Démantèlement

Chronique du démantèlement de la nation sous le gouvernement Couillard (2014-2018)
par Lucia Ferretti

  • Le démantèlement de la nation (chronique 1)

    Pourquoi l’indépendance ?

    Pour exister, une nation a besoin de se concevoir comme une réalité à la fois historique et promise à un avenir. Une nation, c’est une population qui partage une mémoire commune et la volonté de construire l’avenir ensemble. Pour qu’elle soit viable à long terme, il lui faut :

    • pouvoir affirmer clairement sa distinction par rapport aux nations environnantes et voir sa légitimité de le faire reconnue. C’est une des conditions incontournables pour que les immigrants désirent partager sa culture et que leurs descendants s’y assimilent. Sinon, particulièrement dans le cadre canadien, on aboutit à un communautarisme absolument délétère ;
    • disposer d’outils collectifs de cohésion et de développement, au premier rang desquels se trouve un État souverain, surtout dans le contexte de la mondialisation galopante, dont les instances régulatrices ont tendance à favoriser la centralisation des États fédéraux ;
    • pouvoir se soustraire sur son territoire et dans ses institutions à la vision concurrente et dominante de ceux qui ont intérêt à sa disparition.

    Oui, une nation a besoin d’un État, d’un État qui travaille pour elle et non contre elle s’entend. Aujourd’hui plus que jamais. Or, sur tous les plans, la nation québécoise est attaquée de partout.

  • Le démantèlement de la nation (chronique 2)

    La période couverte s’étend de l’assermentation du gouvernement libéral de Philippe Couillard le 23 avril 2014 jusqu’à l’ouverture des travaux parlementaires le 20 mai 2014.

    L’objectif de cette série de chroniques, commencée le mois dernier, est de contribuer à nourrir l’argumentaire pour l’indépendance. Parfois nos concitoyens, et pas seulement les jeunes, nous demandent pourquoi l’indépendance est nécessaire. Elle l’est bien sûr parce que tout le processus politique en cours va dans le sens de l’érosion des outils dont le peuple québécois dispose encore pour rendre viable tout projet d’affirmation. Plus, ce processus menace même jusqu’à notre existence nationale. C’est pourquoi j’estime (ou du moins j’espère) que de mettre tout simplement les faits en évidence peut aider à voir et à faire voir ce qui est en train de se passer.

    Il y a un État de trop au Québec. Nous pensons que c’est l’État fédéral. Mais il est clair que non seulement Ottawa, mais aussi le gouvernement de Philippe Couillard sont d’avis que c’est plutôt l’État québécois. Leurs attaques contre celui-ci sont et promettent d’être de plus en plus frontales. C’est toute la capacité de notre État de structurer le territoire, la société et la nation qui s’en trouve affaiblie.

  • Le démantèlement de la nation (chronique 3)

    La période couverte s’étend du 20 mai, date de l’ouverture des travaux parlementaires, au 24 août 2014 (3 mois).

    Avec l’amoindrissement de l’État québécois et le retour des surplus budgétaires au fédéral, Ottawa sera encore davantage en mesure de dicter les conditions de ses interventions au Québec, y compris dans nos domaines de compétences. En outre, à mesure que notre gouvernement ne répondra plus présent, les organismes québécois, même ceux qui n’y ont pas encore eu recours, se tourneront vers Ottawa pour obtenir du financement. On remarque dès maintenant que c’est Ottawa qui est le principal soutien de la diffusion de l’art contemporain québécois, que le fédéral est plus présent que Québec dans la construction de logements sociaux, que c’est lui qui finance l’essentiel de l’intégration des immigrants dans notre belle province et qu’il est désormais mieux en mesure que Québec de financer la réfection des infrastructures des municipalités. Évidemment, il fait tout cela selon ses intérêts et ses priorités. Or, pour déterminer les politiques fédérales, les Québécois n’auront jamais plus de poids que celui d’une population de plus en plus minoritaire. Il vaudrait décidément mieux contrôler notre propre État que de subir les politiques d’un autre.

  • Le démantèlement de la nation (chronique 4)

    La période couverte s’étend du 25 août au 28 novembre 2014 (3 mois)
    Les dates entre parenthèses renvoient à l’édition du Devoir. Lorsqu’il s’agit d’une autre source, celle-ci est mentionnée explicitement.

