Que signifie voyager au Québec dans un cadre académique? Nous ne parlons pas ici d’une simple sortie scolaire, mais d’un voyage d’études de plus grande ampleur. D’un périple de plusieurs jours visant à mieux connaitre le territoire québécois. À mieux comprendre ses écosystèmes, ses régions, leur imbrication dans le nord de l’Amérique, à l’échelle mondiale. À mieux appréhender les multiples cultures qui s’y déploient, la culture québécoise au premier chef, bien sûr, mais aussi ses variations selon la diversité de ses régions, de ses économies, de ses identités, dont celles des Premiers Peuples. Son histoire, humaine autant que naturelle; ses propriétés géologiques, hydrographiques, climatiques; sa faune, sa flore.
Interrogation sur l’éducation et le voyage éducatif au Québec
Les voyages scolaires ne sont pas la première de nos préoccupations lorsqu’on réfléchit à l’enjeu monumental de l’éducation au Québec. Sur cette mission capitale de l’État, tant de dossiers impliqués et d’abord sollicités : les taux d’alphabétisation, l’état des écoles, celui du corps enseignant, l’accessibilité aux études, la qualité des diplômes, la maitrise de la langue écrite, les troubles d’apprentissage, la mixité des classes, le rôle des technologies à l’école, la transmission de la culture, et la vitalité même de cette culture. De nombreux volets devant répondre à des finalités s’incarnant, elles, dans une mission. Face à une telle liste, il n’est pas vain de se préoccuper de la place du voyage. De l’esprit voyageur. Du voyage de l’esprit que proposent la curiosité et le savoir, et donc, au voyage scolaire, l’une de ses déclinaisons, courte pause, souvent salutaire et révélatrice à soi-même, douce alternative aux examens et qui a le potentiel de devenir une marque durable, dans la tête et le cœur de tout apprenant.
En tous lieux et en tout temps, l’éducation a toujours été un voyage, une aventure hors de soi et une voie vers soi. En se penchant sur le voyage d’études au Québec, cet essai s’interroge sur ce lien délicat entre éducation et voyage, sur la référence au Québec comme destination. Plus spécifiquement, il questionne le rôle des voyages éducatifs dans le cursus des jeunes Québécois et Québécoises de toutes origines, autant ceux issus de l’immigration que ceux d’ici depuis plusieurs générations et ceux d’ici issus de leur culture de Premiers Peuples. Il ambitionne aussi de réfléchir sur la place des voyages internationaux, sur la fascination que la destination étrangère exerce sur nous, sur la perception que nous avons de ces voyages que nous considérons comme plus « locaux ». Ajoutons à cette liste exhaustive les rapports entre éducation et transition écologique. Programme ambitieux.
Un programme de toute évidence exigeant, mais qui nous permet de présenter un exemple de voyage qui orientera le sens de notre réflexion. Depuis cinq ans, au collège Montmorency à Laval, le Parcours laurentien propose un voyage le long du fleuve Saint-Laurent et dont les fondements reposent sur ces nombreuses préoccupations. Voyager au Québec, en particulier dans un cadre collégial, implique l’acquisition de références et de savoirs à partir desquels l’étudiant définira son rapport au monde, entreverra sa possibilité citoyenne. En effet, les voyages scolaires sont de puissants stimulateurs de curiosité. Ici ou ailleurs (le Québec pouvant même être pour plusieurs étudiants cet « ailleurs »), ces épisodes initiatiques déterminants favorisent la motivation scolaire, infléchissent une orientation, appellent à la définition de soi et, idéalement, développe le goût de participer à une culture à laquelle l’étudiant et l’étudiante se sent appartenir.
Pourquoi voyager au Québec lorsqu’on est au cégep?
Le niveau collégial marque une étape déterminante dans le cheminement d’un étudiant. Les choix professionnels sont à définir ou se confirment progressivement. Cette période essentielle ouvre à de nouvelles perspectives sur le monde. À cet égard, le palier collégial au Québec est original : il propose une formation commune à des étudiantes et étudiants se destinant aussi bien aux études universitaires qu’à une profession. Ce pacte est inscrit dans l’ADN de ce projet unique élaboré il y a déjà plus de cinquante ans et qui conserve toujours sa pertinence. Il acquiert même, à l’époque de la transition écologique, une dimension supplémentaire.
La formation générale favorise cette rencontre entre étudiants de techniques et des programmes préuniversitaires. Au lieu d’organiser un voyage pour un groupe dont l’ancrage disciplinaire est identique, il y a lieu de proposer une destination pour des étudiants de divers champs d’études et de l’aborder sous différents angles. De faire parler entre eux les mots de leurs savoirs et de créer, pour reprendre les mots du philosophe Hartmut Rosa, de la « résonance1 », motivation pertinente lorsqu’on établit à même le Québec cette destination. Voyager le long du fleuve Saint-Laurent peut ainsi être l’occasion d’étudier le fleuve autant du point de vue des sciences de la nature que des sciences humaines ; autant selon des perspectives esthétiques qu’économiques. Les disciplines de la santé de même que celles liées à l’ingénierie ou à l’agroalimentaire peuvent également trouver leur point d’ancrage dans un tel périple. L’objet d’étude que constitue le fleuve bénéficie alors largement de cette rencontre de différentes disciplines. Le territoire étudié devient littéralement « une salle de classe à ciel ouvert » (et l’expression ne devrait pas être considérée qu’au sens figuré, au contraire). Nous donnons l’exemple du Saint-Laurent, mais l’Abitibi ou le Fjord, les Laurentides ou les Appalaches, les bassins des barrages hydroélectriques de Manicouagan ou de la Jamésie pourraient tout autant être retenus dans le choix de destinations et pour l’élaboration d’itinéraires.
Le niveau collégial est également une occasion formidable à ne pas manquer, car les étudiantes et étudiants sont à une époque charnière de leur vie où ils font des rencontres qui ne sont pas que reliées à leur futur milieu professionnel. Qu’ils soient initiés à une destination québécoise ou à un ailleurs sur la planète, il ne faut pas oublier que les voyages scolaires sont des expériences sociales incomparables. Des amitiés marquantes peuvent s’y nouer. Et il est d’autant plus important de favoriser ces échanges avec des gens différents de soi, impliqués dans d’autres projets d’étude, ne serait-ce que pour être éveillé à la différence, à l’altérité.
Enfin, un voyage scolaire « de proximité » peut répondre à un certain sentiment d’écoanxiété. En effet, quoi de mieux pour envisager l’avenir de la planète avec l’amplification de bouleversements climatiques et de phénomènes météorologiques inquiétants que de favoriser une connaissance plus fine des écosystèmes que nous habitons. Notre posture de consommateur dans le marché international fait trop souvent main basse sur les environnements qui sont là, tout autour de nous.
Découvrir les réseaux hydrographiques, qui nous garantissent eau et électricité, les sols qui produisent nos aliments, nos forêts et nos milieux humides, réfléchir à la manière dont nous développons et étalons nos villes favorise à la fois l’acquisition de connaissances sur nos milieux de vie et stimule l’esprit critique qu’il nous faut pour agir au niveau planétaire et ainsi faire œuvre utile. Bref, plusieurs raisons justifient de proposer aux étudiants collégiaux de tel type de voyage où les enjeux environnementaux, sociaux, interculturels et interdisciplinaires se trouvent réunis à la même enseigne.
L’exemple du Parcours laurentien
Le Parcours laurentien est un voyage exploratoire le long du fleuve Saint-Laurent. D’une durée de six jours, il initie les étudiants au fleuve, mais plus largement au territoire québécois, aux écosystèmes qui composent le Saint-Laurent, à des milieux de vie tant riverains que ruraux et urbains. Rattachés à un cours de la formation générale, Littérature québécoise, les haltes et lieux visités lors du parcours sont établis en fonction de grandes œuvres de la littérature québécoise, mais aussi de différents enjeux (étalement urbain, vitalité culturelle, navigation et transport, protection de la biodiversité, souveraineté alimentaire, enjeux relatifs à l’eau). Grâce à cet accès premier par les livres, le fleuve s’offre aux étudiants comme un vaste objet d’étude et devient, comme nous l’évoquions, une grande salle de classe à ciel ouvert.
Pendant la session, les œuvres, classiques ou contemporaines, deviennent donc des portes d’entrée pour de vrais lieux. Elles dévoilent les écosystèmes du Saint-Laurent. L’acte d’ouvrir un livre, de découvrir un récit ou un poème, se double de sensations, d’un contact direct avec une nature et une société qui ne sont pas que théoriques et numériques. La leçon est élémentaire et l’immersion, significative.
Parcourir le Saint-Laurent de cette façon fait prendre conscience d’un fleuve qui n’est pas que beaux couchers de soleil et paysages magnifiques. Aborder le fleuve comme objet d’étude permet aux étudiants d’acquérir des repères culturels, historiques, scientifiques, sociaux et économiques significatifs. Ils apprennent aussi à découvrir plusieurs régions du Québec qui leur sont souvent méconnues et sur lesquelles ils ont, avouent certains, peu de repères. À l’ère des plateformes numériques, la culture se trouvant délocalisée et internationalisée, dans le sens néo-libéral du terme.
Longer le fleuve, ses villes, ses parcs, ses rives et ses villages leur permet de réfléchir aux populations qui ont évolué sur ses bords. De prendre connaissance d’enjeux tant locaux qu’internationaux. Le trafic fluvial leur ouvre les yeux sur le commerce international et sur un certain visage de la mondialisation. Le voyage contribue aussi à leur découverte des patrimoines matériels, immatériels et naturels du Québec. D’acquérir quelques notions sur la biodiversité marine, florale, animalière, forestière. De s’initier aux enjeux – capitaux – sur l’or bleu, l’eau, dont le Québec est particulièrement choyé : 20 % des réserves d’eau douce de la planète se versent dans les bassins versants du Saint-Laurent2.
