Été 1963 : Le jeûne patriotique de Marcel Chaput

En décembre 1962, Marcel Chaput annonçait la fondation du Parti républicain du Québec. Il ne démissionnait pas du RIN, mais une distance s’était installée entre lui et la direction du RIN. Chaput voulait un parti indépendantiste immédiatement, dont la facture serait comparable à celle du Parti libéral du Québec ou de l’Union nationale.

En décembre 1962, Marcel Chaput, un des fondateurs du Rassemblement pour l’Indépendance nationale (RIN) annonçait la fondation du Parti républicain du Québec (PRQ). Il ne démissionnait pas du RIN, mais une distance s’était installée entre lui et la direction du RIN.

À cette date, Chaput était le personnage emblématique de l’indépendantisme. Il avait publié Pourquoi je suis séparatiste, ouvrage qui avait eu beaucoup de succès. Par la suite, il avait accédé à la direction du RIN. Mais sa tendance électoraliste à peine voilée dérangeait à l’intérieur du RIN. Il bouscula plusieurs dirigeants en se portant candidat indépendantiste dans la circonscription de Montréal-Bourget à l’élection générale de novembre 1962. Chaput ne s’embarrassait pas des tergiversations internes. Quand il avait une idée en tête, il se mettait en marche. Sa manière d’être lui valut beaucoup de critiques, voire de l’animosité, et il avait échoué à retrouver le poste de président du RIN. À la fin janvier 1963, il fut exclu du RIN.

Chaput voulait un parti indépendantiste immédiatement, dont la facture serait comparable à celle du Parti libéral du Québec ou de l’Union nationale. Le parti rêvé pour Chaput afficherait une réalité autre que celle que vivait le RIN, c’est-à-dire avec un chef et des moyens financiers.

L’annonce de la fondation du PRQ provoqua le RIN qui prit la décision de se convertir en parti politique lors d’un congrès spécial convoqué à cet effet et tenu au début de 1963 dans une salle d’école de la rue Laurier à Montréal. Deux semaines plus tard, le PRQ vivait son congrès de fondation à l’hôtel Reine Elisabeth. Deux partis, deux styles.

Début juillet 1963, le Parti républicain du Québec était tout jeune encore. Mais il fonctionnait rondement, pressé par son président de structurer une machine politique apte à réaliser rapidement l’indépendance du Québec.

Le PRQ s’était doté d’un embryon de structure permanente : un chef, un secrétaire général, un administrateur, un organisateur (on prévoyait en embaucher un second) et un responsable de l’orientation du parti. Un personnel de secrétariat supportait cet ensemble. Le parti logeait dans un local spacieux sis sur la rue Papineau à Montréal.

Mais cela était coûteux. Les revenus projetés dépendaient des adhésions. Malgré un succès initial dans le recrutement, celui-ci se tarit rapidement. Les indépendantistes désireux de devenir membres d’une organisation politique n’étaient pas aussi nombreux qu’anticipés.

Dès la fin juin, il apparut clairement que le parti ne saurait se suffire de nouvelles adhésions, d’autant plus qu’au printemps 1963, le mouvement indépendantiste en général avait souffert des attentats du Front de libération du Québec (FLQ). Peu de gens désiraient être associés au FLQ, ce que le RIN et le PRQ pouvaient représenter pour eux.

L’été arrivait. Les dirigeants du PRQ savaient que les mois d’été n’étaient ni des mois de grandes activités politiques, ni de recrutement, alors que les coûts mensuels demeuraient. Comment se faire une santé financière avant qu’il ne soit trop tard, s’interrogeaient quelques collaborateurs de Marcel Chaput.

Fondé sur l’hypothèse d’une adhésion massive de la population au nouveau parti politique et à la cause indépendantiste qui tardaient, le PRQ faisait des dettes. Marcel Chaput raconte :

Parti politique, (le PRQ) devait vivre en parti politique, c’est-à-dire montrer un dynamisme et avoir l’air prospère. Pour un parti fondé sans le sou, ce genre de vie ne pouvait se mener qu’à une condition : s’endetter. Mais s’endetter est une voie qui a ses limites. Ces limites se firent sentir en juin (1963) car les cotisations ne suffisaient pas à équilibrer le budget. Il fallait donc porter un grand coup. Que faire1 ?