    Elle se clôt à la veille de la grande manifestation contre l’austérité qui s’est tenue à Montréal et à Québec ; et au terme d’une semaine où, à la suite de l’exemple donné par Gabriel Nadeau-Dubois et à son appel, plus de 350 000$ ont été recueillis pour dire au pétrole sale de l’Alberta « Coule pas chez nous » ! Oui, il est possible de nous mobiliser, nous le ferons de plus en plus souvent.

  • Le démantèlement de la nation (chronique 5)

    La période couverte s’étend du 29 novembre 2014 au 22 février 2015 (environ 3 mois).

    À surveiller les femmes. On a dit que les groupes touchés par les actions du gouvernement Couillard ne pourront pas s’unir parce qu’ils sont trop divers et défendent des intérêts trop différents, parfois même opposés. Cependant, s’il y a une chose claire, c’est que le démantèlement du modèle social québécois touche en particulier les femmes. Femmes de toutes les classes, dans tous les types d’emplois, dans la métropole comme dans les régions, femmes mères ou aidantes naturelles. Les femmes (et là, je ne veux pas dire celles « de souche » et celles « des communautés culturelles », car à la fin il nous faut sortir de cette dichotomie nuisible à l’avenir du Québec), les Québécoises, donc, vont se mobiliser. Ça commence déjà dimanche 22 février, à la place Émilie-Gamelin à Montréal, 85 groupes sociaux de divers horizons ont lancé un appel contre l’austérité. Les trois têtes d’affiche en furent des femmes (La Presse, web, 22 février).

  • Le démantèlement de la nation (chronique 6)

    La période couverte s’étend du 23 février au 7 avril 2015.
    À moins d’indication contraire, toutes les dates réfèrent aux éditions papier du journal Le Devoir.

    1. Affaiblir la capacité de l’État québécois de structurer le territoire, la société et la nation

    1.1. L’action du gouvernement du Québec du libéral Philippe Couillard

    Délégitimer l’action des organismes publics, notamment en les privant des moyens d’exercer leur mission. Par exemple, la Commission de l’administration publique, un organisme parlementaire non partisan, peine à surveiller les dépenses publiques (23 février[1]) ; autre exemple : les départs sont en hausse au bureau du Vérificateur général du Québec (25 mars). Tout ceci ne peut que faciliter l’utilisation des ressources publiques pour les amis libéraux. Or, il faut que nos institutions soient en mesure de continuer à dépister les scandales, tels que ce juteux contrat informatique gardé secret pendant trois ans au ministère de la Santé et des Services sociaux (10 mars).

  • Le démantèlement de la nation (chronique 7)

    À Jacques Parizeau
    Avec gratitude

    La période couverte s’étend du 8 avril au 4 juin 2015 (environ deux mois).
    À moins d’indication contraire, toutes les dates font référence à l’édition du jour du journal Le Devoir (format papier).

    Comme l’écrit Josée Boileau en éditorial à propos de la CSDM, mais cela s’applique à tout l’appareil public : « Le fond de la question autour de l’avenir des commissions scolaires n’est-il pas ce dépouillement qui tue à petit feu tout ce qui au Québec s’appelle État ? » (30 mai)

    D’ailleurs, le ministre Martin Coiteux jubile : 622 fonctionnaires ont définitivement perdu leur emploi entre janvier et mars 2015 (Journal de Montréal, 5 juin), non compensés par 136 nouveaux emplois dans les réseaux de la santé et de l’éducation. Le FMI n’arrête plus de lancer des mises en garde sur le lien entre politique d’austérité et récession, mais ce ministre n’en a cure (4 juin). On voit de mieux en mieux le seul vrai objectif de ce gouvernement : couper bras et jambes à l’État québécois.

  • Le démantèlement de la nation (chronique 8)

    Nation to Colony

    La période couverte s’étend du 5 juin au 23 août 2015 (environ deux mois et demi)1.

    En 1946, Arthur M. R. Lower publiait Colony to Nation, qui devint immédiatement un classique. L’universitaire ontarien y proposait de lire l’histoire du Canada comme celle d’un territoire passé progressivement de colonie à nation. Une seule nation, bien sûr. Au mieux, pour lui, les Canadiens français étaient-ils une « nationalité », au sens de groupe ethnique2. Le système politique canadien accréditait pourtant alors l’idée des deux nations, ou des deux « peuples fondateurs » ; après tout, en 1867, les Canadiens français n’avaient-ils pas réussi à obtenir un État provincial ? C’est ainsi que deux nations au sens de deux peuples pouvaient alors cohabiter politiquement, quoiqu’inégalement, dans une seule nation au sens d’État souverain.

