Trêve de chinoiseries !

Inscrire les traces de l’histoire d’un territoire habité dans la toponymie d’une ville est un acte civilisateur fondamental, qui relève de la charge d’élu municipal, et contribue à souder les liens entre des concitoyens aux origines diverses.

Oui, je le concède, le terme chinoiserie a parfois un sens quelque peu péjoratif. De là l’importance de l’associer au mot trêve qui signifie cessation, interruption. Dans le langage courant, ce mot signifie tracasserie. Dans ses éditions très anciennes, Larousse définissait ainsi ce terme : construction mesquine et surchargée de détails de mauvais goût… Mais, le Larousse s’est repris depuis ce temps et donne maintenant deux sens au mot 1) Objet de luxe et de fantaisie, venu de Chine ou exécuté en Occident dans un goût s’inspirant de la Chine; décor, œuvre d’art, motif de style et 2) Subtilité excessive aboutissant souvent à des complications tracassières, avec comme exemple pour aider à en comprendre le sens, les chinoiseries de l’administration. Donc, à moins de vouloir se référer à un vase imitant ceux de la féconde dynastie Ming, mieux vaut dire basta les chinoiseries, qu’elles viennent d’une administration ou d’ailleurs.

Pourquoi donc dans ce cas, la ville de Brossard fait-elle tant de chinoiseries avec les origines nationales et ethniques de ses résidents?

Un portrait démographique subjectif

Dans son portrait démographique, la Ville de Brossard nous dit qu’en se basant sur le recensement de 2021, 16,2 % des résidents de Brossard sont d’ethnie chinoise. Il y a deux mois, la Ville, se référant au même recensement, écrivait que ce même groupe représentait 13,2 % de la population… Un nouveau comptable municipal a-t-il tenté de démêler à son tour les données de Statistiques Canada? Mais, les deux chiffres sont tout aussi inexacts l’un que l’autre et l’on peut le justifier par :

Numéro un : L’ethnie chinoise n’existe pas ! En Chine continentale, 92 % de la population est issue de l’ethnie han. Le reste se répartit dans l’une ou l’autre des 55 autres ethnies reconnues. N’allez évidemment pas dire à un Tibétain ou à un Ouïgour qu’il est d’ethnie chinoise, il ne sera pas content même si ça correspond à la nationalité inscrite dans son passeport, si on lui en donne un…

Numéro deux : Le chinois n’est pas non plus une langue. Les principales langues parlées en Chine sont le mandarin et la cantonnais (yue) auxquels s’ajoutent une foule de variantes ou dialectes régionaux comme le minnan et le wu qui sont parlés dans certaines maisonnées brossardoises, selon le recensement.

Numéro trois : Être Chinois signifie avoir la nationalité accordée par la République populaire de Chine. Ainsi, même s’ils sont cousins, parlent la même langue et sont issus de la même culture ancienne, un Chinois et un Taïwanais ne partagent pas la même identité nationale ni la même culture contemporaine par ailleurs.

Numéro quatre : Désolé, la cuisine chinoise n’existe pas non plus. La Chine possède une fabuleuse culture émanant d’une civilisation millénaire, mais de nos jours, à moins que vous ne soyez encore nostalgique de votre bon vieux numéro 2 pour 3 ou de votre Chow Mein Cantonese Style des années 1960-70 du Great Wall Café ou encore du restaurant Kenny Wong dont le propriétaire avait eu il y a fort longtemps la sympathique idée d’afficher simplement Chez Wong au-dessus de sa porte d’entrée, il faut dorénavant être beaucoup plus subtil et précis pour se référer à une des huit grandes cuisines régionales chinoises : cantonaise, sichuanaise, hunanaise, fujianaise, etc. N’allez évidemment pas confondre une soupe aux nouilles lanzhou avec une soupe pho vietnamienne bien anisée ou avec une soupe bun mam aux poissons même si s’il s’agit du pays voisin. En Asie, les nouilles, c’est du sérieux ! C’est même une question identitaire, en fait.

Numéro cinq : Par définition, les Chinois de Chine qui ont été formellement reçus citoyens canadiens ne sont dorénavant plus chinois. Ils sont, par un acte de leur volonté, Canadiens tout autant que les descendants d’immigrants écossais, de juifs persécutés en Europe de l’Est, de boat people d’Asie du Sud-Est ou encore que de récents immigrants reçus du Maghreb ou du Pakistan le sont devenus. Les descendants français comme anglais, eux, étaient ici quand l’idée d’un Canada « indépendant » a pris naissance peu après la révolte des Patriotes du Haut et du Bas-Canada encore sous contrôle de la Couronne britannique. La notion de deux peuples fondateurs que Pierre Elliott Trudeau a remplacée par celle de multiculturalisme vient de là.