Tous étaient en peine de solutions. Les méninges se remuaient, mais les avenues d’un possible souhaité semblaient fermées. Pendant quelque temps, le cerveau de Chaput fut absorbé par ce qui apparaissait être une impasse peut-être fatale au Parti républicain du Québec et, pis encore à ses yeux, à la cause indépendantiste elle-même. Absolu dans son engagement, l’homme en était venu à se penser comme le seul porte-étendard du mouvement indépendantiste. Marcel Chaput ajoute :

Soudain, une idée me vint : celle de jeûner. Pendant quelques jours, cette idée m’obséda. En avais-je le courage, la résistance nécessaire? Pour combien de temps? Et pour combien (d’argent2) ?

S’il avait été devant un problème scientifique, sans doute Chaput se serait écrié : « Eureka ». Mais à présent, c’était une affaire humaine et difficile qui le tenaillait, car il avait responsabilité familiale. Il était homme à foncer, mais concernant sa famille, il ne pouvait simplement la placer devant le fait accompli. D’une manière certaine, son projet allait affecter intimement les membres de sa famille. Il s’en ouvrit à son épouse qui lui dit : « Marcel, tu sais ce que tu as à faire3 ! »

Sa décision finale fut prise le dimanche 7 juillet 1963. Ce jour-là, chez lui, il travailla à la rédaction d’un communiqué de presse qu’il compléta le lendemain avant de convoquer la presse aux locaux du Parti, à Montréal. À seize heures, le 8 juillet 1963, il annonça qu’il entreprenait un jeûne politique pour amasser une somme totale de 100 000 $, dans le but de payer les dettes du Parti et assurer un avenir à la cause indépendantiste.

Sa décision surprit les permanents du Parti et les journalistes. Chaput n’avait consulté personne sauf son épouse. Il expliqua plus tard le pourquoi : « Il ne pouvait en être autrement; jeûner est une décision trop personnelle pour demander conseil4 ».

Dans le communiqué de presse remis aux journalistes, Marcel Chaput motiva clairement et sans détour le mobile premier de cette action. Il n’a qu’un seul mot en tête et c’est l’argent. Dans le communiqué de presse, il écrit :

  • alors que l’indépendance est à nos portes, les mouvements indépendantistes se meurent, faute de moyens.
  • les moyens d’action (des mouvements indépendantistes) ne sont pas à la mesure de sa tâche.
  • la réalisation de l’indépendance du Québec est, dans une très large mesure, une question d’argent (afin) de former des équipes de travailleurs, […] de reprendre les émissions de télévision à l’automne, de lancer un journal et autres nécessités immédiates5…

Pour Marcel Chaput, les mouvements et partis indépendantistes devaient s’inscrire dans le mode démocratique d’action. Si ces organisations politiques ne pouvaient réunir les fonds nécessaires pour avoir une véritable action politique légale, il serait à craindre que les militants perdent patience et ne soient entraînés sur des voies condamnables. Appuyer financièrement les mouvements indépendantistes, c’était rejeter le FLQ.

Marcel Chaput n’avait pas envisagé l’organisation d’une souscription populaire traditionnelle. Cela exigeait temps et argent. Il n’avait ni l’un ni l’autre. Car en ce début juillet 1963, le PRQ était aux abois. Il lui fallait des sous rapidement, et non dans six mois. Il cherchait une solution rapide à une situation précaire immédiate. Le jeûne patriotique pouvait se lancer rapidement. Il était susceptible d’assurer sa propre publicité par l’extravagance de son geste.

Chaput chercha à provoquer un choc médiatique. Mais pour cela, il ne devait pas mentir. Le jeûne impliquait sa personne. Ce n’était pas qu’une position politique ordinaire. Conscient de ce contexte et pour ne pas décevoir la population, il fallait y « mettre personnellement le prix » écrit-il dans le communiqué de presse. Il ajoute :

et ce prix que j’y mets personnellement, c’est une grève de la faim. À compter de ce soir, j’entre en réclusion au secrétariat du Parti républicain… et j’y resterai jusqu’au jour où j’aurai reçu, pour la cause de l’indépendance du Québec, la somme de 100 000 $… Je n’ai rien d’autre à apporter à l’indépendance que le sacrifice de ma personne6…

Marcel Chaput conclut son communiqué de presse par ces mots : « Je crois aussi en mon peuple. Tout ce que je lui demande, en somme, c’est de croire en lui7 ».

Ce jour du 8 juillet 1963, Marcel Chaput entreprenait un jeûne politique, non pour protester contre quelque injustice, mais pour obtenir des sous pour son parti et pour la cause qu’il portait.

