Le pays woke et multiculturel, ou comment un pays glisse dans des univers parallèles

Une analyse des liens entre le Parti libéral du Canada et les minorités d’origine immigrante lors des élections fédérales de 2015, 2019 et 2021.

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Les élections fédérales du 19 octobre 2015, du 21 octobre 2019 et du 21 septembre 2021 ont toutes trois porté les libéraux de Justin Trudeau au pouvoir ; 2015 en gouvernement majoritaire, 2019 et 2021 en gouvernement minoritaire. Envers et contre toute compréhension la plus élémentaire qui soit, mais comme chaque fois, les interprétations les plus fantaisistes reviennent. « Les électeurs ont décidé du paysage politique pour les quatre prochaines années ». « Ce sera encore l’Ouest contre le Centre et l’Est » ou « les villes contre les campagnes » ou « le Québec contre le “Reste du Canada” » (le RdC), comme au temps des belles années du Bloc québécois (BQ). « Rien de tout cela », selon d’autres, plus perspicaces : ces trois élections, qui ont porté Justin Trudeau au pouvoir, traduisent tout le charisme et l’habileté de celui-ci de même que la réussite de son équipe d’élus et… de non-élus. Sans rejeter totalement ces éléments d’explication des résultats réels, il reste pourtant impossible de comprendre quoi que ce soit à la nature du Parti libéral du Canada (PLC) et des gouvernements qu’il a formés sans examiner les résultats globaux (les tableaux sont disponibles dans notre site internet) :

  • À la simple lecture du Tableau A1, il saute aux yeux que les élections de 2019 et de 2021 se sont soldées par des victoires aux voix pour le Parti conservateur (PC), mais par des défaites aux sièges, lesquels ont couronné le PLC.
  • Deuxio, avec moins du tiers des voix, le PLC est néanmoins le parti appelé à former le gouvernement en 2019 et 2021 ; au fédéral, on ne peut trouver un parti porté au pouvoir avec de plus faibles appuis populaires.
  • Tertio, si les distorsions ont bénéficié au parti vainqueur, elles ont parfois légèrement renforcé la position du PC et celle du BQ, comme en 2019 et 2021. Autrement, la « prime au gagnant » provient de tous les tiers partis. Et lors des deux dernières élections, tous les partis ont alors contribué à mettre en selle un parti que plus des deux tiers des Canadiens n’ont pas voulu voir gouverner.

Mais nous nous intéressons au PLC, et plus précisément à la composition de ses appuis et au lien de représentation qui est à la base de son action politique et gouvernementale. Quelle est donc la nature du PLC ? La thèse la plus probable veut qu’il soit insaisissable, opportuniste, allant du centre-gauche au centre-droite l’échiquier politique fédéral selon les circonstances. On l’a dit former des gouvernements qui s’appuient sur les classes moyennes, mais qui sont contrôlés par l’élite torontoise et montréalaise, alliant notamment population instruite aux professions intellectuelles et sociales et aux administrations publiques. On l’a également pensé former des gouvernements émanant du centre du pays face aux provinces productrices de pétrole. À cet égard, parce qu’elles mettent l’accent sur les motivations individuelles et non sur la valeur des votes, les analyses qui ne tiennent pas compte des impacts politiques des institutions sont peu utiles pour comprendre les résultats des élections.

On peut à bon droit se demander ce qu’est la place des minorités d’origine immigrante dans les succès du PLC, en particulier quand on sait que ces minorités lui offrent de forts appuis. Le caractère plus ou moins bloc de leur vote intrigue1 quand on sait qu’une part des minorités est formée de conservateurs idéologiques ou religieux prompts à appuyer le Parti conservateur (PC) alors qu’une autre est composée d’électeurs franchement de gauche qui appuient le Nouveau parti démocratique (NPD).

Ce texte n’est pas une analyse du multiculturalisme ni du « wokisme », notamment de la manière dont l’électorat réagit à la part de l’un et de l’autre présentes dans l’identité, le programme et la plateforme du PLC et de chacun des partis lors de chaque élection. Il s’agit plutôt de voir comment s’interpénètrent les différents types de clivages expliquant les comportements électoraux, les premiers, qui sont en lien avec l’appartenance à une classe sociale, à une génération, à une région, etc., et les seconds, qui sont de nature identitaire, incluant l’origine immigrante, le lieu de naissance, la culture, les traits physiques qui en font des minorités visibles (ou même audibles), la religion, etc. L’hypothèse consiste à mesurer la place des minorités issues de l’immigration et à déterminer à quel point, malgré leur poids démographique mineur à l’échelle canadienne, elles occupent une place aujourd’hui prépondérante au sein des gouvernements libéraux et constante à tous les niveaux de pouvoir. Grâce aux distorsions induites par le mode de scrutin majoritaire, elles parviennent à constituer un poids déterminant quant à l’orientation politique des gouvernements libéraux.

