène important mais secondaire dans la réflexion. La dispersion des partis repose sur une polarisation sous-jacente renvoyant bien davantage à un clivage ontologique avant que d’être idéologique. En réaffirmant le caractère essentiel du verrou canadian, les partis de l’ordre fédéral portent une vision du corps électoral essentiellement construite sur l’assomption du statut minoritaire – et du coup, se font une vision tronquée de la cohésion nationale. Coincé dans le régime et moulé dans les logiques du parlementarisme britannique, un projet de réforme qui ne tiendrait pas compte de la représentation première du corps électoral comme celui de la nation et non pas d’une minorité s’écarte nécessairement d’une approche républicaine soucieuse des équilibres institutionnels et d’une dynamique des rapports de force et d’intérêt définis non pas sur le seul territoire réel (en comptant les kilométrages et les têtes de pipe) et la répartition de l’offre politique mais bien sur la communauté de destin. Il faut espérer que les propositions du gouvernement Plamondon soient orientées sur des principes qui permettront d’aller dans cette direction avec des mesures comme le scrutin préférentiel ou des dispositions constitutionnelles transitoires. C’est là tout un défi, la pensée républicaine n’ayant pas particulièrement façonné les débats sur le Québec indépendant.
Il faut, par ailleurs, reconnaître que la représentation du Québec minoritaire comporte des aspects aussi bien identitaires que civiques. Il faut que les débats abordent ces aspects et ce sera aux indépendantistes de le faire, car les fédéralistes n’en saisissent pas les logiques et leurs effets sur les institutions exposées aux résultats des scrutins. On pense ici au débat sur l’abolition de la monarchie qui surgira inévitablement de l’abolition du poste de lieutenant- gouverneur. Il faut parler ici des fédéralistes québécois seulement dont l’adhésion se justifie par l’attachement inconditionnel au Canada. On laissera aux canadians le soin de partager ou pas le monarchisme de Carney, ce n’est pas notre pays et notre nation n’est pas la leur. Mais une offre politique qui continue de courtiser l’électorat en laissant entendre que le gouvernement du Québec est notre gouvernement national reste une dangereuse illusion. Elle pave la voie à la dissolution tout en se drapant dans une rhétorique qui n’est pas soutenue par la réalité institutionnelle. Ceux et celles qui y voient un signe de santé démocratique n’en perçoivent pas la logique de dislocation.
Les premiers effets ont déjà commencé à se faire sentir. Avec 28 % des voix le PQ a beau former le gouvernement, ses adversaires ont déjà ouvert le procès de légitimité. L’épisode du Parti conservateur et de son affrontement avec le maire de Québec à propos du tramway en préfigure déjà les contours. Le concert de savantes interventions que servent déjà les commentateux qui s’emploient déjà à traquer sous la moindre orientation à peine annoncée les signes d’une ruse référendaire est peut-être risible, mais il n’en demeure pas moins qu’ils vont fournir un matériau de premier choix pour l’enfermement de la gouverne péquiste dans le procès de son option. Un procès centré sur l’événement, sur la date, pas sur le fond. Et qui agira comme un diluant délétère sur les termes du débat public. Plus que jamais, les rengaines référendaires vont servir de vecteurs de médiocrité, poussant la politique provinciale dans une folklorisation accélérée.
Le retour du même
Les lacunes et omissions de cette campagne ont, en fait, ramené les échanges publics dans les mêmes catégories de lecture que celles de 1995. Le référendum dont les « trois quarts des Québécois ne veulent pas » a été présenté comme une répétition larmoyante : les divisions dans les familles, les collègues qui ne parlent pas et toute la litanie des affres subies lors d’un effort collectif de délibération imposé par des rêveurs, tout y a passé. Les termes du débat ont-ils changé? Le Canada est-il le même? Qu’est-il advenu du statut et de la place du Québec dans ce Canada supposément inchangé? Rien, nada.