Le fleuve et la formation générale
Par sa nature généraliste, le Parcours laurentien implique toutes les disciplines. En effet, il est possible d’aborder le fleuve du point de vue du tourisme et d’instruire les étudiants sur cette importante industrie. Mais on peut également aborder le fleuve par le biais de l’économie, du transport fluvial (qui assure l’approvisionnement de plus de 80 % des denrées en circulation sur le territoire), de l’industrie des pêcheries et même du point de vue militaire. En parcourant les villages riverains, les étudiants en génie civil, en architecture ou en évaluation du bâtiment peuvent en apprendre davantage sur le patrimoine québécois, un village de la Basse-Mauricie comme Yamachiche pouvant leur faire découvrir les inspirations victoriennes et néoclassiques de plusieurs demeures datant du 19e siècle. Il va de soi que les sciences de la nature, humaines et de la santé peuvent aisément trouver des points d’ancrage dans l’étude du fleuve, ne serait-ce qu’en prenant conscience de l’état de contamination de certaines zones susceptibles d’affecter la santé des organismes vivants et, par extension, des populations humaines en dépendant. Bref, un tel voyage donne toute son ampleur à l’idée même d’une « culture générale », si difficile à interpréter et si capitale pour le destin démocratique de nos institutions.
Faut-il le rappeler : la culture générale est en elle-même un défi constant à interpréter et à réinterpréter. Elle peut prêter flanc à des remises en question cycliques dans nos débats publics, mais elle trouve toujours lieu d’être réactualisée. Aussi, la formation générale au niveau collégial, qui ambitionne de porter cette culture, doit s’enquérir aujourd’hui des enjeux environnementaux. Une culture commune exige des « raisons communes », dirait Fernand Dumont. Et avant d’être de l’ordre de discours, ces repères sont d’abord des lieux communs (à prendre au pied de la lettre), la crise climatique nous le rappelant parfois brutalement.
Pourquoi voyager au Québec lorsqu’on est étudiant ? Et d’ailleurs, comment apprend-on à le regarder, ce Québec d’aujourd’hui ? Le géographe Serge Courville, spécialiste de la géographie historique, parle du Saint-Laurent comme d’un « témoin de civilisation3 ». Tout comme son collègue Louis-Edmond Hamelin avant lui, il lui reconnait une fonction définitoire. Dans une conférence sur le sujet, Courville expose trois axes nous permettant de comprendre l’apport du fleuve dans les cultures québécoise, canadienne et des Premiers Peuples. Axe prétexte à l’exploration et au commerce, axe de vie et d’établissement, Courville postule également l’existence d’un axe symbolique. C’est ce troisième axe qui nous permet de réfléchir autrement à « l’international » et sa composante « intranationale » que nous cherchons à définir ici, les enjeux de l’environnement nous obligeant aujourd’hui à réarticuler les liens entre le local et le « global ».
Cette pédagogie du territoire que véhicule le Parcours laurentien peut aussi ouvrir une réflexion de fond sur la perspective écocentriste à développer pour faire face aux changements climatiques. De plus en plus étudiée et valorisée par un important mouvement planétaire de reconnaissance des droits de la Nature, cette perspective s’incarne notamment dans les travaux que mène depuis plusieurs années l’Observatoire international des droits de la nature4 pour assurer au fleuve Saint-Laurent la reconnaissance de sa personnalité juridique, comme a pu en obtenir une la rivière Magpie sur la Côte-Nord en 2021.
Bref, le Parcours laurentien donne matière à réflexion sur ce qu’est la culture générale et à poser autrement l’enjeu de la culture publique commune, en l’orientant en fonction de l’environnement. Et le message n’est pas nouveau. Il y a déjà près de cent ans, Marie-Victorin promouvait une meilleure connaissance de nos écosystèmes et un maillage fécond entre la culture littéraire et la culture scientifique : « Une culture de l’esprit qui reste exclusivement littéraire, tout aussi bien qu’une culture exclusivement scientifique, ne peut décemment s’appeler une culture générale5. »
Les fondements littéraires du Parcours laurentien
Ce projet a été pensé à partir d’un cours de littérature québécoise au niveau collégial. Il allait de soi que la littérature soit la discipline de base pour l’élaboration d’un tel projet d’étude incarné par ce voyage. Pourquoi ? Parce qu’elle jouit d’une liberté disciplinaire. La littérature est en effet une discipline du langage et, par conséquent, favorise une rencontre des différents langages qui structurent les savoirs humains. Elle ouvre un dialogue. Décloisonne.
Mon intérêt pour les questions relatives au territoire et l’accroissement des préoccupations occasionnées par les changements climatiques et environnementaux m’ont amené à me questionner sur la place du Saint-Laurent dans la littérature québécoise. Je demeure encore étonné par la présence remarquable qu’il y occupe. Après plusieurs recherches, je constate que pour un fleuve monumental comme le Saint-Laurent se déploie un corpus littéraire tout aussi monumental.
L’essayiste Vincent Lambert a mené une étude sur la place du fleuve dans la littérature québécoise, de la fin du 19e siècle à nos jours. Même s’il reconnait une présence impressionnante dans les corpus, il fait le constat d’un certain irréalisme dans la représentation du grand fleuve et d’une tendance croissante à en faire le lieu des projections de la subjectivité des auteurs et autrices qui l’ont croisé sur leur chemin6. Avec l’écrivaine Isabelle Miron, Lambert a aussi dirigé un collectif dédié au fleuve en 2017 intitulé J’écris fleuve, regroupant des essais de nombreux écrivains et écrivaines québécoises. De plus, une récente exposition intitulée Vues du fleuve et organisée à la BANQ par Manon Barbeau et sa fille, l’écrivaine Anaïs Barbeau-Lavalette, a jumelé trente-six estampes à des œuvres littéraires ouvrant un corpus assez riche qui place le fleuve en son centre. Mais c’est surtout à travers l’œuvre de Pierre Perrault que l’ampleur de la réflexion sur le fleuve m’a saisi, comme pour tant d’autres. Et le Parcours laurentien, à sa façon, se présente et se réclame comme une interprétation pédagogique de cette œuvre magistrale : « C’est sur les bords du Saint-Laurent, invite-t-il dans son recueil Toutes isles, une grande réserve de paysages et de découvrances où nous allons ancrer nos barques et notre connaissance. » Aux constats d’irréalité et d’incommensurabilité, identifiés par Vincent Lambert, existerait-il une épopée du savoir, tapie dans notre littérature et inaugurée par l’étonnement philosophique de Pierre Perrault ?
Pour peu que l’on fouille la littérature québécoise, on découvre un nombre impressionnant d’œuvres qui abordent de près ou de loin le Saint-Laurent. Le fleuve s’y trouve, pas toujours au cœur d’une œuvre, mais bien souvent comme un élément du décor (Kamouraska d’Anne Hébert, Né à Québec d’Alain Grandbois, Le Survenant de Germaine Guèvremont). Il est un objet inspirateur, une puissante métaphore ou allégorie de l’existence d’un pays (Ode au Saint-Laurent de Gatien Lapointe). Parfois, le fleuve offre une personnification récurrente (Le fou de l’île de Félix Leclerc). Il se trouve au cœur des descriptions de nombreux récits de voyage des explorateurs (Cartier, Champlain et autres explorateurs et missionnaires de la Nouvelle-France), mais aussi dans des poèmes patriotiques (Patrie intime de Nérée Beauchemin, La légende d’un peuple de Louis Fréchette), dans des romans de la Révolution tranquille (L’avalée des avalés de Réjean Ducharme, Le Saint-Élias de Jacques Ferron, Pleure pas, Germaine de Claude Jasmin, Les grandes marées de Jacques Poulin).
Plus près de nous, on trouve le Saint-Laurent dans une série d’œuvres contemporaines, autant dans des récits historiques (Pas même le bruit du fleuve d’Hélène Dorion) que des romans iconoclastes et fables contemporaines (Tout est ori de Serge Paul Forest, Le lièvre d’Amérique de Mireille Gagné). Il est à la base de récits à saveur autobiographique (Les falaises de Virginie DeChamplain, Fleuve de Sylvie Drapeau) et dans des chroniques et des récits de voyage (Saint-Laurent mon amour de Monique Durand). La référence au fleuve se trouve aussi abordée comme figure symbolique dans la littérature des Premiers Peuples (A’yaraskwa’ et Je suis île de Jean Sioui, Nauetakuan de Natasha Kanapé Fontaine). Dans Le peuple rieur, Serge Bouchard nous le donne à voir à travers les yeux des Innus. On retrouve même le fleuve et son golfe à la source d’intrigues policières et de polars (Sans terre de Marie-Ève Sévigny, Nous étions le sel de la mer et La mariée de corail de Roxanne Bouchard). Enfin, les écritures migrantes ont leurs notes sur cette gamme : Et moi je suis une île d’Anthony Phelps, Abla Farhoud dans son récent Havre Saint-Pierre. À défaut d’une épopée fondatrice, on peut postuler l’existence d’une forte et florissante tradition littéraire où le fleuve fait figure de référent fort, de lieu commun (dans les deux sens du terme). Si l’histoire québécoise fournit son lot d’exemples de ruptures avec le passé, force est de constater qu’elle assure néanmoins une continuité à ce chapitre.