Donc, si quelqu’un parle des Chinois de Brossard, il ne peut se référer qu’aux résidents originaires de Chine qui n’ont pas encore changé de citoyenneté. Je ne vous aiderai malheureusement pas à les compter en vous disant qu’ils sont parmi les 11 910 résidents de Brossard (13,4 % de la population) qui ne sont pas citoyens canadiens et qui proviennent des quatre coins de la planète.

Utiliser les données de Statistiques Canada pour tenter de catégoriser les résidents d’une ville selon leur ethnie est vraiment très mal avisé, parce que ces informations proviennent d’autodéclarations et que les répondants peuvent facilement confondre ou mal interpréter, pour un million de raisons, des notions comme ethnie, culture, citoyenneté, langue, identité nationale, race, etc. Il faut avoir fait l’effort d’exorciser son Elvis Gratton1 intérieur et ne pas avoir coulé son cours de statistiques pour avoir les idées claires sur une telle question… Sinon, ce peut être périlleux. Par exemple :

La Ville écrit que Brossard regroupe 57 communautés et détaille ensuite les pourcentages de ce qu’elle considère comme les cinq principaux groupes ethniques présents sur son territoire. Éclairez-moi, quelle est, pour la Ville de Brossard, la différence entre une communauté et un groupe ethnique? Les nuances deviennent dures à faire surtout quand plusieurs parlent maintenant des communautés noires… ! Ça fait quatre fois que je recompte les lignes du recensement et j’arrive toujours à 204 origines ethniques différentes déclarées dans les données du recensement 2021 et non à 57 comme l’indique la Ville. Quelles sont les 147 ethnies exclues (204 moins 57)?

La lecture des données du recensement de 2021 est malheureusement confondante pour quiconque aimerait tenter de comprendre ce qu’est l’ethnie canadienne, qui compte pour 12,7 % de la population, ou encore cette intrigante ethnie française qui représente 13,5 % de la population.

  1. Voyez-vous, certains de nos concitoyens que nous aurions pu, d’emblée, considérer comme Canadiens ne se déclarent pas dans cette ethnie. Ils se considèrent plutôt Anglais (2,1 %), Irlandais (3,8 %) et Écossais (2,0 %) ou encore Gallois, Ontariens, Albertains, Terre-Neuviens, etc. … Si vous pensiez vous en tirer en pensant que le 13,5 % sont de toute évidence des Canadiens anglais originaires des îles Britanniques, vous faites erreur, car certains de nos concitoyens d’origine sikhe, bulgare, pakistanaise, etc. se considèrent et se déclarent dorénavant, après deux générations, aussi d’ethnie canadienne, tandis que leurs frères et sœurs s’identifient à celle de leurs grands-parents…
  2. Même phénomène du côté de l’ethnie française (13,5 %) qui serait distincte de celle des Canadiens français (3,4 %) et des Québécois (4,7 %) et qui n’inclurait pas non plus ceux qui se considèrent plutôt comme Acadiens, Franco-Ontariens, Normands, Bretons, ni même ceux de nos concitoyens qui se déclarent d’ethnie gaspésienne…
  3. Outre le fait de confondre ethnie, pays d’origine ou langue, les réponses de certains de nos concitoyens nous obligent à revoir l’élasticité de nos notions ethnographiques. En effet, 820 résidents se déclaraient être d’ethnie blanche, tandis que 305 seraient d’ethnie noire… 545 d’ethnie chrétienne, 659 d’ethnie musulmane, 175 d’ethnie copte, 120 d’ethnie bouddhiste, 60 d’ethnie sikh, etc. Il ne manque vraiment que quelques raëliens pour compléter la mosaïque…
  4. Bravo à nos concitoyens d’origines berbère et maya ! Vous avez bien compris le sens du mot ethnie et ses assises dans l’histoire de vos origines anciennes et fascinantes. Ne vous laissez jamais enfermer dans les fausses ethnies fourre-tout du genre arabo-africaine ou latino-américaine !

Toutes ces chinoiseries municipales sur les ethnies occultent toutefois la réalité de la langue par laquelle nous devons nous comprendre entre concitoyens au quotidien et qui devrait être la priorité de nos élus. Langues maternelles des résidents en 2021 : français 42 %; anglais 12,6 %, autres 45,4 %.

