Cinéaste, documentariste, auteur et ami !

Du plus loin que je me rappelle, Pierre Perrault et Yolande Simard Perrault font partie de ma vie !

J’emploie ici le temps présent, car ils font toujours partie de ma vie ! Ils existent même dans l’absence, comme des parents, comme la lignée ! Ils se sont inscrits dans nos histoires pour toujours ! Ma fille, qui n’a jamais connu Pierre, me disait dernièrement qu’il est comme un grand-père pour lequel elle a de l’affection sans l’avoir connu. Je suis convaincue qu’elle aura envie de raconter à ses enfants un jour qui était Pierre Perrault et bien plus encore, car la plupart de ses amis au baccalauréat en communications de l’Université Laval connaissent déjà la fameuse trilogie !

Pierre et sa Yolande se sont amarrés chez nous à l’Hôtel du Capitaine à L’Isle-aux-Coudres un peu avant ma naissance. Mon plus lointain souvenir se rapporte à Pierre et à sa grande aventure cinématographique de la Trilogie de L’Isle-aux-Coudres, et plus particulièrement l’œuvre maintes fois récompensée : Pour la suite du monde. Dans l’initiative inusitée de permettre à nos maîtres pêcheurs de marsouins de se réapproprier notre mémoire et de pouvoir en garder le savoir-faire sur pellicule visuelle, un premier marsouin nous est revenu dans cette pêche que les chicos ancestraux et porteurs harts avaient soigneusement préservée du temps et des affres du fleuve ! Ce jour-là, ce fut la capture du marsouin simultanément à la capture de la mémoire ! Et le cinéma direct fut, et la magie du réel, déployée ! Puis d’autres marsouins se sont pris dans la pêche et ses harts en forme de cœur. C’est à la demande des instances gouvernementales qui, à l’époque, commençaient à se soucier de la santé des bélugas du Saint-Laurent, que d’autres prises ont été autorisées par le biais des installations traditionnelles de notre pêche d’époque !

C’est là que mon souvenir, mon « Walt Disney » à moi s’installe à jamais dans ma petite mémoire d’enfant ! Une prise soudaine d’une mère béluga et son blanchon provoqua tout un émoi ! Il fallait trouver un bassin d’eau salée, car le lac à l’eau douce utilisé jusque là ne convenait pas pour un blanchon et sa mère naturellement familiers à l’eau salée. C’est ainsi que mon père et ma mère, propriétaires d’un petit hôtel sympathique avec une grande piscine d’eau salée, virent arrivé une clientèle pour le moins étonnante : une mère « marsouine » et son blanchon ! La petite famille demeura pendant près de trois semaines dans notre piscine, créant une affluence de visiteurs curieux ! Et… Petite, moi, tous les matins avec mon capitaine de papa, allions nourrir nos convives d’exception, un petit sceau de métal rempli d’éperlans vigoureux dans les mains. Après quelques jours seulement, la mère marsouine compris l’horaire des repas et se présentait la gueule largement ouverte prête à accueillir les petits poissons argentés dans sa grande bouche d’un rose flamboyant ! C’était simplement surnaturel ! Cette image, encore bien vive dans mon souvenir, me fait encore frissonner aujourd’hui à sa simple souvenance !

Quel privilège !

C’est ce qui continue de teinter toute la suite de mon parcours ! Pour moi l’œuvre de Pierre Perrault s’inscrit dans mon histoire, selon les époques et les pans de ma vie ! Et ce n’est pas rien ! À travers mes rêves, la poésie de mes chansons, mes écrits théâtraux, mes allégeances politiques, et ma volonté de poursuivre l’œuvre hôtelier modeste, mais bien ancré de mes parents, par souci de mémoire et de suite du monde, tout, mais absolument tout, a pris racine dans le terreau de l’identité et de la langue ! Et je parie que Pierre et Yolande, Grand Louis, mon grand-oncle Alexis et ma petite grand-tante Marie y sont pour quelque chose !