La littérature jouit donc d’une liberté disciplinaire. Et en tant que discipline généraliste, elle joue un rôle de synthèse : elle rassemble et offre une propédeutique pour s’initier à d’autres savoirs. N’est-il pas remarquable de constater à quel point Germaine Guèvremont, dans Le survenant, dispose de connaissances sur les inondations et la topographie des îles de Sorel, sur la faune ailée et les espèces de sauvagines qu’on retrouve dans ce secteur désormais protégé par l’UNESCO depuis 2000. N’est-il pas intéressant de reconnaitre dans Les fous de Bassan d’Anne Hébert une connaissance des comportements de cet oiseau emblématique qui vit sur les côtes de la Gaspésie ? La littérature, qui détient ce rôle de former l’esprit, peut enseigner le fleuve dans la mesure où on lui reconnait cet aspect holistique, synthétique, syncrétique. Elle offre la possibilité de faire se rencontrer les autres disciplines de l’esprit. On retrouve plusieurs éléments d’ornithologie, d’hydrologie et de géologie dans les Nouvelles histoires du Nouveau Monde de Pierre Morency, dont le magistral La vie entière.
La littérature est la discipline tout indiquée pour porter un projet de voyage intranational comme le Parcours laurentien. Il allait donc de soi qu’elle ouvre le dialogue avec la géographie, la biologie, l’océanographie, la géologie, la botanique. Peut-on parler d’une grande aventure, au sens épistémologique ? Étant donné la grandeur du territoire – et du dépaysement qu’il implique – notre littérature n’invite-t-elle pas à un type d’épopée, scientifique et esthétique ? Il vaut la peine de postuler que ses origines mêmes, caractérisées par la découverte et l’observation, portent le ferment d’une éducation au territoire et à l’environnement. Pour saisir l’ampleur de ce corpus à découvrir, nous joignons à cet essai un inventaire provisoire des titres d’œuvres rattachées au fleuve. Liste qui fait fi des œuvres musicales (André Gagnon, André Mathieu, Flore Laurentienne) ou artistiques (Jean-Paul Riopelle, René Derouin) influencées à leur tour par le fleuve et qui illustrent, à n’en point douter, l’existence d’une tradition.
La géolocalisation des œuvres
Autre aspect à aborder concernant l’apport significatif de la littérature, ce que j’appelle « la géolocalisation des œuvres ». L’expression a de quoi faire sourciller. Il ne s’agit pas d’identifier l’endroit où l’auteur a écrit, ni seulement d’indiquer le lieu où s’inscrit l’histoire. Il s’agit plutôt de situer une œuvre en fonction de critères géographiques, territoriaux, environnementaux, c’est-à-dire de cibler les connaissances et les références qui alimentent une œuvre littéraire, et d’établir des liens avec les lieux concernés le long du parcours et de l’itinéraire proposé aux étudiants.
La lecture attentive et littéraire nous conduit souvent à considérer le sens propre d’une référence pour ensuite l’analyser et la traiter selon son sens second, figuré et métaphorique. La dialectique entre ces sens propres et figurés permet ensuite de mieux saisir les lieux réels, concernés par l’œuvre. Par exemple, même s’il ne nomme pas directement l’Île d’Orléans dans son roman Le fou de l’île, Félix Leclerc manifeste dans sa fable existentialiste plusieurs connaissances géologiques, topographiques et environnementales de l’île réelle. À cette île que le fou veut empêcher de partir à la dérive, on peut reconnaitre un statut allégorique qui permet de se pencher plus spécifiquement sur l’île d’Orléans en tant que telle. Le vent, les marées, le courant, le ciel, le soleil ; considérer ces éléments sur le plan figuré ne nous empêche aucunement de les aborder d’un point de vue scientifique. Qu’est-ce que le vent ? Comment fonctionne la marée ? La splendeur de la métaphore de cette dernière, illustration de nos propres oscillations affectives et mouvements sentimentaux, gagne en profondeur lorsqu’on se penche sur son mécanisme naturel. Comprendre les types de vents que l’on retrouve sur le Saint-Laurent nous aide à prendre conscience de son importance pour la navigation. Et le vent demeure tout de même pour nous ce grand symbole universel du changement.
Une pièce comme J’aime Hydro de Christine Beaulieu, même si elle ne mentionne pas directement le Saint-Laurent, offre plusieurs occasions de se questionner sur le sort des rivières – ses affluents – dans l’industrie hydroélectrique. Lire la pièce permet aux étudiants de s’interroger sur les chantiers d’Hydro-Québec, sur le sens de cette institution pour le Québec, sur les politiques énergétiques et sur le rapport au territoire comme ressource.
Ce n’est pas qu’un amusement de « géolocaliser des œuvres ». Il ne s’agit pas d’identifier le lieu de naissance d’un auteur ni de constater à quel point un élément du territoire a fourni une matière ou un cadre à une histoire ou un poème. Il s’agit de dégager les connaissances que l’on trouve à la base de telle ou telle construction poétique ou narrative. Il ressort de cet exercice une compréhension beaucoup plus fine de ce qu’est une métaphore. Loin de n’être qu’une seule belle et originale tournure de phrase, elle nous apparait alors comme la synthèse d’un savoir. Le philosophe des sciences Gaston Bachelard reconnaissait à l’imagination poétique une fonction déterminante dans l’élaboration de l’esprit scientifique7. De cette manière, nous pouvons dégager d’une œuvre littéraire la part de savoirs et de connaissances qu’elle recèle, l’exercice de notre sens esthétique ne s’en trouve que plus stimulé. « J’ai vu une fleur sauvage. Quand j’ai su son nom, je l’ai trouvé plus belle », comme l’exprime le haïku japonais cité par Hubert Reeves au détour d’une discussion avec Gaston Miron8. On interprète souvent une œuvre à partir de questionnements sur l’identité et la condition humaine. Pourquoi ne pas le faire en fonction de la localité ?
Des multiples façons de penser et de vivre l’international
Qu’est-ce qu’un projet comme le Parcours laurentien peut bien avoir d’« international » dans sa proposition ? Dans une économie mondialisée comme la nôtre, le terme « international » est suffisamment général pour englober plusieurs types de réalités économiques, politiques et environnementales. Puisqu’il ouvre sur des destinations étrangères, le qualificatif « international » suscite un intérêt indéniable. Mais qu’entend-on au juste par « international » ? Un espace de rencontre « entre nations » ou « multi-national » ? Un territoire aux frontières fluctuantes sur lequel s’érige le marché mondial ? La possibilité de déplacements au-delà des frontières nationales et nous confrontant à l’altérité ? En éducation, l’offre de voyage à l’étranger est valorisée sur ces bases et prend différentes formes selon la nature du projet pédagogique mis sur pied : visite des grandes métropoles, stages, séjours immersifs, échanges étudiants, initiation à la coopération internationale.
En eux-mêmes, ces voyages sont pertinents dans un parcours académique. Ils génèrent leur lot d’expériences, ne serait-ce qu’en permettant d’acquérir ou de pratiquer une autre langue. Ces voyages ouvrent les horizons, font voir des usages et des modes de fonctionnement différents de ce qui est connu dans l’univers familier d’une étudiante, d’un étudiant. Ils forcent l’adaptation et la débrouillardise, stimulent l’autonomie. Dépaysent. Ce sont des expériences immersives intenses en raison de l’expérience de groupe vécue. On parlera aussi d’internationalisation de l’éducation pour qualifier ces partenariats féconds entre collèges et universités. Comme l’expose un document du CICan (Collèges et Instituts du Canada), les séjours à l’international favorisent le développement de valeurs d’adaptabilité, de résolution de problèmes, de résilience et de compétences interculturelles9. Il va donc de soi que les séjours à l’international peuvent marquer un tournant majeur dans un parcours académique, un choix professionnel, une démarche personnelle.
Au-delà du fondement pédagogique, ces offres sont également une opportunité pour les institutions de se distinguer en termes d’activités et d’attraction des étudiants. Bien entendu, le voyage scolaire ne saurait se réduire au tourisme de masse, mais il peut présenter certaines similitudes. Une telle compétition d’offres existe bel et bien dans les institutions. Considérée dans son ensemble, et mis à part les programmes de bourses existants, cette offre ne peut toutefois pas répondre aux moyens financiers de tous les étudiants qui, très souvent, ne disposent pas des fonds nécessaires pour bénéficier de tels périples.
Si l’international et l’internationalisation sont si valorisés dans nos institutions, il faut comprendre qu’il ne s’agit pas d’une réalité objective, neutre et se justifiant par elle-même, mais d’une valeur relative à différents facteurs : les moyens de transport, le niveau de vie, la nature de nos économies. La valorisation de l’international vient aussi avec un imaginaire, une conception du « citoyen du monde » et de l’exotisme. Dans son essai La vraie vie est ici, l’essayiste Rodolphe Christin fait bien voir les multiples visages que peut prendre cet appétit pour l’exotisme. Constatant les dérives du tourisme de masse, il tâche de redéfinir notre idée du voyage en la recentrant sur l’expérience initiatique qu’il représente, sans d’égard aux lieux visités. Tâche ardue s’il en est que de départager l’idée même de voyage de l’industrie du tourisme qui la promeut, l’une des plus lucratives au monde.
Que peut bien alors signifier un voyage éducatif au Québec ? Est-il moins propre à l’acquisition de divers savoirs et compétences ? Est-il forcément en contradiction avec les voyages à l’international puisqu’on le suppose « ici » ? Considérant la grandeur du Québec et ses nombreuses destinations possibles, il ne nous semble pas moins propice aux apprentissages et à l’acquisition de compétences. Au contraire, pour beaucoup d’étudiantes et étudiants québécois, un tel voyage peut être dépaysant, voire exotique, les ouvrir à un « ailleurs » qui concerne la société dans laquelle la grande majorité d’entre eux se destineront à participer à titre de contribuables, de consommateurs et de citoyens. Des voyages et séjours en territoire québécois peuvent-ils favoriser l’adaptabilité, la résolution de problèmes, le développement de compétences interculturelles, ne serait-ce que par l’apprentissage de rudiments des langues autochtones ? Peut-on penser à une coopération à l’intérieur même des frontières du Québec ?