Étant donné que Brossard attire maintenant beaucoup moins de nouveaux résidents ayant le français comme langue maternelle qu’à une autre époque et qu’une large part de ceux qui sont ici sont des retraités, le pourcentage de résidents avec le français comme langue maternelle ne va que continuer à diminuer. 30-35 % au recensement de 2026? 20-25 % à celui de 2031? On parlera alors de la minorité audible à Brossard. C’est ici que langue et culture se rejoignent : parler français ne suffira pas si cela ne s’accompagne pas des moyens de s’approprier l’histoire pour se construire une appartenance.

Peut-on s’entendre sur le fait que les données de Statiques Canada relatives aux origines ethniques ne sont pas factuelles, mais plutôt des autoreprésentations subjectives que se font d’eux-mêmes nos concitoyens, autant les nouveaux que les plus anciens? Cette subjectivité identitaire modulable ne me pose pas de problème, dans la mesure où personne ne confond de telles autoreprésentations avec des faits.

Et les chinoiseries dans tout ça? Comment y mettre un terme?

Au lieu de se complaire dans un multiculturalisme diviseur et centré sur de pseudo-différences, célébrons les appartenances avec dignité et respect. Et faisons-le avec panache !

Proposition 1 : Renommer le boulevard San Francisco en boulevard Sun-Yat-Sen

Afin de reconnaître la présence marquée de nos concitoyens originaires de Chine, je propose de renommer le boulevard San Francisco en boulevard Sun-Yat-Sen, personnage déterminant et profondément respecté de l’histoire contemporaine chinoise s’il en est un. La contribution de Sun Yat Sen à la pensée et la philosophie mondiale est reconnue partout dans le monde : statues à Toronto, San Francisco, etc. ; place Sun-Yat-Sen à Montréal; le Dr Sun Yat-Sen Classical Chinese Garden à Vancouver; etc. Taïwan reconnaît formellement la philosophie sociopolitique de Sun Yat Sen dans sa constitution. La Chine le reconnaît aussi, mais avec une petite réserve préférant considérer l’œuvre de Mao comme premier fondement politique et non celle de Sun Yat Sen duquel Mao s’est pourtant largement inspiré. En plus, son nom commence par un S, comme le reste du quartier…

Proposition 2 : Donner enfin un vrai nom au Grand Parc Urbain en le baptisant Parc de La Pinière

Qu’est-ce qu’un grand parc urbain (GPU)? Selon l’OQLF, il s’agit « d’un grand parc public aménagé dans une ville ou en périphérie pour permettre à la population de bénéficier de loisirs de plein air à proximité ». Ainsi, à Montréal, les parcs Angrignon, Lafontaine, du Mont-Royal, Jean-Drapeau, Maisonneuve sont des GPU tout comme les parcs de La Cité et Michel-Chartrand à Longueuil ou encore le parc Stanley à Vancouver, Central Park à New York ou Hyde Park à Londres. Non, nulle part ailleurs, il n’y a de Big Urban Park (BUP). Ne parlez toutefois pas de tout ceci à Donald Trump, car l’idée de renommer Central Park en The Great Big Beautiful Park pourrait devenir son prochain dada…

Pourquoi avoir nommé ce parc GPU au lieu simplement de Parc La Pinière, du nom du boulevard sur lequel il est situé? Il y a quelques années, c’est le comité de toponymie de notre ville – composé d’élus et de diverses ressources rémunérées – qui a, après un appel à suggestions, choisi le nom de Grand Parc urbain de Brossard. Manque de choix, méconnaissance de l’histoire ou déficit chronique d’inspiration? Ou avaient-ils d’autres objectifs en tête? Vous vous en doutez sûrement, je penche plus pour la deuxième option.

Selon moi, la seule raison pour avoir nommé ce parc Grand Parc Urbain de Brossard est pour imposer un nom qui rime avec tours et condos urbains, comme dans think big chers résidents de Brossard. À moins que ce ne soit pour stimuler la vision d’un Manhattan sur Taschereau qui fait rêver certains et certaines. Il est plus probable que ce ne soit que pour aligner tout le monde sur le discours marketing des promoteurs immobiliers qui espèrent attirer des investisseurs jet-setters du monde entier à venir acheter des condos dans leurs tours, pas pour y vivre, mais pour y avoir des pied-à-terre et des sources diversifiées de rendement sur investissement. Tout ça, sous le couvert d’un discours, ici fallacieux, d’une densification nécessaire pour donner des logements abordables à ceux qui en cherchent désespérément.