Pendant les tournages de la célèbre Trilogie de L’Isle-aux-Coudres, Pierre Perrault a eu l’instinct, la finesse, la sensibilité de se fondre aux insulaires ! Je crois en fait que Pierre avait davantage de plaisir à tendre la pêche aux marsouins avec les pêcheurs de l’Isle que de filmer l’instant, le moment était à tout le moins aussi précieux que l’œuvre ! Le cinéaste en a amorcé l’idée, l’a mis en place avec les gens ! À cet égard, je l’ai vu échanger avec mon père pendant des heures alors que celui-ci cuisinait pour l’équipe de tournage qui habitait à notre hôtel souvent durant de longues semaines ! Il a puisé en mon père toute la connaissance du milieu et de ses « bonhommes » comme il les appelait ! HAHA ! Ah ! Mon coloré père, capitaine de goélette, à la parlure sans gêne, celui-ci devenait une source infinie d’anecdotes, d’histoires de famille et par conséquent de divers traits de tempérament qui caractérisaient tout un chacun !

Cette source intarissable issue de mon père aura contribué à la conceptualisation de certaines approches et ainsi permettre à Pierre de mieux saisir L’Isle-aux-Coudres dans son intimité sociale ! Un documentaire a d’ailleurs été réalisé par Daniel Roque sur mon père : Plus marsouin qu’avant ! Ce titre est aussi le titre d’une de mes chansons dédiée à Pierre, où je prête la voix à Blanchon qui nous dit ceci : « Je te parle des océans qui séparent nos idéaux, si ta pensée étonnamment, n’a pas trouvé ce qu’il lui faut, pour naviguer à mon image, entre récifs et échancrages, à la recherche du bonheur que nous procurent ces longues heures… À naviguer à contre-courant, on se sent plus marsouin qu’avant ! »

Aujourd’hui je siège à la Chambre des Communes, comme députée du Bloc québécois pour le comté de Beauport–Côte-de-Beaupré–l’Ile-d’Orléans–Charlevoix et j’ajoute de temps en temps L’Isle-aux-Coudres lors de mes discours, car pour« nous autres icitte à l’isle », c’est là que tout notre mouvement identitaire a pris son élan dans le début des années 1960 ! C’est aussi là que Cartier a béni le territoire canadien-français en 1535, c’est aussi là qu’on a immortalisé la parlure, la mémoire et l’intelligence de survie de tout un peuple ! C’est là que la fierté et la lune ne font qu’un pour vibrer à la confiance et à l’espoir ! Chaque fois que je me lève à la Chambre des Communes, je défends l’âme du Québec, ses valeurs, ses forces vives et je prends à bras le corps ses combats et en fais mon moteur et ma motivation de chaque instant !

J’ai chanté le pays partout où mes chansons-fleuves m’ont amenée, aujourd’hui il m’arrive de chanter les poètes du Québec dans les couloirs austères de ce bâtiment beige qui sent l’arrogance britannique et la monarchie et je me dis que rien n’est vain, que je ne suis pas là par hasard et que tout ça s’inscrit dans une mouvance incessante et déterminée vers notre liberté !

* L’autrice, dite la Marsouine, est chansonnière et propriétaire de l’Hôtel du Capitaine à l’Isle-aux-Coudres où Pierre Perrault séjournait quand elle était enfant. Elle est aujourd’hui députée de Beauport–Côte-de-Beaupré–l’Ile-d’Orléans–Charlevoix».

Juin 2024

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Plage de prix : 10,00$ à 12,00$

En couverture Œuvre du mois René Richard, Paysage Éditorial Un battement d’ailes de papillon – Robert Laplante Si les voyages d’études universitaires internationaux sont bien connus pour « former la jeunesse », notre dossier révèle l’existence d’un projet emballant de voyage d’études collégial à l’intranational! Développé depuis quelques années au collège Montmorency, le Parcours laurentien, récompensé…

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