Pour bien répondre à ces questions, il faut reconnaitre que le Québec est grand. Voilà d’ailleurs l’un de ses grands défis : gérer et aménager cette immensité. Il faut traverser plus de 1600 kilomètres à partir de Ville-Marie au Témiscamingue pour se rendre à Gaspé. 1500 kilomètres séparent Paris de Budapest. Bien sûr, m’objectera-t-on, tant de pays et de peuples aux cultures différentes sur notre chemin. Tant de mentalités diverses rencontrées sur notre route par-delà les Alpes. Un patrimoine et une histoire européenne incomparables. Mais un parcours québécois n’est pas pour autant homogène ni exempt de diversité. Si la langue, le fonds culturel et les institutions se ressemblent, les réalités sociales, les besoins institutionnels, les milieux naturels, les secteurs agricoles, économiques et culturels, diffèrent, et méritent amplement la découverte. Un tel périple peut représenter pour un étudiant un élan aussi valable vers la différence et répondre du même coup à une meilleure connaissance de sa société. Il peut provoquer un dépaysement significatif pour des étudiants québécois issus de récentes immigrations. Nous pourrions en dire autant pour d’autres étudiants, toutes origines confondues. Il ne va pas de soi qu’un étudiant lanaudois soit au fait des réalités de la Gaspésie ni qu’un jeune Montréalais comprenne bien l’expérience abitibienne. Peu de Québécois du sud connaissent les paysages et les réalités du Nunavik.
L’international à rebours
Les voyages au Québec ont le potentiel d’offrir un autre type d’élan vers l’international. En ce sens, ils sont complémentaires et non contradictoires aux voyages internationaux. La découverte de l’écosystème du lac Saint-Pierre ou de l’aire protégée Saguenay–Saint-Laurent est une manière de s’initier à la biodiversité et de comprendre la portée de ces nouvelles ententes internationales comme celle signée dans le cadre mondial Montréal-Kunming en décembre 2022 et qui enjoint les États et les nations à franchir un pas supplémentaire dans la protection de leur biodiversité.
De plus, il ne faut pas sous-estimer que le voyage international s’inscrit dans une industrie profitant davantage aux grandes métropoles et à l’entreprise privée. Le tourisme de masse s’est imposé depuis la fin du XXe siècle et représente, selon l’Organisation ONU Tourisme, « un volume d’activité […] équivalent, voire supérieur, à celui des exportations de pétrole, de l’industrie alimentaire ou de l’automobile. » L’expansion qu’ont prise la libéralisation et la mondialisation des marchés au cours des trente dernières années a profondément transformé notre imaginaire du voyage et de la destination, influençant à son tour notre manière de penser la mobilité. Dans le contexte actuel, si nous nous questionnons sur la portée des voyages à l’international en éducation, c’est pour plusieurs raisons. D’abord, ils ne sont pas accessibles à tous et ne s’inscrivent pas dans un projet pédagogique de plus ample portée. Ensuite, les pays riches et industriellement favorisés peuvent se les permettre. Enfin, ils ont une empreinte écologique et un coût environnemental à ne plus négliger.
Est-ce possible de penser la mobilité à un autre niveau ? À ce niveau, pourrions-nous dire, intranational ? Est-ce que nos façons de voyager, et de faire voyager nos étudiants et étudiantes, peuvent être interrogées en regard de l’actuel contexte de la mondialisation ? Posons la question autrement : est-ce que la fascination pour l’exotisme de l’international nous empêche d’envisager le caractère également exotique de nos propres territoires ? Ceux-ci ont besoin d’être connus et compris au-delà d’un « chez nous » que l’on tient pour acquis, mais bien comme des lieux de découvertes, d’études, d’apprentissages. De curiosité.
Ne vaut-il pas la peine de réfléchir au type de voyage à offrir aux étudiantes et aux étudiants québécois ? Est-ce que voyager au Québec ou dans le reste Canada, en Acadie par exemple, est un voyage par défaut ? Quels seraient les avantages de tels voyages ? Est-ce que la découverte de l’Abitibi et de ses mines ne pourrait pas être un moyen en or d’en apprendre davantage sur l’industrie minière mondiale et son impact sur les technologies qui régissent nos vies ? Il y a tout lieu de faire cet examen et de réfléchir au bien-fondé d’une destination intra-Québec, devant être pour nous objet de curiosité et d’éducation.
Tout compte fait, il n’est pas évident de remettre en question l’international en tant que valeur à un moment de notre histoire où le monde entier nous semble – faussement – accessible au bout de nos doigts. Reconnaissons qu’il est stimulant de se confronter à des cultures autres que la sienne. En revanche, il existe une équation trop simpliste consistant à ne pas reconnaitre l’inconnu dans un voyage à l’intérieur des frontières du Québec, forcément associé à un « chez nous », mais qui demeure trop souvent méconnu. N’est-ce pas le type de voyage et de pédagogie, de regard original qui correspondrait aux appels que lançait Serge Bouchard à travers son œuvre où il parle d’épinettes noires et de mélèzes plutôt que d’érables, où il décrit les routes du nord qui nous mènent à Chibougamau et à Eeyou Istchee, ou à Mingan ? Les frontières de l’exotisme ne correspondent pas toujours aux frontières internationales. Car au fond, qu’est-ce qui est exotique ? Qu’est-ce qui est régional ?
L’histoire littéraire québécoise est à même de nous fournir un exemple de ce questionnement. Dans le premier tiers du XXe siècle, un conflit idéologique et littéraire opposait des écrivains dits exotiques et d’autres qualifiés de régionalistes. Dans la critique, le régionalisme a souvent été associé à une vision plus conservatrice ; à une littérature valorisant l’appartenance à un terroir. Sur le plan épistémologique, cette querelle entre exotiques et régionalistes soulève cependant une complexité dans sa manière non pas d’opposer le voyage et l’exotisme à la sédentarité de l’habitant, mais de confronter deux manières originales d’appréhender le monde autour de nous. Nulle part, il me semble, ce conflit n’a été mieux résolu que dans un exposé de Gaston Miron10 où le poète s’esclaffe devant son auditoire en évoquant que certains de ses lecteurs s’étonnent encore de l’exotisme de son vocabulaire alors que, affirme-t-il avec emphase, les mots qu’il emploie (épilobe, claytonies, geais bleus et jaseurs des cèdres, et tout le vocabulaire de la faune et du territoire) les concernent directement. Comme il le dit si bien, ses mots nomment « leurs fleurs, leurs arbres, les poissons de leurs eaux, les oiseaux de leur ciel », alors qu’eux semblent connaitre si peu ces espèces de la végétation et de la faune, au point d’être incapables de les re-connaitre. L’extérieur n’est pas toujours là où on le croit. Aux voyages proposés par Rodolphe Christin et Gaston Miron, ajoutons cette phrase lumineuse de Marcel Proust : « Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. » C’est précisément dans cette optique qu’il est opportun d’envisager des voyages à même le territoire québécois.
Du « citoyen du monde » au « cosmopolitisme enraciné »
Pour quiconque a voyagé à l’international avec en soi le goût de la découverte, il y a une réalité tangible à se dire « citoyen du monde ». Les rencontres, les sensations, les bruits, les odeurs, les paysages nouveaux, l’effet d’étrangeté, tout nous bouscule, ébranle nos certitudes. La distance provoque cette perte de repères plus stimulante que perturbante. Et l’expression « citoyen du monde », belle et noble, demeure, à bien y penser, quelque peu abstraite, vaporeuse, problématique. Problématique, parce qu’elle tend à détacher l’individu de l’environnement et de la culture qui lui a assuré son développement et alors, le « citoyen » l’est de partout, comme de nulle part. Pourtant, l’idéalisme que sous-entend le concept trouve son origine dans une riche tradition humaniste, celle d’une humanité que nous avons en partage. Mais les tensions géopolitiques contemporaines, et sans doute une certaine dose de cynisme, mettent à mal l’idée d’une cité libre et sans frontière. Dans son essai Géographie du pays proche, l’écrivain Pierre Nepveu suggère une nuance avec l’expression plus sophistiquée de « cosmopolitisme enraciné ».
Nepveu propose de ne pas opposer systématiquement la préoccupation pour l’ici à l’ouverture pour l’ailleurs. Dès les premières lignes de son essai, il conçoit avoir une « dette » à l’égard du Québec et sa tâche ne consiste pas tant à s’en acquitter, mais à l’honorer. Valorisant le principe de la diversité dans le processus de la création littéraire et artistique, il explique la part que les influences étrangères ont jouée jusque dans notre conception de l’identité québécoise. C’est ainsi qu’il évoque à quel point les écrivains de la Révolution tranquille se réclament de diverses sources extérieures au Québec. Comment, par exemple, Michel Tremblay intègre le chœur grec dans son théâtre en joual. Comment Victor-Lévy Beaulieu entame un dialogue avec de grandes figures de la littérature, notamment dans ses essais sur Melville et Joyce. Comment Anne Hébert s’inspire d’une petite communauté protestante pour camper l’intrigue de son récit Les fous de Bassan. Ce rapprochement qu’il décèle entre l’ici et l’ailleurs l’amène à définir ce qu’il nomme une « éthique de la proximité ».