  1. On a vraiment l’impression que la Ville de Brossard a choisi la même firme de marketing pour gagner le concours de superlatifs auquel se livrent nos divers promoteurs immobiliers. « Environnement grandiose, en symbiose avec le paysage urbain, des vues exceptionnelles pour les inconditionnels urbains, accessibilité urbaine, un phare urbain… », utilisés par Devimco pour ses différentes tours au Solar, justement en face du GPU. « Un nouvel art de vivre, un monde serti de raffinement, au cœur d’un écrin, dans le nouveau Brossard… » de la part des promoteurs du projet de condos Georges-Henri qui n’en finit plus de ne pas démarrer, projet en fait situé sur un coin passant avec deux stations de service et un garage de mécanique sur les trois autres et une vue sur la cour à bois du RONA… ! C’est peut-être vendeur sur papier à Dubaï ou Macao, mais pas par ici.
  2. L’administration Assad a même poussé cette synergie élus-promoteurs malsaine en adoptant une nouvelle identité visuelle avec tour et pylônes de pont à l’avant-scène et en adoptant une nouvelle signature : Vivre au présent. Bâtir le futur. Ça sonne plutôt comme le slogan d’une compagnie de construction quant à moi ! Alors, que dans la réalité, pas loin de 85 % de la population habite dans des unifamiliales, condos ou logements dans des édifices de moins de six étages. D’ailleurs, si on se réfère à la décision rendue par la Commission de la représentativité électorale2 qui a du intervenir, à nos frais, pour renverser le projet de découpage électoral de l’administration Assad en 2024 notamment parce que « la préservation des communautés naturelles et le sentiment d’appartenance sont importants aux yeux des commissaires », alors qu’ils avaient été sciemment omis par ces élus et « le district numéro 12 du REG-478 (NDLR : alias le tour du trou de beigne de Taschereau3) comporterait plusieurs barrières physiques importantes et scinderait plusieurs quartiers historiques », on constate que les deux seuls districts électoraux où il y a actuellement des tours représentent un peu moins de 15 % des 63 458 électeurs recensés par la CRÉQ : district 1 (Solar) 7,6 %; district 12 (secteur Saint-Laurent) 7,2 %. Ça, c’est la réalité ! Pour moi, le district Saint-Laurent avec sa très forte proportion d’aînés a un peu l’âme encore juvénile d’un village qui se serait développé, un peu à part et en hauteur, comme pour démocratiser pour le plus grand nombre possible la vue sur le fleuve. Le Solar, quant à lui, est vraiment une autre sorte de bibite.
  3. J’appelle plutôt ça utiliser l’argent des contribuables pour soutenir et promouvoir des intérêts commerciaux privés et non pas une action civilisatrice comme celle dont il faudrait s’attendre d’élus. Quand même, aucun peuple, nation ou ethnie dans l’histoire de l’humanité n’a fondé ses racines et son appartenance sur une tour à condo ou un centre d’achat, aussi urbain soit-il ! Ça n’a pas fonctionné à Babel et ça ne fonctionnera pas ici.

Et lui, il vient d’où le nom du boulevard Lapinière au fait? Brossard est une ville jeune, fondée en 1958, mais son territoire a une histoire ancienne. Très longtemps avant le traçage de nos rues et boulevards et délimitations actuelles de secteurs, le territoire que nous occupons collectivement faisait partie d’une seigneurie sous le Régime français qui était divisé en « côtes », en quelque sorte des délimitations « cadastro-administratives » et par après et pour longtemps, le Brossard d’aujourd’hui était en fait la campagne de la ville de La Prairie ! La majeure partie du territoire actuel de la ville de Brossard faisait anciennement partie de la Côte de La Pinière, une division de la Seigneurie de La Prairie-de-la-Magdeleine. Ce que nous appelons aujourd’hui le Boulevard Lapinière servait en fait de frontière avec la seigneurie voisine. Ce qui est aussi intéressant à considérer, c’est que ce que nous appelons aujourd’hui les secteurs A, les B, les C, où se trouve justement le GPU, et les E faisaient plutôt partie à cette époque de la seigneurie voisine, connue sous le nom de Baronnie de Longueuil.