Le jeûne de Marcel Chaput débuta soudainement, sembla-t-il, sans consultation. Tout paraissait avoir été décidé dans la discrétion la plus totale. Pourtant, le RIN avait été mis au courant de l’affaire, sans doute parce qu’il entretenait avec le PRQ des liens officieux depuis une réunion de quelques militants du RIN à la fin mai 1963 au Châtelet. En effet, le RIN réuni en Conseil central les 6 et 7 juillet 1963, bref la veille du début du jeûne de Chaput, prit position sur cette action du PRQ et de Chaput. À cette occasion, le Conseil central du RIN décida de ne pas faire « de déclaration au sujet du jeûne de M. Chaput et de la situation du PRQ » et ajouta que si l’exécutif du RIN était amené à prendre position, « il ne devra ni ridiculiser ni condamner le geste de M. Chaput8 ».

Dès les débuts du jeûne, le PRQ s’adressa aux membres du Parti. Il leur lança un appel. Pour ce faire, il leur fit parvenir un exemplaire du communiqué de presse remis aux journalistes et une lettre de Marcel Chaput dans laquelle le chef du PRQ les engageait à se mobiliser :

Il faut, dans vos entourages respectifs, organiser une souscription en invitant vos amis, vos voisins, les mem-bres de votre famille, vos confrères de travail à contribuer à cette souscription. Il en va de l’indépendance9.

À partir du 8 juillet 1963, et pour les semaines à venir, Marcel Chaput allait vivre dans les locaux du Parti où on lui avait installé un lit de camp. Des agents spéciaux de l’Agence Philipps, par une présence continuelle, assuraient la sécurité des lieux et le respect de l’engagement du président du PRQ. Une tranche de pain par jour lui était autorisée. Après quelques semaines de ce régime et à la suggestion d’un médecin, Marcel Chaput modifia sa diète : au lieu d’une tranche de pain, il avala un verre de jus d’orange par jour.

Avec le temps, le local du Parti, sis sur la rue Papineau, à Montréal, se transforma en une fourmilière. Le geste de Chaput surprit, questionna et intrigua. Des curieux s’agglutinèrent devant la grande fenêtre du local du Parti. Paul Rochon journaliste pour le quotidien Montréal-Matin, écrit :

On ne peut s’empêcher de trouver qu’il y règne un peu une atmosphère de cirque… près de 15 000 personnes se sont déplacées pour aller encourager Marcel Chaput ou, tout simplement, pour aller voir de plus près, comme une bête curieuse… On compte en moyenne 500 visiteurs par jour… Et on ne compte pas les curieux qui restent, le nez en l’air, à la porte10.

La levée de fonds commença lentement. L’habitude de donner à un parti politique sans attente personnelle n’était pas dans nos mœurs. Et moins encore quand le procédé d’appel public à l’aide revêt une manière étrangère à nos us et coutumes.

Cependant, lentement mais sûrement, la manifestation solitaire de Chaput s’imposa dans le monde médiatique. Les quotidiens Le Devoir et Montréal-Matin couvrirent l’affaire régulièrement. Les journaux de fins de semaine, naturellement plus lents à réagir, publièrent de nombreux reportages sur le sujet. L’approche variait d’un journal à l’autre. Le Devoir affichait une neutralité journalistique officielle et réelle, tandis que La Presse et La Patrie se montrèrent critiques, hautains et parfois méprisants. Plusieurs autres présentèrent de manière plutôt sympathique la démarche de Marcel Chaput. Ainsi en fut-il de Montréal-Matin, Dimanche-Matin et Le Samedi.

Après une semaine de jeûne, le montant recueilli dépassait à peine les 10 000 $. Le 20 juillet, la cagnotte avait doublé. Elle s’élevait à 20 000 $. On s’enlignait pour une durée d’environ 60 jours de jeûne.

Progressivement l’opinion publique devint plus favorable à l’homme et à son audace. On y voyait de plus en plus l’affaire comme un acte qui commandait le respect, ce qui facilita l’ouverture des cœurs et des reins de la population canadienne-française devant l’inattendu de cette proposition politique. Une semaine plus tard, la somme totale atteignait 35 000 $. Les gens entourant Marcel Chaput affichaient une confiance certaine.

Des gestes singuliers furent posés en faveur de Chaput. Ainsi, le curé de la paroisse Sainte-Marthe à Rivière-des-Prairies autorisa une quête à la sortie de la messe dominicale en faveur du fonds Marcel-Chaput.