Il faut aussi comprendre que la valorisation de cette diversité chez Pierre Nepveu est une réponse à ce qu’il considère comme un désarroi de la pensée nationaliste contemporaine qui voit l’effritement de la majorité au détriment des revendications des minorités culturelles. Son approche vise ainsi à contrer ce qu’il interprète comme un repli identitaire et à reconnaitre l’apport transformateur de la diversité, l’une des bases de l’identité québécoise contemporaine. C’est dans cette optique qu’il propose l’expression « cosmopolitisme enraciné », une manière de concilier son attachement au Québec et à la nation, tout en se montrant soucieux et curieux de la diversité culturelle.
L’idée est intéressante. Mais incomplète. En fait, « cosmopolite » est un terme descriptif qui ne peut équivaloir à cet enracinement nécessaire de la vie citoyenne dans la culture. Un ancrage véritable ne saurait se restreindre à la seule identification de la diversité des cultures. Encore faut-il que l’enracinement en question soit favorisé par une expérience commune, une expérience de fond, qui recoupe autant l’exigence de communiquer dans une langue commune que celle, très concrète, de connaitre le territoire qui nous lie. Faut-il le rappeler : une culture doit se construire à la fois comme reconnaissance d’une mémoire à préserver et à commémorer, mais aussi comme possibilité bien concrète de se projeter dans l’avenir, de participer à un projet collectif, vécu sur le mode du partage. Voilà un postulat qui invite à penser et à interpréter la diversité selon d’autres modes, d’autres horizons. Il ne s’agit donc pas d’évacuer le souci de la diversité, mais bien de le porter plus loin, en fonction d’une rencontre significative, du partage et de l’apport de tous et de toutes dans un projet commun.
Il ne faut pas non plus sous-estimer que si cosmopolitisme il y a, celui-ci se révèle dans notre rapport à l’international, davantage établi à travers les grandes métropoles du monde. Ce sont en effet les grands centres urbains, cœurs économiques de la mondialisation, qui sont souvent perçus comme le lieu de toutes les rencontres ; que ce sont les grandes villes qui favoriseraient les échanges et les influences culturelles. Après tout, une grande part de l’immigration s’y retrouve. Il s’agit là d’une condition qui affecte forcément notre manière de penser la diversité culturelle et de la décrire.
Par ailleurs, Nepveu – et c’est sous cet angle qu’il vaut la peine de l’aborder – s’intéresse aux lieux et à la géographie comme révélateurs de notre condition. Dans l’essai « Territoires », il explore la possibilité de penser le Québec en termes d’espaces et moins selon une perspective historique. Une telle approche aurait à son avis plusieurs avantages. Il voit bien, par exemple, que la conscience environnementale contemporaine infléchit notre rapport au territoire et met de l’avant des enjeux qui se taillent une place de plus en plus grande dans nos débats publics : « l’aménagement et l’urbanisme, l’écologie, l’agriculture et l’exploitation des forêts, le voyage (notamment le vélotourisme), le rapport ville/campagne et le poids politique des régions, les revendications territoriales des autochtones, l’économie et les ressources […]11 »
Cette réorientation en fonction d’une conscience spatiale plus qu’historique nous invite donc à aller plus loin que la seule diversité culturelle et à considérer une autre forme de pluralisme portant, lui, sur les lieux, les territoires, les régions. Incidemment, est-il envisageable de reconnaitre que l’idéologie néolibérale, qui a surtout profité aux grands centres urbains, a fait main basse sur la diversité de nos territoires, à concevoir autrement que comme des périphéries et des « régions éloignées » ? Est-il possible que la prolifération des nouvelles technologies de communication ait pu altérer nos manières d’entrer en contact avec nos territoires et nos écosystèmes ? Qu’elles aient transformé notre façon de les traverser, de les apprécier, d’y voyager ? Peut-on reconnaitre qu’une conscience intégrée du territoire, dans la culture générale, se soit délitée au fils des décennies ?
Ainsi appliquée aux lieux et au territoire québécois, l’éthique de la proximité m’apparait un point de départ significatif lorsqu’on se propose de combiner la compréhension des écosystèmes et la lecture des œuvres de la littérature québécoise qui y trouvent certains de leurs plus riches fondements. En effet, c’est en ayant une meilleure connaissance du territoire habité que l’on entre mieux en contact avec l’autre, que ce soit ici ou ailleurs sur la planète.
Si Anne Hébert, dans Les fous de Bassan, campe son intrigue dans une communauté protestante isolée, elle déploie du même coup une analogie formidable entre ses personnages et la biologie de cet oiseau emblématique du golfe. Si Germaine Guèvremont dépeint la communauté du Chenal du moine, elle témoigne avec finesse des cycles migratoires de la sauvagine et des périodes de crues inévitables du lac Saint-Pierre. Et que dire des multiples caractéristiques de l’estuaire qui se trouvent cryptées dans les œuvres de Félix Leclerc, de Pierre Perrault ?
C’est sur la base de ce bémol exprimé par Nepveu au sujet du concept de « citoyen du monde » que je me permets ici de réfléchir à la combinaison possible – et souhaitable – entre une connaissance plus forte et enracinée du territoire québécois, et une ouverture au monde ; d’envisager un lien renouvelé entre le local et le global. Quel meilleur moyen pour préparer la jeunesse québécoise aux enjeux de la planète qu’en lui faisant découvrir son propre territoire ? Qu’en lui faisant voir cette diversité ?
Un projet de voyage éducatif québécois pour l’ère de la transition écologique
La conscience environnementale émergente défend l’idée que la planète a des limites. La mondialisation ne peut plus être pensée selon une logique d’extension illimitée du marché, car le commerce international se heurte désormais à une externalité incontournable : l’environnement. Plusieurs intervenants le rappellent sur de nombreuses tribunes : notre rapport au monde doit être moins consumériste, moins extractiviste. Un état de fait qui renvoie les États et les nations à eux-mêmes, les obligeant à considérer plus rigoureusement les écosystèmes sur lesquels reposent leurs économies. Ce nouveau rapport au monde nous force à recadrer notre idée de ce qui est international et à mieux comprendre nos écosystèmes. Ce nouveau paradigme est à même de transformer nos institutions et, incidemment, d’affecter nos vues sur le tourisme, sur nos déplacements, sur l’éducation, sur le voyage.
De récents évènements politiques pavent la voie à cette conscience à développer. Les nouvelles institutions de surveillance du climat et des phénomènes météorologiques enjoignent les milieux de l’éducation à s’adapter. La sensibilisation et le militantisme ne suffisent pas à édifier cette relation nouvelle à la planète Terre. Certaines politiques, tant sur les plans nationaux qu’internationaux, justifient des projets de voyage éducatif favorisant une meilleure connaissance des territoires que nous habitons. Dans le but de les protéger dans l’avenir, d’en assurer leur préservation. La transition écologique nous force à réfléchir non seulement en termes de développement technologique, mais également en termes épistémologiques et éducationnels.
Les rapports du GIEC de même que les appels retentissants du secrétaire des Nations Unies remettent en question un paradigme dominant. Au Québec, des évènements de l’histoire des vingt dernières années en appellent aussi à cette conscience plus forte en termes environnementaux. Pensons aux épisodes des projets d’exploitation des gaz de schiste et du projet Rabaska, aux tentatives d’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti ou au projet de TransCanada mis de l’avant avec le terminal de Gros-Cacouna. Plus proche de nous, songeons au cas de la fonderie Horne à Rouyn ou aux enjeux récents liés à la construction d’une usine de batteries électriques de la compagnie Northvolt dans la vallée du Richelieu. Ces évènements exigent une nouvelle prise de conscience devant concilier une connaissance des contextes internationaux à celle de nos territoires ; elle doit s’incarner dans une nouvelle pédagogie. L’éducation doit nous permettre de nous situer sur le long terme, pas seulement dans les états d’urgence et de crise.
Il importe que les étudiants soient initiés tôt à l’environnement, au territoire et même, pourrions-nous dire, à la formation géologique de ce territoire. Quelle est l’histoire de ce fleuve dont dépend près de 80 % de la population québécoise ? Dans La préhistoire du Québec, le professeur et linguiste Patrick Couture nous instruit des âges géologiques et des évènements de la Terre qui ont façonné le Québec, thème négligé s’il en est dans notre enseignement général. Le Saint-Laurent est souvent identifié à partir de son rôle dans l’histoire de la colonisation française, de son peuplement et du développement de ses villes et de ses industries. À cet égard, étudier véritablement le fleuve revient à comprendre aussi les phénomènes de dérive des continents et de périodes glaciaires et interglaciaires qui ont contribué à le faire naître il y a plus de 10 000 ans, créant ainsi les conditions sur lesquelles sont fondés nos économies et nos établissements.
Différents projets et institutions à caractère scientifique pourraient également jouer un rôle plus grand dans notre système d’éducation. Pour n’en nommer que quelques-uns : le Biophare de Sorel, centré sur la réserve mondiale de la biosphère du lac Saint-Pierre, l’Observatoire de l’astroblème de Charlevoix à La Malbaie, l’Observatoire de Lac-Mégantic, le Jardin botanique de Montréal, le musée Exploramer de Sainte-Anne-des-Monts, le parc de Miguasha, consacré aux environnements du dévonien et à un héritage fossilifère incomparable. La SEPAQ pourrait-elle également, avec ses nombreux parcs, jouer un rôle plus actif dans le projet éducatif québécois ? Poser la question, c’est y répondre. Toutes ces institutions à caractère scientifique et éducatif, et nous nous abstenons de nommer ici tous les autres centres culturels et institutions muséales québécoises, gagnent à être visitées par la population étudiante québécoise collégiale, ne serait-ce que pour donner une expression plus incarnée de la culture générale propre à nos territoires.