  • Le démantèlement de la nation (chronique 9)

    La période couverte s’étend du 24 août au 21 décembre 2015 (4 mois)1.

    Avec l’aide de la société civile, qui a fait entendre son mécontentement au gouvernement Couillard et manifesté son appui aux employés des secteurs public et parapublic, les syndicats ont réussi à arracher des conventions collectives qui évitent l’appauvrissement de leurs membres. Dans le contexte actuel, il s’agit d’une vraie victoire.

    Mais cette victoire syndicale n’est pas un réel recul pour le gouvernement Couillard. Celui-ci a voulu acheter la paix sociale, qu’il sentait de plus en plus menacée. Il a payé pour l’obtenir un prix qui lui a semblé d’autant plus raisonnable que la situation financière du Québec, quoi qu’il en dise, est loin d’être catastrophique. Le gouvernement libéral a fait le pari que maintenant que les syndicats ont évité le pire, ils se tiendront tranquille.

    Espérons que la paix sociale, le gouvernement du PLQ ne l’aura pas. Il serait tragique que nous baissions les bras devant le viol de notre territoire et le démembrement de notre État. Le Québec est en train de régresser à toute vitesse.

  • Le démantèlement de la nation (chronique 10)

    La période couverte s’étend du 22 décembre 2016 au 27 février 20171.

    Le courage, c’est de savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans t’arrêter.
    – Atticus Finch, héros du roman de Harper Lee Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

    Le roman d’Harper Lee dont est tirée la citation en exergue est l’histoire d’un homme qui agit par conviction pour la défense d’une cause juste et doit, ce faisant, affronter tous les pouvoirs de la société américaine des années 1930, ligués contre celle-ci. Nous, Québécois qui défendons notre petite nation et son État contre les assauts dirigés contre eux sans relâche, nous avons besoin de nous souvenir de cette définition du courage. Pour garder la lampe allumée, il nous faut aussi ce mot de Félicité de Lamennais cité souvent par Rosaire Morin, qui fut directeur de cette revue :

    Quand même nos espérances auraient été trompées
    non seulement sept fois, mais septante fois sept fois,
    ne perdez jamais l’espérance !

  • Le démantèlement de la nation (chronique 11)

    La période couverte s’étend du 28 février au 9 juin 20161.

    Le mot « Province » définit le statut du Québec depuis 1867, mais derrière la constance du vocabulaire la réalité évolue rapidement. Les États provinciaux doivent composer avec la présence du fédéral dans pratiquement tous leurs champs de compétence exclusive ; et de toute façon, ils n’ont plus les moyens financiers de définir ni de gérer seuls aucun enjeu le moindrement significatif. Dans son action, Québec rencontre partout ou presque les programmes et les conditions pour l’obtention de financement, les règlements,les structures de l’État fédéral, autant d’éléments qui empêchent notre État, même dans nos champs de compétence, d’avoir une action cohérente. Et on ne parle pas ici des décisions d’Ottawa dans les champs de compétence fédérale, décisions qui sont loin d’être toujours prises dans l’intérêt des Québécois.

  • Le démantèlement de la nation (chronique 12)

    La période couverte s’étend du 10 juin au 24 septembre 20161.

    Le plus grand dérèglement de l’esprit,
    c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient,
    et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet.
    – Bossuet

    Il y en a pour croire que « le Québec est une nation normale et mature qui dispose de pouvoirs substantiels et qui dépense ses énergies sur les grands enjeux éthico-politiques qui occupent l’ensemble des régimes démocratiques », comme l’écrit un professeur de l’Université Laval dans Le Devoirdu 9 septembre. Mais suivons Bossuet et voyons plutôt les choses telles qu’elles sont. Nous vivons dans un cadre constitutionnel qui nie notre nation et notre État, et nous subissons en plus un gouvernement provincial dont l’activité consiste à réduire l’État québécois, à confisquer les ressources publiques au profit des amis et à laminer l’écosystème sur lequel repose la cohésion sociale et nationale. Au lieu de voir ce qu’il veut croire, le collègue devrait examiner les faits.

  • Le démantèlement de la nation (chronique 13)

    La période couverte s’étend du 25 septembre au 25 novembre 20161.

    Envers les gouvernements locaux, le gouvernement général occupera exactement la même position que le gouvernement impérial occupe actuellement à l’égard des colonies.
    - John A. Macdonald, 18652

    Si vous n’avez pas le temps de tout lire, jetez au moins un œil sur les mentions précédées de .

