Quelle place pour les langues officielles ?

Entretien de François Olivier-Dorais avec François Charbonneau

Plusieurs ont déploré, au cours de cette campagne électorale, le manque d’engagement des partis politiques au sujet de la question linguistique au Canada. Partagez-vous ce constat ? Quel bilan faites-vous de la dernière campagne électorale fédérale en matière de langues officielles ?

Je ne suis que partiellement en accord avec cette assertion. Il est vrai que cet enjeu a occupé relativement peu de place dans l’espace médiatique, mais cela tient à la fois à des facteurs circonstanciels (d’autres enjeux, comme l’environnement, l’affaire SNC Lavallin, voire le maquillage de jeunesse du premier ministre ont occupé plus de place), et à d’autres explications plus structurelles. Il me semble en effet que pour la vaste majorité des Canadiens et, me semble-t-il, des Québécois, le régime linguistique canadien assure quelque chose comme une relative paix linguistique que peu de gens veulent remettre en question.

Alexandre Soublière. La maison mère

Alexandre Soublière
La maison mère. Mémoires d’un Québécois Canadien français
Montréal, Boréal, 2018, 286 pages

Le constat que fait Alexandre Soublière est un constat d’échec. « Le projet du Québec aurait pu fonctionner, mais il a échoué », écrit-il. Son premier réflexe est alors de remettre en question le réalignement identitaire qui s’est opéré durant les années 60 lorsque les Canadiens français ont décidé de renouveler leur fidélité envers Québec plutôt qu’Ottawa pour assurer leur avenir national. « Le mot Québécois, plaide-t-il, a tenté de redéfinir un peuple, mais il ne l’a fait que partiellement. Il nous a coupés, et nous coupe encore, de plusieurs réalités qui nous habitent, et nous a dépossédés des mots pour les exprimer, et des concepts pour les sentir et les vivre. » Soublière est fatigué : « C’est tellement épuisant de grandir dans un non-pays ».

David Vermette. A distinct Alien Race: the untold story of Franco-Americans

David Vermette
A distinct Alien Race: the untold story of Franco-Americans
Montréal, Baraka Books, 2018, 390 pages

Entre 1840 et 1930, près d’un million de Canadiens français quittent ce qui est maintenant le Québec pour les États-Unis. Comme tant d’autres communautés immigrantes, ils se sont par la suite fondu dans le grand melting pot américain  : en 2018, leurs descendants étaient estimés à 10 millions d’individus, dont 20 % vivaient toujours en Nouvelle-Angleterre, le point d’arrivée de la grande majorité des premiers migrants.

Canadiens français pendant deux siècles et demi

Membre émérite de la Ligue d’action nationale

Le grand sociologue Fernand Dumont disait, avec raison : on n’invente pas un peuple, on n’improvise pas une nation. Il a rappelé souvent et avec insistance que depuis deux siècles et demi, nous nous sommes définis comme Canadiens français. Il n’acceptait pas que surgisse soudain une « nation québécoise ».

Éléments de réflexion pour une repolitisation du Canada français

* François-Olivier Dorais est historien et professeur à Université du Québec à Chicoutimi, Jean-François Laniel est sociologue et professeur à Université Laval.

Qui eut cru, il y a à peine quelques mois de cela, que l’Ontario français se trouverait propulsé au cœur de l’actualité politique et médiatique québécoise, que les coupes du gouvernement ontarien dans les institutions de l’Ontario français et la mobilisation de la communauté franco-ontarienne seraient suivies et commentées jour après jour, semaine après semaine, par La Presse comme par le Journal de Montréal, par le Parti libéral du Québec comme par Québec solidaire ? Que le premier ministre François Legault, à l’aube du premier mandat autonomiste caquiste à la tête de l’État québécois, semoncerait son vis-à-vis ontarien en lui rappelant que les Franco-Ontariens ne constituent pas une minorité ethnique et linguistique parmi les autres au Canada, à l’instar de la diaspora chinoise à qui le premier ministre Doug Ford les comparait, mais bien les membres de l’un des « peuples fondateurs » du pays ? Que l’Assemblée nationale du Québec, dans une rare unanimité dont elle a le secret, déciderait de hisser le drapeau vert et blanc de l’Ontario français à l’une de ses tours, et que cette motion à la mémoire longue, dénonçant une « nouvelle atteinte aux droits d’une communauté francophone en situation minoritaire au Canada1 », serait présentée par le parti politique dont le chef charismatique parlait naguère des « dead ducks » hors Québec ? Qui eut cru, bref, il y a à peine quelques mois de cela, que les ressorts du Canada français demeuraient si tendus ?