Le 4 août, après 28 jours de jeûne, on annonça que la somme recueillie dépassait les 70 000 $11. Cette accélération des rentrées était le fait d’une mobilisation des milieux patriotiques de plus en plus forte. Une cascade d’initiatives s’était mise en branle :

  • la Société Saint-Jean-Baptiste de Sorel fit parvenir une contribution;
  • le 2 août, une vingtaine d’artistes prêta son concours à un spectacle au profit du fonds Marcel-Chaput, tenu à la salle des loisirs de l’Immaculée-Conception12;
  • Raymond Lévesque et sa troupe présentèrent à la Boite à Mathieu à Val David, la revue Viva Chaputa au profit du fonds Marcel-Chaput13;
  • Reggie Chartrand, ex-boxeur, prépara un gala de boxe, les recettes étant versées au fonds Marcel-Chaput14.

Le samedi 10 août 1963, à 19 h 03, le jeûne patriotique de Marcel Chaput prit fin. Il avait amassé les 100 000 $ demandés. Il avait jeûné 33 jours. Il en était à son 34e jour.

La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Une foule de 15 000 personnes se massa devant la permanence du PRQ. Une partie de celle-ci accompagna Marcel Chaput triomphalement jusqu’à sa résidence, à Ville Saint-Laurent. Une autre partie se rendit devant l’édifice du journal La Presse et y brûla l’effigie de Gérard Pelletier qui, selon les partisans de Chaput, avait méprisé l’action de Marcel Chaput.

Au soir du 10 août 1963, Marcel Chaput triomphait. Les rieurs pouvaient se taire. Il avait recueilli une somme extraordinaire pour l’époque, aisément environ un million de dollars en 2025, provenant de contributions diverses mais très limitées pour chacune, fournies par un petit peuple d’à peine 4,5 millions d’habitants et très peu doté de moyens pécuniaires.

Son succès voilait une menace pour le chef du Parti républicain du Québec, celle qu’il pourrait penser incarner absolument le projet indépendantiste au Québec. Il avait réussi. Il avait un appui populaire réel. Il pouvait ainsi poursuivre sur sa voie et très peu restreindre les dépenses de fonctionnement du PRQ.

Le moment aurait été propice à une remise en cause de son modèle d’action politique. Il s’y refusa ou tout simplement ne se voyait-il pas refaire ses devoirs. Le PRQ passa outre et continua sur sa lancée, tant Chaput était convaincu de la nécessité de construire rapidement un parti montrant une certaine aisance financière. Toute vision autre lui serait sans doute apparue comme un recul ou encore comme une forme d’admission que sa méthode était vouée à l’échec, malgré un succès réel immédiat.

Peut-être que dans son esprit, faire autrement aurait été un retour à l’approche du RIN avec lequel il avait rompu. Peut-être aussi, pensa-t-il intérieurement, tout ce qu’il avait entrepris aurait été fait pour bien peu.

Nul doute, selon sa perspective, l’argent était le moteur essentiel de l’action politique. L’argent se prélève mais à condition d’avoir un crédit suffisant. Autrement, c’est le compte débiteur qui se gonfle, c’est-à-dire, étymologiquement, le compte du doute.

Le PRQ poursuivit son existence selon le même mode de fonctionnement, et, malheureusement, avec le même résultat : à l’automne 1963, le compte de banque du PRQ était à sec.

Marcel Chaput tenta de répéter son exploit, il s’engagea dans un second jeûne patriotique pour amasser la somme de 50 000 $ pour son parti. Il admettait ainsi objectivement l’échec du PRQ, mais Chaput, entêté, crut qu’il pourrait de nouveau en appeler à l’appui de la population. Mais ce second jeûne épuisa totalement son crédit. Après 63 jours de jeûne, 20 000 $ amassés et sans perspectives raisonnables d’atteindre l’objectif, sa santé sérieusement menacée, Marcel Chaput se rendit aux arguments d’une délégation de 20 personnes qui le supplia de cesser son action. Le 24 janvier 1964, Chaput mit un terme à ce deuxième jeûne patriotique, démissionna de la présidence du PRQ et rentra chez lui, seul et dépité. Le PRQ fut dissout par la suite.

L’aventure du PRQ n’avait pas duré une année. Elle se terminait dans la déception de plusieurs. Le RIN redevint le seul véhicule de promotion de l’indépendance. À ce moment-là, le RIN préparait son congrès annuel au cours duquel Pierre Bourgault allait être élu président.

L’échec du PRQ était celui de Chaput. C’était la fin de son engagement absolu dans la bataille de l’Indépendance. Il n’allait plus occuper de rôle majeur dans le mouvement indépendantiste. Il ne renia pas ses convictions. À l’invitation de Pierre Bourgault, il revint au RIN et se porta candidat de ce parti dans la circonscription Papineau en juin 1966.