Les journalistes l’ont répété à satiété et vont continuer d’ânonner : quand le référendum? Allez-vous le faire? Êtes-vous à ce point jusqu’au-boutiste? Toute la propagande a été intégrée dans les schémas d’entrevue, dans les mêlées de presse et jusque dans les réflexions sérieuses des analystes de Radio-Canada. La manœuvre du PQ d’en reporter l’éventualité au lendemain du départ de Trump a été habile mais n’a pas suffi à calmer les ardeurs. On peut même penser qu’elle a plutôt contribué à renforcer les réflexes d’atermoiements en allongeant la période où, en plus de gagner du temps, on pourrait construire des scénarios d’évitement, celui de la chute d’un gouvernement minoritaire n’étant pas des moindres.
L’oblitération des questions de contextualisation de la conjoncture présente a participé certainement chez plusieurs d’une paresse intellectuelle déplorable. Mais elle participe aussi d’un effet de provincialisation de la lecture politique. La campagne s’est déroulée sans véritable débat sur ce que le Canada de Carney est en train de faire. Il a pourtant publié durant la période électorale une vidéo fort explicite sur ce qu’il conduit au pas de charge. Il a lancé un immense et très audacieux projet nationaliste. Faisant explicitement référence à John A. Macdonald et en reprenant les objectifs, Carney a énoncé plus explicitement que jamais les orientations et l’architecture d’une National Policy. Il va construire l’axe est-ouest non plus sur le chemin de fer mais sur l’énergie et les ressources naturelles. Le train Alto, le corridor énergétique enfin complété avec l’entente sur Churchill Falls, la chaîne portuaire du passage du nord-ouest, le gazoduc Marinvest, le pipeline de la Côte ouest, un vaste programme de soutien à l’exploitation des minerais critiques, c’est à coups de centaines de milliards qu’Ottawa avance au pas de charge. Et c’est sans parler du programme de mise en place d’un vaste complexe militaro-industriel. Les principaux commentaires que s’est attirés cette vidéo ont été le fait de commentateux bien impressionnés par la qualité visuelle et la mise en scène. En pleine campagne électorale ! Il est difficile d’en voir les protagonistes autrement qu’en danseurs insouciants qui s’exécutent sur le pont du Titanic.
Ce projet piétine allègrement les compétences du Québec, se déploie au mépris des choix énergétiques et d’aménagement du territoire. Des politiques industrielles qui vont refaçonner notre tissu économique et faire dévier notre modèle de développement. Le Québec y perdra ses repères. Il les perd déjà, tant son débat public est appauvri et opacifié par la propagande habile à instrumentaliser les débats, à façonner des interprétations totalement ignorantes de notre intérêt national. Le cas d’Alto en est un exemple affligeant : non seulement il coûtera des sommes faramineuses, mais encore il saccagera à nouveau la région de Mirabel. C’est désolant de voir qu’en pleine campagne électorale, ce sont les reportages de human interest qui ont occupé le devant de la scène. Des fermiers en larmes, d’autres en colère, même quelques rappels du désastre de Mirabel, mais point de discussion sérieuse sur l’inanité de cette proposition au regard des besoins du Québec. Ce qui devrait primer et ce qui urge, c’est de construire un réseau intégré de transport collectif reliant toutes les régions, pas d’organiser une patente pour que quelques cadres se rendent plus vite à Toronto. Les milliards qu’Alto va engloutir, c’est autant de ressources de nos impôts qui ne serviront pas à notre développement. Et continueront les lamentations sur les finances publiques, sur les lacunes majeures en transport collectif, sur l’état des routes. Pendant qu’Ottawa utilise nos impôts pour une immense opération de nation building.
On pourrait reprendre une à une les composantes de la National Policy pour voir en quoi et comment le Canada s’investit dans un modèle de développement qui laissera le Québec à la remorque d’un développement dirigé d’ailleurs et par d’autres et orienté sur des finalités que nous ne définissons pas. L’indolence avec laquelle a été reçu et traité ce projet n’a d’égale que l’incompréhension et l’ignorance des dynamiques à l’œuvre dans la présente conjoncture politique. Le retour du même dans lequel les inconditionnels du Canada ont enfermé le débat référendaire tient à un mélange de pensée rabougrie et d’incompétence politique. Le Canada a changé et il participe des transformations qui marquent la fin de la mondialisation heureuse. Son virage nationaliste s’inscrit dans les transformations majeures des rapports internationaux qui sont marqués par le retour en force à l’État-nation.