    Il y a vraiment un enjeu là !

    1. Une logique d’occupation par le gouvernement fédéral, ses organismes et les compagnies privées à charte fédérale

    Réforme de l’Office national de l’énergie. Le gouvernement Trudeau a formé un comité de cinq membres pour lui recommander les moyens de moderniser l’ONE. Trois d’entre eux sont proches de l’industrie pétrolière, notamment du secteur des oléoducs (9 novembre). L’ONE est notamment chargée d’évaluer le projet Énergie-Est, qui va traverser le Québec.

  • Le démantèlement de la nation (chronique 14)

    La période couverte s’étend du 26 novembre 2016 au 20 février 20171

    Ottawa : un pouvoir colonial

    Le Québec, territoire occupé

    Lévis. Au motif que l’aéronautique est une compétence fédérale exclusive, la Cour supérieure a invalidé la décision de la Cour municipale de Lévis contre une école de parachutisme construite sans autorisation (6 janv.). Déjà, les villes de Neuville, Saint-Cuthbert et Terrebonne-Mascouche ont vu leurs schémas d’aménagement invalidés par les cours. Il est désormais impossible pour les municipalités et l’État québécois d’aménager le territoire en fonction de leurs priorités.

    Pétrole. TransCanada a besoin d’Énergie Est pour exporter le pétrole des sables bitumineux vers l’Inde. Le Québec, « route des Indes » titre Alexandre Shields, pour 1,1 million de barils par jour sur 625 km de notre territoire, sans aucune retombée pour le Québec (1er mars)

  • Le démantèlement de la nation (chronique 15)

    La période couverte s’étend du 21 février au 22 mai 2017.

    Cela a fait 35 ans le 17 avril que le Québec vit sous l’empire d’une Constitution canadienne qui lui a été imposée. Aucun gouvernement québécois, y compris celui de Jean Charest, n’a accepté le coup de force perpétré en 1982. Or, le gouvernement de Philippe Couillard a refusé d’accepter un projet de motion réaffirmant que la loi constitutionnelle de 1982 « a eu pour effet de diminuer les pouvoirs et les droits du Québec sans son consentement » (14 avril). Il a même refusé que l’Assemblée nationale en débatte. Mais les faits parlent.

  • Le démantèlement de la nation (chronique 16)

    La période couverte s’étend du 22 mai au 20 septembre 20171.

    Le gouvernement fédéral régit désormais les matières qui concernent la vie interne du Québec, et celles qui sont liées à la sphère privée de nos vies. Il se plante ainsi dans les champs premiers des responsabilités de l’État provincial. Déjà, au XXe siècle, Ottawa avait commencé à assurer sa visibilité en envoyant les chèques de pensions de vieillesse, d’assurance-chômage et d’allocations familiales. Mais de nos jours, par empiétements successifs et grâce au déséquilibre fiscal, Ottawa peut offrir à chacun de nous, à un titre ou à un autre, une aide personnelle directe ou un crédit d’impôt. Vérifiez pour vous-mêmes. De plus, la plupart d’entre nous avons des activités susceptibles d’être régies par une norme fédérale. Ottawa a en outre des politiques, des programmes d’investissement et une règlementation pour toutes les catégories d’organisations : établissements publics provinciaux, entreprises, institutions culturelles, groupes communautaires, associations professionnelles. Avec la complicité de leurs dirigeants il faut le dire, nos grands outils économiques eux-mêmes, Hydro-Québec et la Caisse de dépôt, sont dans la mire de la nouvelle Banque de l’infrastructure du Canada. Chacun de nous et chacune de nos institutions sont aspirés dans le cadre politique de l’État unitaire canadien, gérés par des structures, des normes et des programmes conçus en fonction des priorités et des intérêts du Canada, et sur lesquels nous avons peu d’influence. Car il est là le revers : nous avons de moins en moins d’influence sur Ottawa. Et donc, nous avons de moins en moins de moyens de l’obliger à prendre en compte nos intérêts individuels et collectifs.

    Bref, partout, l’État fédéral est en mesure de contourner, de neutraliser ou de réduire la portée de l’État québécois. Après soixante-dix ans de centralisation fédérale, celui-ci n’est plus que l’ombre de lui-même, il a été vidé de sa substance. Il n’est plus du tout capable de constituer le Québec en société cohérente ni les Québécois en nation. Il n’est plus capable d’orienter notre développement collectif en fonction de nos besoins ni de nos intérêts spécifiques. Ce qui désormais se donne à voir, c’est le processus d’élimination, par recouvrement fédéral, de l’ordre provincial de gouvernement. Le seul où nous sommes majoritaires.