Au pays fantôme de Jack Kerouac

J’ai lu les écrits français de Jack Kerouac au printemps dernier. Cela s’inscrivait, pour moi, dans une démarche de découverte du Canada français. Je m’étais intéressé plus tôt à l’Acadie, à la Gaspésie, aux écrits de Jacques Ferron et de Gabrielle Roy… mais pénétrer le monde de Kerouac a été une révélation. Je voulais savoir ce qu’il en restait.

Je suis né en 1980 et j’ai grandi au sein de la classe moyenne en région, dans un bungalow non loin d’un centre d’achat. J’avais tendance à dire : « comme tout le monde ». Je suis et j’ai toujours été Québécois. Je n’ai pas vécu l’univers culturel du Canada français traditionnel, ou si peu. Mais voilà : aujourd’hui, même un ministre du gouvernement québécois (Jean-Marc Fournier, pour ne pas le nommer) nous invite à nous redéfinir comme Franco-Canadien. On a beau vivre dans le pays imaginaire, tout ça devient trop réel. Je voulais en savoir davantage. Avec Jack Kerouac, j’ai voulu voir comment ça s’était passé dans le « Canada d’en bas ». Je vous présente ici le fruit de mon travail. Je suis parti pour une semaine en terre franco-américaine, j’ai rencontré des membres éminents de la communauté, et j’en ai tiré le texte que voici.

L’université franco-ontarienne : Des vœux pieux

Ancien journaliste et éditorialiste au journal Le Droit

La ville d’Ottawa avait connu un janvier chaud en 1916. Quatre ans plus tôt, le gouvernement conservateur provincial de Sir James Whitney avait adopté le « Règlement 17 », ayant pour effet d’interdire l’enseignement en français après la deuxième année du primaire dans les écoles franco-ontariennes, et la lutte entreprise par les collectivités canadiennes-françaises pour protéger leur langue et leur culture touchait à son paroxysme.

Dans la basse-ville largement francophone, un quartier ouvrier pris en étau entre la rivière Rideau et la colline parlementaire, l’école Guigues était devenue un foyer de résistance où les « demoiselles Desloges » (deux sœurs) persistaient à instruire leurs élèves en français. Menacées par les autorités scolaires, elles étaient protégées par des femmes qui tenaient la police à distance avec des épingles à chapeaux…

L’autre épopée d’un petit Canada modèle et insulaire

En tant que nation, nous devons célébrer les étapes dans l’histoire de notre pays, comme le 150e anniversaire de la Conférence de Charlottetown. Ces réunions historiques ont été les piliers qui ont contribué à façonner le Canada que nous connaissons aujourd’hui. Sharon et moi sommes impatients de visiter le lieu de naissance de la Confédération, l’Île-du-Prince-Édouard, et d’assister aux événements officiels et aux activités qui reflètent ce que nous sommes en tant que Canadiens et définissent ce à quoi nous aspirons.

– David Johnston, gouverneur général du Canada, 13 juin 2014

L’Acadie, c’est au fond un projet, un projet de faire histoire, voire même de faire société. Elle n’est pas d’abord un fait social, mais bien une entité nationale ; elle n’est donc pas éphémère, mais ancrée dans le temps ; et elle n’est pas que plainte, que cause, elle est une épopée.

– Patrick D. Clarke, historien, 17 août 2009

Memramcook

En retrait de la route Transcanadienne dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, on trouve un village considéré comme le berceau de la renaissance acadienne. Par une route secondaire, on accède à Memramcook. C’est là qu’a eu lieu la première Convention nationale acadienne en 1881, quand 5000 Acadiens s’étaient réunis au collège Saint-Joseph[1] pour discuter d’avenir national.