Quelques considérations supplémentaires

Cette histoire ouvre quelques parallèles sur l’histoire du mouvement indépendantiste québécois dans les années 1960-70. La manière dont les partis indépendantistes gérèrent leurs besoins financiers en adéquation avec leurs propres modes d’action fut particulière à chacun d’eux.

Ainsi, pendant que Marcel Chaput s’activait à la construction du PRQ comme un parti ayant un aspect traditionnel de fonctionnement, au RIN, un homme inconnu jusqu’alors dans le mouvement indépendantiste et qui restera comme l’image de la discrétion même, prit en charge l’intendance du RIN au début de l’hiver. Il s’appelait Pierre Renaud.

Pierre Renaud accepta cette tâche à la demande d’André d’Allemagne, fondateur du RIN avec Marcel Chaput. Il ne s’engagea qu’à la condition que Marcel Chaput ne soit plus membre de la direction du RIN.

Renaud s’activa rapidement. D’abord, il ne renouvela pas le bail de la permanence du RIN situé alors sur la rue Mackay, au centre-ville de Montréal. Il trouva un autre local sis dans l’est de la ville de Montréal avec un loyer inférieur de 50 $ par mois à celui de la rue Mackay. Puis, il mit un terme au salariat de quelques personnes en même temps qu’il procédait à une consolidation des dettes du RIN. Selon lui, le RIN devait fonctionner selon ses moyens en privilégiant le bénévolat, ce qui le concernait personnellement ainsi que son épouse. Avec elle, il constitua un groupe de secrétaires bénévoles pour assurer le fonctionnement ordinaire du RIN. Pierre Renaud demeura trésorier du RIN jusqu’à sa dissolution, en octobre 1968.

Après les élections de juin 1966, le RIN, libéré de ses dettes et avec un nombre de membres plus important, commença à rémunérer trois personnes, dont Pierre Bourgault15. Mais encore là, le niveau de rémunération de chacun n’était pas à la hauteur de celui des dirigeants du PRQ.

Le système de Renaud avait ses limites face au défi de percer profondément et durablement le paysage politique québécois. Il aurait fallu plus de moyens. Mais le RIN n’en était pas encore là.

Une autre voie succéda à celle du RIN : ce fut celle de René Lévesque et du Parti québécois (PQ). Lévesque, conscient dès les débuts de son mouvement de la facture singulière de son option, souhaita que son instrument politique, le PQ, associât les revenus et l’action politique. Il opta pour un financement populaire. Au PQ, le financement populaire participait à l’action politique elle-même. Il unissait de fortes campagnes de recrutement et de renouvellement des membres, mobilisant pour ce faire de forts contingents de membres et bénévoles, ce qui solidifiait les relations entre membres et parti.

Pierre Renaud, devenu secrétaire général du PQ, participa à la mise en œuvre de cette alternative au financement des partis politiques par les élites économiques du Québec.

Trois méthodes, un même objectif. Les deux premières comportaient trop de limites inhérentes (coûts, générosité limitée, suivi rigoureux difficile) pour durer. La troisième s’imposa grâce à l’homme qui l’incarnait et au succès qu’il obtînt. Elle devint la norme.


1 Marcel Chaput, J’ai choisi de me battre, Montréal, Club du livre du Québec, 1963, p. 100.

2 Idem

3 Le Samedi, 20 juillet 1963, p. 8.

4 Marcel Chaput, op. cit.

5 PRQ, Communiqué de presse, 8 juillet 1963, Archives personnelles de l’auteur.

6 Idem

7 Idem

8 Compte-rendu de la réunion du Conseil central du RIN, 6-7 juillet 1963, BANQ, P300-19.

9 Lettre de Marcel Chaput aux membres du Parti républicain du Québec, non datée, Archives personnelles de l’auteur.

10 Idem

11 Montréal-Matin, 5 août 1963.

12 Le Devoir, 5 août 1963.

13 Le Devoir, 29 juillet 1963.

14 Le Devoir, 29 juillet 1963.

15 Il convient de préciser que Pierre Bourgault reçut une aide financière à partir de 1965 de la part d’un fonds constitué par Pierre Renaud, le Fonds Pierre-Bourgault, dont les revenus et dépenses n’étaient pas inclus dans ceux du RIN. Marcel Chaput fut membre de ce fonds. Après l’élection de 1966, le RIN octroya un salaire à Pierre Bourgault et à deux permanents : l’organisateur et une secrétaire. Le responsable du journal L’Indépendance recevait un montant forfaitaire pour chacun des numéros produits.

* Claude Cardinal a publié Une histoire du RIN chez VLB en 2015.

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