De la méconnaissance des régions et d’un autre type de pluralisme québécois
Dernière halte de cet essai. Penchons-nous sur l’importance de découvrir les régions dans un projet de voyage éducatif au Québec et abordons du même coup la possibilité de donner à l’interculturalisme l’expression très concrète que lui permet le Parcours laurentien.
Au Québec, il est de plus en plus convenu d’analyser le tissu social en termes de pluralisme. Il faut toutefois reconnaitre que cette diversité, liée au phénomène migratoire, n’est pas au même niveau partout sur le territoire. Dans la grande région métropolitaine (Montréal, Laval, Longueuil, les couronnes), l’apport de la population immigrante sur la période 2012-2021 se situe autour de 67 % par rapport à tout le territoire québécois12. À Laval, le taux de la population immigrante est de 28,5 %, soit près d’une personne sur trois13. Ces statistiques montrent une plus grande concentration de cette diversité dans le principal pôle urbain du Québec. Plus on s’en éloigne, moins l’apport migratoire est significatif. Ce contexte entraine de nombreuses conséquences que nous n’analyserons pas ici. Au-delà de la complexité de la situation, qui concerne l’intégration économique, la francisation et le partage des pouvoirs en immigration, il existe une importante disparité sur le plan de la répartition démographique sur le territoire. Cet état de fait peut susciter différentes perceptions selon les régions qu’on habite. Pour sa part, le chercheur Bernard Vachon n’hésite pas à reconnaitre l’existence d’une « fracture territoriale » au Québec, qui n’est à l’avantage de personne14.
Les régions ont leurs particularités culturelles qui se dévoilent le long du fleuve. Elles ont chacune une histoire qui mérite d’être mieux connue, ne serait-ce que pour déconstruire certains mythes tenaces. Afin de mieux circonscrire son territoire, la MRC de Kamouraska a même mis sur pied une initiative unique en son genre, « Enseigner le Kamouraska », un programme instruisant les jeunes du niveau primaire du Bas-Saint-Laurent des multiples aspects patrimoniaux, environnementaux, agroalimentaires et sociaux de leur région.
L’histoire régionale, négligée dans un contexte d’économie mondiale, offre pourtant une opportunité de mieux se situer mondialement, car les régions se sont construites au fil de migrations (internes ou externes au pays), de l’évolution de leur secteur économique, du développement de leurs arts et de leur culture. Il est pertinent, pour des étudiants collégiaux, de mieux comprendre l’histoire de l’occupation du territoire québécois. Par un angle que l’on ne soupçonne pas toujours, cette histoire peut se révéler à travers ses différentes sources et origines : le patrimoine d’origine française et le style normand de certaines résidences ancestrales, les apports irlandais et écossais dans plusieurs municipalités, l’empreinte basque laissée sur des îles et des rives du fleuve, la forte empreinte catholique romaine du patrimoine religieux, celle, plus discrète, des confessions anglicanes et protestantes, l’influence loyaliste que l’on retrouve en Estrie. Les nombreux villages fondés par les Acadiens dans Lanaudière, en Basse-Mauricie, en Montérégie, en Gaspésie et sur la Côte-Nord sont aussi des noyaux de culture à découvrir. L’histoire régionale peut donc se lire à l’aune de différents enjeux géopolitiques ayant marqué les siècles passés. Dans Saint-Laurent mon amour, Monique Durand en donne un aperçu lorsqu’elle décrit Gaspé et relève les influences jerseyiennes, irlandaises, anglaises, micmaques et surtout canadiennes-françaises qui se sont croisées dans la péninsule gaspésienne dans le cadre du commerce des pêches. Cette simple observation devrait nous ouvrir les yeux sur une réalité qui est sans doute pour certains beaucoup moins homogène que ce que l’on pourrait penser.
L’un des axes privilégiés par le Parcours laurentien est justement d’interpréter la notion d’interculturalisme. Il s’agit de s’y référer comme paradigme descriptif des environnements impliqués par le fleuve Saint-Laurent et de favoriser une meilleure compréhension des multiples sources qui ont contribué à l’essor du Québec tel que nous le connaissons. L’interculturalisme peut aussi servir de notion pour orienter l’expérience étudiante. Originaire de Laval, le premier groupe à avoir effectué le voyage était constitué d’étudiants de plusieurs provenances. Certains et certaines étaient issus du Maghreb et du Moyen-Orient (Maroc, Algérie, Égypte, Liban, Irak), soit par leurs parents, soit par leur propre immigration. L’une provenait du Mali, un autre du Mexique, un autre du Venezuela, un de Roumanie. De jeunes Québécois d’origine haïtienne ont également participé au voyage. Quelques étudiantes provenaient du Nunavik. Cette présence inuit dans le Parcours laurentien a d’ailleurs permis un dialogue fécond entre le Québec du Nord et le Québec du Sud. Même si juridiquement parlant ils sont Québécois et Canadiens, les Inuit ont une culture qui leur est propre et la découverte du Québec du Sud peut représenter pour eux la visite d’un pays presque étranger.
Leur regard inuit sur le Saint-Laurent ouvre également la possibilité d’aborder le grand fleuve selon la perspective des Premiers Peuples de l’Amérique. Dans son ouvrage C’est le Québec qui est né dans mon pays, Emanuelle Dufour nous invite à regarder autrement le territoire québécois dans un effort de décolonisation, mais aussi de réconciliation avec la population autochtone. Appliquée au Saint-Laurent, une telle perspective est instructive. Elle implique un cours d’eau, le « chemin qui marche », signalant mieux les liens et traditions unissant certaines nations au fleuve (Kanien’Keha ka dans les environs de Montréal, Wolastoqiyik dans ceux de Rivière-du-Loup). Ce fleuve, qui porte aussi dans les langues autochtones d’autres noms (Magtogoek en anishinaabé, Moliantegok en abénaquis, Katarakoui en mohawk et Uepishtikueiau Sipu en innu) est alors appréhendé autrement que par le biais de la cartographie au temps de la Nouvelle-France et la géolocalisation satellitaire d’aujourd’hui, mais aussi par celui de traditions et de coutumes dans lesquels les cours d’eau étaient les voies essentielles des déplacements et de l’organisation de ces sociétés. Si l’histoire du Saint-Laurent s’impose pour comprendre l’histoire du Québec et du Canada, elle ne peut passer sous silence l’apport de l’univers des Premiers Peuples.
Ces considérations nous questionnent sur le regard que nous posons sur l’intégralité du territoire québécois. Est-il trop teinté par la perspective touristique ? Les régions ne sont-elles que des régions-ressources ? L’initiative de la MRC de Kamouraska peut-elle être articulée à une échelle plus générale et rejoindre les objectifs du Parcours laurentien ? Une pédagogie des régions et du territoire québécois existe-t-elle vraiment et si oui, quelles sont ses lacunes ? La méconnaissance du territoire dans son intégralité altère l’intérêt réel que l’on devrait porter à l’endroit du Québec et génère des vues fantasmées ou déphasées à son propos. Les conséquences de cette ignorance ne sont pas sans importance. Les régions, souvent saisies comme destinations vacances ou opportunités de développement économique, doivent être révélées comme un potentiel de savoir et, idéalement, redevenir une manière de penser un projet de société à même d’assurer un meilleur dialogue avec le reste du monde.
La valeur heuristique d’un parcours laurentien
L’humoriste bien connu et biologiste Boucar Diouf a compris la valeur heuristique et initiatique du fleuve Saint-Laurent. Non seulement la reconnait-il dans sa propre vie et son interprétation de l’expérience québécoise, mais il est parvenu, à travers ses spectacles et interventions publiques, à la favoriser comme facteur d’intégration pour les nouveaux arrivants et de compréhension pour la société d’accueil. Son approche, exposée dans le documentaire Boucar et le Magtogoek, confirme cet « axe définitoire » clamé et réclamé par le géographe Louis-Edmond Hamelin.
En étudiant les espèces animales et végétales, des algues aux éperlans, Diouf aborde avec pédagogie l’évolution biologique, osant ici et là des analogies avec le monde de la culture et des relations humaines. Sur le mode des proverbes, des fables et de cette sagesse populaire qu’on lui connait, il s’inspire de la biologie pour réfléchir, avec légèreté et humour, à l’adaptation au territoire. Par exemple, en parlant de l’éperlan vivant en eau froide, l’humoriste aborde la nordicité québécoise et notre rapport au froid. L’adaptation à la nature devient alors une clef pour comprendre plus largement le processus d’adaptation dans le cas de l’immigration tel qu’il la conçoit. Ne se fondant pas sur des caractéristiques ethnoculturelles pour définir le sujet immigrant, il opte plutôt pour des considérations très concrètes comme la résistance au froid, l’adaptation aux rythmes des saisons, les distances impressionnantes du territoire. Selon cette logique, la découverte du Québec ne se fait pas seulement sur la base d’une adhésion procédurale aux valeurs de la société d’accueil, mais repose davantage sur une pédagogie et un contact direct avec l’environnement.
Dans le spectacle qu’il a consacré au fleuve en lui réattribuant son nom anichinabé de Magtogoek, Diouf avance certains énoncés en faveur de l’interculturalisme et qui ont presque une couleur politique. Le nom même de son spectacle, Magtogoek, qui signifie « chemin qui marche », esquisse l’idée d’un chemin commun. En jouant sur les mots, en remaniant certaines expressions connotées, il substitue « métissé serré » à « pure laine », opérant un déplacement dans notre conception de la société québécoise et renforçant du même coup la possibilité de la rencontre, un peu à la manière allégorique des cours d’eau et affluents qui convergent vers un fleuve.