Les adversaires québécois de l’indépendance refusent de voir que le projet non seulement n’est pas périmé, mais qu’il place plutôt notre peuple en plein cœur des défis les plus cruciaux de la modernité. En s’alignant sur le Canada ils appliquent une logique du double standard qui ne se justifie que par le renoncement à assumer la continuité de notre nation. La National Policy n’est pas notre réponse, mais elle illustre bien la nécessité pour le Québec de se donner les outils et les pouvoirs pour relever à sa manière et dans son intérêt national les mêmes défis. L’État-nation reste l’instrument optimal pour les relever en toutes matières. Les transformations des relations internationales, la guerre commerciale et l’éventuelle ronde de négociation de l’ACEUM donnent autant d’exemples qui sont utilisés pour nourrir le déni et lancer les appels à se ranger sous la feuille d’érable. Et sans manquer de souligner qu’un troisième non serait terrible. Les bonnes âmes si promptes à faire semblant de s’inquiéter du sort de la nation ne voient pas la contradiction sous-jacente à leur argument : de quelle sécurité parle-t-on quand on évoque la précarité et les vicissitudes auxquelles cela nous exposerait? Sans doute de la même sécurité imaginaire sur laquelle s’appuie le déni actuel qui présente ce pays qui se construit sans nous comme une assurance sur l’avenir?
L’idée du référendum consultatif prise 3 est d’une singulière indigence politique et intellectuelle. Elle n’est nourrie ni des changements du monde ni de ceux du Canada lui-même et la place qu’il veut s’y donner. La position du Québec dans le Canada n’est plus du tout la même. Le nationalisme canadian se déploie désormais sans entrave, la conduite des élites politiques québécoises depuis le référendum de 95 a achevé de convaincre la population canadian et plus encore ses élites que la question du Québec a trouvé sa réponse : on s’en fiche ! Le Québec ne fait plus peur, il n’intéresse même plus. Boring ! Les transformations démographiques ont renforcé cette indifférence : le multiculturalisme a modifié radicalement la composition de la population; la diminution du poids relatif de notre population dans l’ensemble canadian, combinée à celle encore plus grande des minorités hors Québec, a achevé de faire paraître de plus en plus artificiels les arrangements institutionnels. L’ambition d’accroître de façon exponentielle la taille de la population est au cœur du projet d’Ottawa ; elle ne constitue rien de moins que la réduction de notre influence à la taille d’un gros lobby communautaire.
L’aplaventrisme du gouvernement Carney devant les géants du numérique constitue une menace existentielle directe. Chaque jour qui passe laisse le Québec en position de vulnérabilité accrue. Le sujet n’a pas fait l’objet de grands déchirements durant la campagne et dans les débats. Le monde culturel brûle, mais c’est parce qu’il se consume et non pas parce que la passion de son avenir le porte. Il s’agit pourtant, encore une fois, d’un exemple où l’éternelle minimisation des pertes incrustée dans la psychologie de perdants va faire des dégâts extrêmement graves dans tout l’écosystème culturel où le défaitisme gagne à une vitesse ahurissante. Le Canada dont la dynamique culturelle tient à son accommodement avec un système hybride dirigé depuis les États-Unis ne s’inquiète guère des tergiversations. Il n’y voit aucune menace existentielle, même si ses industries médiatiques et culturelles en subissent les contrecoups. L’anglosphère canadian s’accommode fort bien de son statut de satellite même si parfois la brutalité yankee la prive de quelques coquetteries nationalistes. En tout état de cause, le projet Carney leur apportera de quoi se consoler et les subventions épongeront bien des larmes de crocodile…
C’est sans doute dans le domaine scientifique, domaine névralgique pour le dynamisme de la culture et pour l’orientation des transformations sociales et économiques, que les choix canadian sont les plus sournoisement délétères pour le Québec. Ottawa a la mainmise sur le financement de la recherche et, de plus en plus, sur le monde universitaire dans lequel elle évolue. C’est pourtant une pièce essentielle pour que le Québec participe pleinement aux défis de la modernité qui s’accélère. Les talents d’ici sont harnachés sans vergogne et mis au service de priorités sur lesquelles nous n’avons pas de contrôle et dans des instances où, au mieux, nos représentants sont en minorité alors qu’ils assument sur le plan des contenus des positions de leadership incontestables. Le cas de l’intelligence artificielle est malheureusement emblématique.