Tout aussi intéressant que cohérent, quand on consulte des ouvrages anciens du temps de la Baronnie de Longueuil, on lit qu’on se référait aussi à ce secteur – les A, B, C, E – comme le secteur de La Pinière. Il devait très certainement y avoir une belle grosse talle de pins dans ce coin pour lui avoir donné ce nom ! Le GPU est donc situé pile-poil sur un très ancien carrefour sociogéographique un peu à l’image, j’oserais dire, de l’ensemble du Brossard d’aujourd’hui qui est devenu un carrefour humain. Nos origines ici ne remontent pas aussi loin que celles de la civilisation chinoise, mais c’est le plus loin qu’on puisse aller si on veut parler de foyer d’établissement et d’occupation permanente du territoire de la ville de Brossard et des fondements de la société distincte qu’est le Québec. Si on ne vous l’a pas encore dit, vous comprendrez que c’est beaucoup à ça qu’on doit le Je me souviens sur nos plaques d’immatriculation !

Toute identité nationale et culturelle (ou ethnique, comme aime nous le rappeler notre Ville) repose sur l’histoire et la mémoire collective des peuples et des nations. On ne peut aller de l’avant si on ne sait pas d’où on vient et, sans mémoire, pas de culture, sauf peut-être celle des affairistes qui utilisent la même devise à travers les âges.

Dans une ville comme Brossard qui met actuellement beaucoup d’efforts pour souligner la diversité des riches patrimoines culturels et ethniques des nouveaux arrivants, ne serait-ce pas une bonne idée de célébrer, avec reconnaissance, les premiers résidents à avoir défriché les terres sur lesquelles sont aujourd’hui érigés nos maisons, condos et nos centres d’achat? À moins justement de vouloir faire oublier ce passé?

Inscrire les traces de l’histoire d’un territoire habité dans la toponymie d’une ville est, nul doute, un acte civilisateur fondamental, une responsabilité existentielle dirais-je même, qui relève de la charge d’élu municipal, car il donne un sens commun à des lieux, personnages et événements que tous n’ont pas vécus ou peu connus, contribuant ainsi à souder les liens entre des concitoyens aux origines diverses. Il faut une référence tangible et inscrite dans les lieux pour construire une vraie convivialité.

Que faire maintenant?

Honorer adéquatement les racines anciennes de la société québécoise en remontant aux premiers jours de la Nouvelle-France rend beaucoup plus facile la célébration de nouvelles cultures qui se joignent à une société en constante évolution pour leur faire de la place. Je crois que certains appellent ça l’intégration, un acte humain plus heureux à vivre que l’immigration, trop souvent déchirante. C’est ce qu’attend l’État du Québec en conférant des pouvoirs à des élus locaux et c’est ce à quoi s’attendent tous les résidents de Brossard qui les élisent. Chers élus, un peu de hauteur de vue SVP, pas de chinoiseries.

Baptisons donc adéquatement notre premier grand parc urbain et ensuite élargissons nos horizons pour inclure, graduellement dans notre toponymie, des noms de personnages importants et significatifs à leurs yeux et dans leurs cultures d’origine afin que tous les résidents de Brossard se sentent encore plus chez eux. Il est primordial que tous ceux qui se qualifient eux-mêmes de nouveaux arrivants comprennent l’histoire du territoire qu’ils habitent pour qu’il devienne aussi le leur et qu’ils s’y sentent chez eux. Le Parc de La Pinière sera une référence porteuse de sens et d’histoire.

Bien qu’il semble d’apparence neutre, le nom de Grand Parc Urbain renvoie à un geste de rupture, de désincarnation. C’est un nom sans esprit qui peut s’appliquer à n’importe quel parc, n’importe où. Et qui peut se retrouver dans la brochure promotionnelle de n’importe quel développeur immobilier. Pour affirmer l’identité de Brossard, on repassera. Ce n’est pas aux manieurs d’argent, aux promoteurs immobiliers et autres visionnaires du meilleur placement qu’il revient de le faire. C’est d’abord du devoir des élus de faire le nécessaire pour que le milieu de vie soit parlant afin de donner aux citoyens des repères et des récits auxquels adhérer.

* * *

De grâce, rassurez-moi, j’espère que personne ne cherche à remplacer le nom du boulevard La Pinière par celui du boulevard de La Pépine…


1 https://youtu.be/lZS7sOOpELI?si=R3uGIuw0qWnbXd2B

2 https://docs.electionsquebec.qc.ca/MUN/674e2072b9791/CRE-avis-decision-Brossard-2024-12-03.pdf

3 https://donnees.electionsquebec.qc.ca/autres/Consultations-CRE/Brossard_2024-09-16/Memoire_CProvost_caviarde.pdf

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