Le documentaire nous présente Diouf conscient de cette approche. Alors qu’il descend le cours du Saint-Laurent accompagné de quatre jeunes issus de Montréal et de la Côte-Nord, il prête la parole à l’un des jeunes voyageurs :
Quand tu habites Montréal et la banlieue, ça se limite à ça, à moins que tu te déplaces ou que tu prennes le temps. Moi, c’est la première fois que je viens en Gaspésie. Venir aussi loin et découvrir la beauté de ce territoire, c’est tellement impressionnant ; puis je pense que ça vaudrait la peine que plus de jeunes prennent le temps de venir voir ça et d’en apprendre plus sur l’histoire de ce territoire.
Au fil de leur parcours laurentien avec Boucar Diouf, ces jeunes découvrent ce territoire qu’ils ont en commun et dont ils ignoraient l’existence. L’immersion dans les lieux aux abords du Saint-Laurent leur ouvre la porte à des questionnements plus profonds sur la connaissance du Québec, l’engagement citoyen, le statut de ce territoire, la préservation de l’environnement. Au terme du périple, Diouf conclut que « le Québec est un estuaire », évoquant l’ouverture sur le large, une métaphore qui réjouirait assurément Pierre Perrault. Dans Le visage humain d’un fleuve sans estuaire, le cinéaste s’interrogeait sur la nature de ce fleuve immense que ne savent pas voir les riverains que nous serions, en manque de ce sens de partances.
Définir l’intranational
Si une perspective « intranationale » existe, elle ne s’oppose pas à l’international, bien au contraire. La dimension intranationale que nous cherchons ici à définir est une manière d’appréhender et de définir l’international, la rencontre entre nations, la prise en compte des liens qui rattachent le Québec au reste de la planète.
L’auteur, essayiste et romancier Akos Verboczy a relevé que des Québécois rencontrés en voyage témoignent d’une grande ouverture à l’autre, mais qui leur fait négliger leur propre culture. Dans Rhapsodie québécoise, il reconnait lui-même avoir commencé à s’intéresser au Québec au moment où il a dû l’enseigner à de nouveaux arrivants. Verboczy me semble voir juste. Sans une pédagogie suffisante sur le territoire et la culture québécoise, comment prétendre faire un projet de société ? La difficulté d’occuper le territoire et de penser la ruralité, les carences dans nos outils de développement régionaux et de nos transports, la « fracture territoriale » dont parle Bernard Vachon, ce sont toutes des situations qui altèrent notre capacité à voir dans ce vaste territoire une occasion d’apprentissages. Et de voyages.
Si le niveau international nous pose dans un rapport de comparaison avec d’autres peuples et nations, il ne saurait être envisagé sans que soient considérer les conditions économiques qui lui servent de fondements. Ce qu’il s’agit aujourd’hui d’adjoindre à ce paradigme, c’est la compréhension plus fine de nos écosystèmes. Les citoyens dépendant d’autres fleuves du monde peuvent avoir des préoccupations similaires ou différentes que celles des résidents du cours du Saint-Laurent. L’aménagement de la circulation fluviale sur le Danube ou le Rhin révèlent certains aspects du trafic sur le Saint-Laurent. Les défis environnementaux du Yangtsé, les ambitions hydroélectriques du fleuve Congo, nous instruisent des défis de l’avenir sur les plans énergétiques et environnementaux. Le Saint-Laurent peut devenir pour nous cette passerelle pour en apprendre davantage sur les autres régions du globe.
Pour élaborer un projet éducatif porteur, les principes pédagogiques doivent être renouvelés sur la base du territoire et de l’environnement comme substrat à la culture. On trouve d’ailleurs chez le géographe Louis-Edmond Hamelin des arguments permettant de mieux comprendre cette approche intranationale qui implique la reconnaissance de notre nordicité, de notre américanité, de l’existence des peuples autochtones, sur ce territoire qu’il nomme « Tout-Québec », c’est-à-dire le Québec pris dans sa totalité. « Le Québec est une péninsule, insistait-il dans un entretien livré peu de temps avant son décès, et cette idée devrait être un leitmotiv. Le concept de péninsule inscrit dans l’histoire un avenir possible15. » L’appel de Hamelin pose la référence au territoire comme socle de la connaissance qu’on doit développer à son endroit. Cette sensibilité, nous fait comprendre son œuvre, pouvant en elle-même être un gage de « plénitude politique », un espace de possibles :
Qui parle de la totalité du Québec ? C’est là qu’on pourrait vraiment changer les choses. Si on s’était occupé de la totalité du Québec il y a trente, quarante ou cinquante ans, on n’aurait peut-être pas perdu le Labrador. La plénitude politique passe ici par l’espace territorial, par la définition des États et, enfin, par un sentiment fort de sa population envers l’ensemble du territoire du Québec16.
Besoin d’une référence forte au territoire québécois
En cette époque de mondialisation accélérée et de mutations vertigineuses dans nos usages des technologies, les étudiantes et étudiants québécois ont besoin de mieux connaitre leur territoire, d’une manière beaucoup plus englobante et structurée.
Après la lecture d’œuvres littéraires abordant directement ou indirectement ces enjeux, certains étudiants le confirment : ils n’ont pas les repères suffisants pour comprendre le Québec. Que répondre à ce constat ? Qu’un voyage, même de quelques jours, ici, puisse les initier à différents enjeux de nature nationale et internationale. Faisons le pari qu’ils ont besoin de comprendre les interactions entre leurs milieux de vie et l’environnement définissant leurs conditions.
De plus, la crise climatique nous invite à reconsidérer l’imaginaire de l’international. Cette notion implique des valeurs et des réalités qu’une meilleure connaissance de notre territoire peut tout aussi bien révéler. Les citoyens de demain ont besoin d’éprouver un sentiment d’appartenance, un attachement avec leur territoire. Ainsi, ils et elles seront à même d’en assurer une meilleure défense qui ira de pair avec leur possibilité citoyenne. Bien entendu, il est nécessaire et formateur de voyager à l’international, et il faut espérer que ce type de projets se poursuive dans l’avenir. La valeur initiatique des projets de mobilité et des voyages internationaux demeure une certitude. En revanche, l’évidence des projets de mobilité et des voyages à « l’intranational » l’est beaucoup moins. Moins ancrée dans l’expérience étudiante, elle est sous-exploitée par les institutions d’enseignement elles-mêmes. Pour les nombreux motifs exposés dans cet essai, il est important d’offrir à la jeunesse québécoise des voyages à l’intérieur du Québec. Pour des raisons touchant aussi bien à l’environnement qu’à l’économie, à la culture, à la science, à la démocratie. Il est important de leur donner ces repères, de trouver un nouvel équilibre et de ne pas reléguer au second plan les multiples destinations québécoises.
Le Québec n’est pas une destination par défaut. Il ne s’agit pas de le voir comme un simple voyage « ici », mais d’envisager le Québec comme une aventure vers des « ailleurs » potentiels. Des différences notables existent d’une région à une autre, des particularités sociales, historiques, naturelles, linguistiques. Il ne s’agit pas de considérer ce type de voyage comme régionaliste, mais, bien au contraire, de considérer ce « cosmopolitisme enraciné », notion un peu abstraite, intrigante, de le mener plus loin afin de saisir la valeur universelle de l’enracinement, de cet « empaysement » auquel l’œuvre de Perrault a donné toute sa force et sa fascination. Il faut tendre vers une définition intranationale des voyages scolaires. Franchir cette ligne du risque.
Le Parcours laurentien, qui propose cet exemple de « voyage intranational aux enjeux internationaux », demeure une démarche exploratoire. Ce qu’il cherche à faire naître chez les étudiantes et les étudiants n’est pas seulement le désir de mieux devenir curieux d’eux-mêmes. C’est aussi de l’être de ce qui est différent d’eux et pourtant les relie, à savoir un territoire immense qu’ils et elles ont en partage. Et c’est, peut-être davantage, de découvrir, à leur grande surprise, le goût de s’engager dans la construction d’un récit qui les rassemble et qu’exige toute citoyenneté responsable. La connaissance du Québec et sa découverte sur le terrain, dans une expérience académique et, qui plus est, existentielle, feront d’eux des bâtisseurs et des bâtisseuses, des citoyens engagés. Nourris de ce territoire autant que des rêves qui l’ont façonné et de ce que la littérature en a fait comme lieux de partage, les jeunes qui se lanceront accompagnés sur les routes pourront ainsi se donner de « nouveaux yeux ». Ils apprendront que le sens de ce fleuve reçu en héritage est indissociable de l’aspiration à porter plus loin, comme les eaux de l’estuaire, leurs connaissances, leur engagement et leurs propres rêves, là où l’ailleurs rejoint le territoire habité.
Médiagraphie
Collèges et instituts Canada. (2022). Stratégie internationale 2022-2025 de CICan.
Repéré à https://collegesinstitutes.sharepoint.com/
Bachelard, Gaston. (1938). La formation de l’esprit scientifique. Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective. Paris. Vrin.
Carpentier, Marie. (2022). Boucar et le Magtogoek. In Télé-Québec. Montréal. https://www.telequebec.tv/boucar-et-le-magtogoek Consulté le 5 mars 2024.
Chartier, Daniel, & Désy, Jean. (2014). La nordicité du Québec : Entretiens avec Louis-Edmond Hamelin. Québec : Presses de l’Université du Québec.
Courville, Serge. (2011). « Le Saint-Laurent, témoin de civilisation », Gouvernement du Québec, Fonds de recherche, Nature et technologies.
Couture, Patrick. (2019). La préhistoire du Québec : La grande épopée de nos origines. Montréal : Fides.
Christin, Rodolphe. (2020). La vraie vie est ici : Voyager encore ? Montréal : Écosociété.
