Que dit le droit : province ou État?

Dès les années 1960 jusqu’à nos jours, les lois utilisent «Québec» plutôt que «province de Québec» ou «provincial» pour nommer l’État, ses institutions, organismes gouvernementaux et sociétés d’État.

Dès les années 1960 jusqu’à nos jours, les lois utilisent « Québec » plutôt que « province de Québec » ou « provincial » pour nommer l’État, ses institutions, organismes gouvernementaux et sociétés d’État. Quelques exemples de la première décennie :

1961 : Conseil d’orientation économique du Québec ;

1965 : Caisse de dépôt et placement du Québec ;

1967 : Bibliothèque nationale du Québec ;

1968 : Université du Québec ;

1969 : Archives nationales du Québec.

Évolution législative

Pour uniformiser les lois, la refonte des lois de 1977 remplace dans celles-ci « province de Québec » et « province » par « Québec », sauf exceptions pour des questions d’interprétation. Aussi, les lois utilisent « national » et « québécois » plutôt que « provincial » ; « État » remplace « Couronne ».

Aspects constitutionnels

La constitution du Québec comporte divers éléments, notamment des dispositions de la Loi constitutionnelle de 1867 et celles des lois québécoises qui régissent l’État.

À l’évidence, le nom fait partie de la constitution. Selon le droit constitutionnel, le Québec peut de lui-même modifier par une loi les dispositions de sa constitution que la Loi constitutionnelle de 1867 prévoit, sauf certaines exceptions. Celles-ci ne concernent pas le nom.

Ainsi, en 1968, la « Législature de Québec » (ancien nom du parlement) exerce ce pouvoir pour : 1) abolir le « Conseil législatif de Québec » (sénat québécois) ; 2) remplacer « Assemblée législative de Québec » par « Assemblée nationale du Québec » (G.-A. Beaudoin, La Constitution du Canada, 2004, p. 271-272 ; J.-Y. Morin et J. Woehrling, Les Constitutions du Canada et du Québec, 1992, p. 495).

De plus, la loi de 1968 remplace « Législature de Québec » (Legislature of the Province of Québec) par « Législature du Québec » (Legislature of Québec). Elle crée le titre de « Membre du Parlement du Québec ». Mais, c’est en 1982 que la loi remplace « Législature du Québec » par « Parlement du Québec » et « Assemblée nationale du Québec » devient alors « Assemblée nationale ».

En 2000, la Loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l’État du Québec utilise le nom « Québec » et, ajoute « État du Québec », forme longue du nom.

Dans l’affaire Henderson c. Procureure générale du Québec (2018 QCCS 1586, paragr. 361-386), la Cour supérieure reconnaît, entre autres, la constitutionnalité du nom « État du Québec ». Le citoyen à l’origine du recours interjette appel, tandis que le gouvernement fédéral mis en cause accepte le jugement.

Conclusion

En droit, les noms « Québec » et « État du Québec » remplacent « province de Québec » et « province ». De même, « national » et « québécois » remplacent « provincial ».

Complément

En 2001, pour ajouter « et Labrador » à son nom, la province de Terre-Neuve a requis l’autorisation du parlement fédéral, plutôt que de procéder uniquement par une loi terre-neuvienne. Les autorités ont invoqué des motifs frontaliers (autorisation requise), puis des motifs symboliques. À cette condition, le Québec ne s’est pas opposé.

Toutefois, le nouveau nom indique que tout le Labrador relève de la province de Terre-Neuve et Labrador. C’est plutôt la côte du Labrador, d’après le jugement de 1927. Une partie du Labrador intérieur relève pourtant du Québec (H. Dorion et J.-P. Lacasse, Le Québec : territoire incertain, 2011, p. 137-139).

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