  • Le démantèlement de la nation (chronique 17)

    La période couverte s’étend du 21 septembre au 29 novembre 20171.

    Au référendum de 1995, le OUI a perdu par 27 145 voix, car l’écart entre le oui et le non fut de 54 288 voix seulement. Des études ont alors montré que si les milieux moins favorisés s’étaient rangés derrière le OUI, c’est parce que l’État québécois leur semblait mieux en mesure que celui d’Ottawa, qui avait déjà entrepris de vastes compressions dans ses programmes sociaux, de mener la lutte contre la pauvreté et d’offrir un filet social de qualité2.

    Mais après le référendum, balayant une telle analyse du revers de la main, le premier ministre Lucien Bouchard s’est employé à dissocier question nationale et engagement de l’État québécois dans la société. Il a fait sienne la lutte contre le déficit. Les compressions ont commencé en santé, en éducation, dans les programmes sociaux et ailleurs. Ce premier ministre prétendait qu’en atteignant le déficit zéro et la réduction de la dette, les Québécois seraient à l’avenir plus libres de leurs choix. C’était vraiment mal lire la réalité. Celle-ci, à l’époque, n’était plus l’insécurité économique ; c’était tout simplement que 60 % de OUI parmi les Québécois de langue française n’avaient pas suffi à l’emporter contre 95 % de NON parmi les non-francophones3.

    Or, en rapetissant notre État, Lucien Bouchard laissait de la place à Ottawa. Ça s’est poursuivi depuis, avec encore plus de détermination, sous les gouvernements libéraux de Jean Charest puis de Philippe Couillard. La réduction de la capacité d’agir de notre État résulte de plusieurs facteurs parmi lesquels : des baisses d’impôts qui se traduisent en baisses de revenus, le refus de se servir des revenus hors impôts pour bonifier les budgets, ainsi que l’insuffisance globale des revenus par rapport aux missions, insuffisance due au déséquilibre fiscal contre lequel le gouvernement Couillard refuse de lutter. J’insisterai aujourd’hui surtout sur le deuxième facteur.

  • Le démantèlement de la nation (chronique 18)

    La période couverte s’étend du 30 nov. 2017 au 2 mars 20181.

    L’ampleur de la matière m’oblige pour cette fois à porter le regard seulement sur l’action/inaction du gouvernement Couillard. Le bilan du gouvernement fédéral sera dressé dans une prochaine chronique.

    Réduire et discréditer l’État québécois

    Ne rien demander, encore moins exiger, sur le plan constitutionnel

    Politique d’affirmation nationale. Comme l’a dit le ministre Jean-Marc Fournier, cette politique se veut avant tout un « dialogue ». Elle a pour objectif « d’établir de plus nombreuses solidarités économiques, sociales et culturelles entre les citoyens du Québec et ceux de partout ailleurs au Canada et de mieux se connaître pour mieux se reconnaître ». Les médias du Canada anglais n’en ont pratiquement pas parlé (4 janv.). Le premier ministre Trudeau n’ouvrira pas la constitution sauf si « tout est à la veille de briser » dans la fédération (19 janv.), et ce n’est pas le monologue de Fournier qui risque de l’inquiéter.

  • Démantèlement. Bilan 1 : l’emprise de l’état fédéral

    Bilan 1 : l’emprise de l’état fédéral*

    Rester dans le Canada est en train de faire mourir le Québec comme province et les Québécois comme nation. Il s’agit d’une mort lente, instillée par une succession ininterrompue de décisions politiques et de jugements des tribunaux. Dans le tourbillon du quotidien, à moins d’être directement touchés par l’une ou l’un d’eux, nous ne nous rendons pas forcément compte du sens du courant. Les indépendantistes doivent se charger de nouveau d’un grand travail d’éducation politique. C’est pourquoi j’ai entrepris une série de chroniques après l’élection québécoise de 2014. À la veille de celle de 2018, le temps est venu des bilans. Voyons d’abord comment a évolué la relation Ottawa/Québec au cours des quatre dernières années. Un second bilan montrera comment le gouvernement libéral de Philippe Couillard s’est lui aussi systématiquement attaqué à la capacité de l’État québécois.

Collections numériques (1917-2013)

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