Dufour, Emmanuelle. (2021). C’est le Québec qui est né dans mon pays ! : Carnets de rencontres, d’Ani Kuni à Kiuna. Montréal : Écosociété.
Durand, Monique. (2017). Saint-Laurent mon amour. Montréal : Mémoire d’encrier.
Lambert, Vincent. (2014). « L’épopée du trop grand fleuve : le Saint-Laurent dans la littérature québécoise ». Revue @nalyses. Département de français, Université d’Ottawa, vol. 9 no 3, Automne.
Lambert, Vincent, & Miron, Isabelle. (2015). J’écris fleuve. Montréal : Leméac.
Gladu, André. (1994). Les outils du poète. Les Productions du lundi matin.
Marie-Victorin, Frère. (2019). Science, culture et nation. Montréal : Boréal.
Ministère de l’Immigration, de la Francisation. (2023). Présence 2023. Portraits sociodémographique et régional des personnes immigrantes admises au Québec de 2012 à 2021 et présentes en janvier 2023. Gouvernement du Québec. https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/immigration/publications/fr/recherches-statistiques/PUB_Presence2023.pdf.
Nepveu, Pierre. (2022). Géographies du pays proche : Poète et citoyen dans un Québec pluriel. Montréal : Les Éditions du Boréal.
ONU Tourisme. « Le tourisme, un phénomène économique et social ». https://www.unwto.org/fr/pourquoi-le-tourisme%3F (consulté le 19 avril 2024).
Perrault, Pierre. (1999). Le visage humain d’un fleuve sans estuaire. Les écrits des forges.
Stratégie Saint-Laurent. https://strategiessl.qc.ca/geographie/.
Rosa, Hartmut. (2021). Résonance. Une sociologie de la relation au monde. La découverte.
Vachon, Bernard. (2022). Rebâtir les régions du Québec. Un plaidoyer, un projet politique. Montréal : Éditions Multimondes.
Vega Cardenas, Yenny et Turp, Daniel. (2021). Une personnalité juridique pour le Fleuve Saint-Laurent et les Fleuves du monde. JFD Éditions.
Verboczy, Akos. (2017). Rhapsodie québécoise : récit. Montréal : Les Éditions du Boréal.
Ville de Laval. (2019). Portrait statistique. Population immigrante de la région de Laval. https://www.laval.ca/Documents/Pages/Fr/A-propos/cartes-statistiques-et-profil-socioeconomique/statistiques-et-profil-socioeconomique/portrait-immigration-laval-2019.pdf.
1 Rosa, Hartmut. (2021). Résonance. Une sociologie de la relation au monde. La découverte.
2 Stratégie Saint-Laurent. https://strategiessl.qc.ca/geographie/.
3 Courville, Serge. (2011). « Le Saint-Laurent, témoin de civilisation », Gouvernement du Québec, Fonds de recherche, Nature et technologies.
4 À ce sujet, lire l’étude monumentale de Vega Cardenas, Yenny et Turp, Daniel. (2021). Une personnalité juridique pour le Fleuve Saint-Laurent et les Fleuves du monde. JFD Éditions.
5 Marie-Victorin, Frère. (2019). Science, culture et nation. Montréal : Boréal, p. 74.
6 Lambert, Vincent. (2014). « L’épopée du trop grand fleuve : le Saint-Laurent dans la littérature québécoise ». Revue @nalyses. Département de français, Université d’Ottawa, vol. 9 no 3, Automne.
7 Bachelard, Gaston. (1938). La formation de l’esprit scientifique. Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective. Paris. Vrin.
8 Gladu, André. (1994). Les outils du poète. Les Productions du lundi matin.
9 Collèges et instituts Canada. (2022). Stratégie internationale 2022-2025 de CICan. Repéré à https://collegesinstitutes.sharepoint.com/
10 Gladu, André. (1994). Les outils du poète. Les Productions du lundi matin.
11 Nepveu, Pierre. (2022). Géographies du pays proche : Poète et citoyen dans un Québec pluriel. Montréal : Les Éditions du Boréal, p. 154.
12 Ministère de l’Immigration, de la Francisation. (2023). Présence 2023. Portraits sociodémographique et régional des personnes immigrantes admises au Québec de 2012 à 2021 et présentes en janvier 2023. Gouvernement du Québec.
13 Ville de Laval. (2019). Portrait statistique. Population immigrante de la région de Laval. https://www.laval.ca/Documents/Pages/Fr/A-propos/cartes-statistiques-et-profil-socioeconomique/statistiques-et-profil-socioeconomique/portrait-immigration-laval-2019.pdf.
14 Vachon, Bernard. (2022). Rebâtir les régions du Québec. Un plaidoyer, un projet politique. Montréal. Éditions Multimondes.
15 Chartier, Daniel, & Désy, Jean. (2014). La nordicité du Québec : Entretiens avec Louis-Edmond Hamelin. Québec : Presses de l’Université du Québec, p. 76.
16 Ibid., p. 81-82.
Littérature québécoise/Parcours laurentien
Document préparé par Pascal Chevrette, hiver 2024
Liste de 30 œuvres littéraires québécoises
|
Œuvre/ écrivaine, écrivain |
Région et type d’ouvrage |
Année de parution |
|
Voyages au Canada de Jacques Cartier |
(Fleuve, vallée laurentienne) Rapports de voyage / récit 176 p. |
1534-1535 |
|
Les anciens Canadiens de Philippe Aubert de Gaspé |
(La Côte-Sud) Roman historique/légendes 501 p. |
1862 |
|
Né à Québec d’Alain Grandbois |
(Québec, les Grands Lacs) Roman historique/récit d’explorateurs 228 p. |
1933 |
|
Science, culture et nation de Frère Marie-Victorin |
(La vallée du Saint-Laurent) Essais et conférences 192 p. |
1917-1944 |
|
Le survenant de Germaine Guèvremont |
(Les îles de Sorel, le chenal du moine) Roman du terroir 224 p. |
1945 |
|
Toutes isles de Pierre Perrault |
(Basse-Côte-Nord, golfe du Saint-Laurent) Poésie / documentaire 232 p. |
1963 |
|
Pleure pas, Germaine de Claude Jasmin |
(De Montréal à la Gaspésie) Récit de voyage / roadtrip 208 p. |
1965 |
|
L’avalée des avalés de Réjean Ducharme |
(Les îles de Berthier, le Lac Saint-Pierre) Roman/contreculture québécoise 379 p. |
1966 |
|
Kamouraska d’Anne Hébert |
(De Sorel au Bas-St-Laurent, Kamouraska) Roman/drame 245 p. |
1970 |
|
Le Saint-Élias de Jacques Ferron |
(Batiscan, Mauricie) Roman/chronique régionale 230 p. |
1972 |
|
Les grandes marées de Jacques Poulin |
(Île Madame, estuaire du Saint-Laurent) Roman 224 p. |
1978 |
|
Les fous de bassan d’Anne Hébert |
(Gaspésie, Côte-Nord) Roman/drame 248 p. |
1982 |
|
La tournée d’automne de Jacques Poulin |
(Vieux-Québec, Charlevoix, Côte-Nord) Roman de la route / roadtrip 208 p. |
1993 |
|
La vie entière de Pierre Morency |
(Île d’Orléans) Chroniques et réflexions naturalistes 254 p. |
1996 |
|
Nous étions le sel de la mer de Roxanne Bouchard |
(Gaspésie) Roman policier 360 p. |
2014 |
|
Fleuve de Sylvie Drapeau |
(Côte-Nord) Récit intimiste 339 p. |
2015 |
|
Sans terre de Marie-Ève Sévigny |
(Île d’Orléans) Polar 272 p. |
2016 |
|
Donnaconna d’Éric Plamondon |
(Portneuf, région de Québec) Nouvelles 128 p. |
2017 |
|
Le peuple rieur de Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque |
(Côte-Nord, Saguenay, Nitassinan) Récit anthropologique 316 p. |
2017 |
|
J’aime Hydro de Christine Beaulieu |
(Réseau hydrologique du Saint-Laurent) Théâtre engagée, balado 260 p. |
2017 |
|
A’yarahskwa’ / J’avance mon chemin de Jean Sioui |
(Wendake, Nionwentsïo) Poésie 67 p. |
2017 |
|
Pas même le bruit d’un fleuve d’Hélène Dorion |
(Bas-St-Laurent) Récit / roman historique 186 p. |
2020 |
|
Si près, si loin, les oies blanches de Gérald Baril |
(Baie-du-Febvre/Île d’Orléans/Cap Tourmente) Essai / science 333 p. |
2020 |
|
Le lièvre d’Amérique de Mireille Gagné |
(Montréal, l’Île-aux-Grues, Côte-Sud) Conte romancé 160 p. |
2020 |
|
Les falaises de Virginie DeChamplain |
(Montréal, Gaspésie) Roman 224 p. |
2020 |
|
La patience du lichen de Noémie Pomerleau-Cloutier |
(Basse-Côte-Nord) Poésie 264 p. |
2021 |
|
Femme-fleuve d’Anaïs Barbeau-Lavalette |
(Îles du Saint-Laurent) Roman intimiste 252 p. |
2022 |
|
Tout est Ori De Paul Serge Forest |
(Côte-Nord) Roman 320 p. |
2022 |
|
Nauetakuan De Natasha Kanapé Fontaine |
(Baie-Comeau et Pessamit) Roman d’apprentissage 253 p. |
2022 |
|
La Laurentie en fleur de Frère Marie-Victorin |
(La vallée laurentienne) Essai de botanique 221 p. |
2023 |
* Professeur de littérature, initiateur et responsable du Parcours laurentien du cégep Montmorency.



