Catherine Bertho Lavenir et Denis Monière
Michèle Lalonde. Penser l’émancipation
Montréal, L’Action nationale Éditeur, 2025, 369 pages
Dès le début, la biographie de Michèle Lalonde, coécrite par Catherine Bertho Lavenir et Denis Monière, capte notre attention par son évocation de l’intensité et de la persistance de l’engagement de cette dramaturge à la fois intellectuelle et poète. Michèle Lalonde n’était pas seulement une femme engagée, mais aussi une femme progressiste, féministe et indépendantiste qui a dû surmonter de nombreux obstacles pour défendre sa vision d’une nation perçue comme colonisée, toujours sous l’influence de la religion et du joug de la domination anglo-canadienne. Cette biographie brosse le portrait d’une femme éduquée et nationaliste, célèbre avant tout pour le succès retentissant de son poème « Speak White », mais également d’une militante féministe investie dans une lutte d’émancipation toute aussi significative que celle qu’elle poursuit dans les diverses revues auxquelles elle participe, telle que la revue Liberté, qui était composée, rappelons-le, presque exclusivement, au début des années soixante, d’intellectuels masculins. Le livre de nos deux auteurs constitue une lecture incontournable et captivante pour appréhender l’évolution de la pensée intellectuelle entre les années soixante et l’an 2000.
J’ai eu la chance et le privilège de côtoyer Michèle Lalonde au Parti indépendantiste (PI) fondé en 1985 pour contrer le discours du Parti québécois, alors dirigé par Pierre-Marc Johnson, devenu assujetti au fédéralisme canadien et dont le programme politique s’inscrivait directement dans la continuité du « Beau Risque » décrété par René Lévesque peu avant son retrait de la vie politique. En effet, le PI, dirigé par la triade Denis Monière, Pierre de Bellefeuille et Gilles Rhéaume, s’est présenté aux élections de 1985 fort d’un nombre considérable de militants indépendantistes et d’un programme défendant l’accession à la souveraineté à la suite de l’élection d’une majorité de députés indépendantistes et non par référendum (p. 318).
De plus, en parcourant le livre, j’ai eu la surprise de voir mon nom apparaître à côté de ceux d’André D’Allemagne, de Guy Bouthillier et de Michèle Lalonde, ce qui m’a rappelé ma modeste contribution à la Commission politique du PI en 1985 (p. 319). Michèle Lalonde, soulignent les auteurs, propose alors un mémoire à la Commission parlementaire sur la culture du Québec au nom du Parti indépendantiste, transcendant la question linguistique avec une politique culturelle d’un Québec indépendant valorisant le statut économique des artistes et des créateurs, par la reconnaissance de leur statut légal et professionnel, ainsi que par l’attribution d’au moins un pour cent du budget national à la culture (p. 320).
Ce livre sur Michèle Lalonde illustre l’originalité et même la démarche subversive de la philosophe et poète qui a défendu tout au long de sa vie le projet d’émancipation nationale des Québécois par l’accession à l’indépendance. Il reste encore beaucoup à dire sur cette biographie extrêmement bien documentée, fruit d’un travail de recherche d’archives minutieux dont il convient de souligner la qualité des références biographiques et des entrevues éclairantes, nous permettant de mieux saisir l’importance de l’implication de Michèle Lalonde dans l’émancipation tant politique que socioculturelle de la nation québécoise. Je pourrais toutefois émettre une légère réserve concernant un manque de traduction en français de certains passages en anglais comme le paragraphe d’une entrevue de Michèle Lalonde parue dans une revue anglophone (note 324, p. 204). Cette petite omission dans la biographie magistrale des deux auteurs n’altère en rien la qualité de l’ouvrage, que je recommande chaudement à la nouvelle génération de jeunes indépendantistes, qui semblent avoir repris le flambeau de l’indépendance du Québec, pour le plus grand bonheur de tous ceux et celles qui ont défendu avec acharnement notre projet d’émancipation nationale au fil des années.