Les inconditionnels du Canada tiennent un narratif totalement déconnecté de la morphologie réelle de ce pays. Le récit médiatique, à cet égard, non seulement est pauvre et pusillanime, mais il fait écran. Aligné sur le statu quo, bien peu vigilant à l’égard de son instrumentalisation politique, le narratif des médias de masse est un instrument de dénationalisation du Québec. En refusant de traiter la question nationale autrement que sur le seul registre de l’opinion électorale et de la concurrence partisane, ce narratif ne peut rien appréhender des enjeux car il reste désincarné, même quand il évoque le « terrain » et les réalités concrètes. Le traitement de la campagne en a fourni une illustration éloquente. En ramenant 1995 comme une histoire figée, ce narratif non seulement est resté en phase avec la propagande partisane, mais encore et surtout a-t-il servi à voiler le caractère existentiel de ce qui s’y est joué. La victoire à l’arrachée du PQ dans un espace politique émietté reste cadrée sur la légitimité fantomatique d’un événement qui n’a plus rien à voir avec le réel. Nous avons vécu un épisode exceptionnel de déréalisation collective.
Surmonter le défaitisme
Le gouvernement Plamondon a donc d’immenses défis devant lui. Le principal étant à l’évidence de parvenir à faire adopter une lecture commune de l’état du Québec. Une lecture nationale, s’entend, car la lecture comptable domine et elle est au service de la minorisation. Ce n’est pas notre demi-État qu’il faut redresser, c’est à la construction d’un État complet qu’il faut procéder. Pour y arriver, il faudra d’abord faire voir comment et en quoi les choix politiques qu’il fera viseront à nous rapprocher de cet objectif. Il faudra beaucoup de doigté pour trouver des voies de passage.
Dans l’état actuel du mouvement indépendantiste et dans l’état d’éreintement dans lequel se trouvent de nombreuses composantes de la société civile, cela va nécessiter un discours inspirant, un appel au dépassement. Ce sera d’autant plus essentiel que de nombreux milieux sont littéralement déboussolés, ce que la fragmentation du vote a bien illustré. À l’évidence, le Québec a du mal à se voir tel qu’il est, obnubilé par des clivages idéologiques et par les conduites de déni qui les fondent et les alimentent. La conscience nationale est flageolante et le résultat du vote en témoigne autant qu’il en prescrit les moyens de redressement.
Le premier défi à relever : celui du rehaussement des compétences civiques. Cela concerne d’abord les membres du PQ et les indépendantistes, mais il faut bien comprendre que cela devra viser l’ensemble des citoyens. Les errements du Parti ont dilapidé un énorme capital social et de ressources militantes. Cela tient presque du miracle qu’il ait encore pu compter sur les forces restantes pour se rendre là où il est. Il y a certes un sentiment d’appartenance sur lequel il peut encore compter, mais ce sentiment ne nourrira que des névroses romantiques s’il n’est pas porté à la hauteur de l’action militante requise par ce qui nous menace. La CAQ aura été le contre-exemple parfait : les appels à la fierté n’ont produit que des symboles creux, des emblèmes de pacotille qui n’ont été d’aucune utilité pour assurer le statut de la langue, nourrir une véritable riposte au nation building canadian.
S’il y a encore un réservoir considérable de gens sympathiques à l’indépendance, il faut néanmoins reconnaître que la compétence à la justifier, à la promouvoir et à combattre pour elle s’est gravement étiolée. Le fait d’avoir dit oui en 95 ne constitue pas un argument, tout au plus un témoignage fané. Il faut que ce parti entreprenne au plus vite une vaste opération de formation de ses militants pour les outiller intellectuellement non seulement pour convaincre et mobiliser mais aussi pour décoder les traquenards de la propagande et désamorcer tout ce qui est déjà en place pour faire durer les atermoiements, technique simple mais efficace pour miser sur l’usure, l’érosion démographique et les tensions démoralisantes qu’elle engendre. Il ne s’agit pas ici de produire un énième argumentaire, mais bien de mettre en place une formation politique pour apprendre à s’en servir, pour être capable de défaire le narratif dominant et de lui opposer une lecture indépendantiste de l’actualité. Une telle lecture est une condition essentielle à toute mobilisation fructueuse, c’est-à-dire celle qui se traduira dans l’action, pas seulement, pas d’abord dans le discours.
La fixation sur la ritournelle référendaire a pris une place exagérée dans la posture même du Parti québécois. Tout le monde comprend que l’objet du référendum est bel et bien la souveraineté, mais le sens du référendum lui-même est loin d’être clair. Il est brouillé par le narratif médiatique et des inconditionnels, certes, mais il n’est pas exempt d’ambigüité chez les leaders indépendantistes qui s’accommodent de l’expression « consultation populaire » pour tenter de rester en phase avec le recours aux atermoiements qui sert de code de base pour la lecture de la conjoncture. Même s’il a toujours eu du mal à le reconnaître, le Parti québécois au pouvoir à Québec se trouve en réalité dans une véritable opposition. Ce qu’il contrôle ne représente qu’une partie du terrain de la lutte. Le reste, c’est la société civile qui peut le lui apporter. L’indépendance est d’abord l’affaire du peuple et son rôle n’est pas celui d’une bonne pâte qui sera éventuellement soumise à une consultation. Il faut le mettre en mouvement, créer les occasions pour toutes ses composantes de s’éprouver dans l’action.
Il faut convaincre le gouvernement Plamondon de créer par ses choix et par ses gestes les occasions pour que le peuple non seulement s’exprime mais qu’il touche les résultats, pour qu’il puisse sortir du défaitisme distillé par la propagande et tant de petites et grandes trahisons. Il faut créer des forums non pas pour faire des diagnostics mais pour se prononcer sur des solutions. Il faut que ces forums soient formatés pour donner des succès à court terme, pour redonner le goût de gagner, pour que ceux et celles qui tiennent le Québec de broche à foin à bout de bras puissent se sentir énergisés par des passages à l’acte conséquents. Il faut remettre le Québec en mouvement vers l’avenir, le sortir de la torpeur rageuse où le délabrement l’enferme chaque jour davantage. C’est là que se trouve la vraie fierté, celle qui se nourrit des œuvres plutôt que des slogans.
Il y a une volonté d’achèvement qui persiste malgré la morosité, malgré les défaites, malgré les trahisons d’une élite tentée de se désaffilier comme cela a toujours été le cas dans notre histoire. Notre histoire n’est qu’une suite de victoires sur l’improbable et nous y sommes devant un régime qui a tout mis en œuvre pour la neutraliser comme devant une autre occasion de faire mentir Durham. Elle a beau avoir été déportée vers l’insignifiance et la dispersion, cette élection nous aura tout de même fourni une occasion de nous convoquer à un rendez-vous avec nous-mêmes. Paul Saint-Pierre Plamondon a déjà fait beaucoup de chemin et, s’il est arrivé avec Miron « à ce qui commence », il doit réaliser que se trouvent dans le peuple ses plus fidèles compagnons de route. Le voyage continuera d’être abracadabrant, mais c’est de cette manière que nous ferons « lever l’horizon » (Miron, toujours). Envoyons de l’avant nos gens ! Envoyons de l’avant !