L’élément commun des communautés minoritaires

Comment peut-on parler d’un clivage identitaire au Canada ? Dans la perspective multiculturelle, « tous les Canadiens sont des descendants d’immigrants », à l’exception des autochtones. Mais même là, les autochtones pourraient être considérés « issus de l’immigration », puisqu’ils sont originaires d’Asie. Mais alors, comment identifier les populations d’origine immigrée pour les fins présentes ? Les populations d’origine française et britannique sont considérées comme « populations natives », c.-à-d. celles dont la place a été consacrée dans l’histoire du pays, notamment lors de ses grandes étapes constitutionnelles et dans ses institutions nationales. Les populations d’origine immigrée sont celles qui ont dû s’adapter à ces institutions, sachant qu’elles ne disposeraient pas du droit, du pouvoir et des institutions qui leur permettraient de s’intégrer sans s’assimiler culturellement et linguistiquement.

Il existe de multiples façons de définir les groupes minoritaires issus de l’immigration. Compte tenu des variables disponibles au dernier recensement, elles peuvent être définies comme étant :

  • les communautés dont les membres sont essentiellement immigrants ou enfants d’immigrants, soit les première et seconde générations ; ces groupes ont en commun une expérience concrète qui les singularise par rapport à la population native ;
  • les communautés qui se singularisent par le fait qu’il s’agit de locuteurs utilisant une tierce langue, ce que sont des allophones, soit par leur langue maternelle ou leur langue parlée le plus souvent à la maison. Rarement ces allophones concernent-ils des personnes de troisième génération ou davantage ;
  • d’autres communautés appartenant à la catégorie appelée « minorités visibles » par le gouvernement fédéral : sud-asiatiques, chinois, noirs, philippins, latino-américains, arabes et autres ;
  • d’autres communautés non immigrantes entrant dans la constitution de la communauté anglophone au Québec ou de l’une des communautés francophones dans les autres provinces.

    La diversité des origines pour ces groupes minoritaires constitue un obstacle de taille à l’émergence d’une seule et unique identité culturellement distincte. Une telle identité commune ne peut donc avoir une seule base migratoire, ethnique, culturelle, religieuse ou linguistique. L’identité commune ne peut être que politique. Elle doit être supra-communautaire, c’est-à-dire primer sur les identités particulières et sur tous les autres clivages sociaux. Au-delà de toutes les distinctions culturelles se trouve l’expérience commune d’être minoritaire dans une société majoritairement blanche, instruite et aisée, appuyée par les institutions nationales et globalement aux commandes politiques et économiques du pays.

    Si cette expérience « minoritaire » dépasse le Québec et son statut constitutionnel, elle rejoint pleinement la minorité anglophone du Québec, dont les trois quarts sont néanmoins d’origine immigrante, même si son statut minoritaire est discutable, de même que les minorités francophones hors Québec, en les noyant cependant dans le tout minoritaire. Le besoin de reconnaissance et le désir de justice, voire de réparation, envers chacune des communautés constituantes sont à la base de leur action politique. Le nationalisme québécois rejoint ici le nationalisme canadien pour les membres des communautés minoritaires. Il s’agit de trouver le meilleur moyen de protéger le statu quo politique et l’avenir face aux projets de retrait de l’État fédéral ou d’indépendance du Québec. C’est ici qu’entre en scène un parti dédié à ces objectifs plus que tous les autres : le PLC, construit purement artificiel dépendant des caprices du mode de scrutin majoritaire !

    Tous les acteurs politiques sont des construits artificiels

    Toutes les institutions politiques et tous les mécanismes de représentation comportent des conséquences politiques qui sont déterminantes quant à l’exercice du pouvoir. Le moindre changement apporté à l’une des composantes change la façon dont ce dernier est exercé, de même que les rapports entretenus par les partis entre eux. Il n’existe donc aucun acteur politique « naturel » car la totalité des partis sont artificiellement produits par les institutions, les lois et les règles utilisées pour sélectionner les élus.

    Au cœur de ces mécanismes découpant chaque acteur se trouve le mode de scrutin. Ce dernier a des impacts directs sur la bonne fortune de chacun des partis, depuis le parti gagnant jusqu’à tous les autres partis. Le type de relations définies par les règles électorales engendre la couleur particulière de chaque système de partis : tantôt un bipartisme et un pouvoir exercé en solitaire par un parti qui n’obtient pas la majorité des voix et qui doit de ce fait gouverner pour la majorité des électeurs, tantôt un multipartisme amenant la collaboration entre partis et la constitution de gouvernements de coalitions majoritaires aux voix ayant négocié entre eux les engagements de leurs gouvernements. Voici les principales raisons pour lesquelles le mode de scrutin majoritaire influence la nature des partis et des systèmes de partis :

  • il récompense les groupes à base communautaire ou ethnoculturelle qui votent en bloc, d’autant plus lorsque ces groupes sont suffisamment nombreux pour prétendre à un impact national ;
  • il dévalue le vote des communautés majoritaires du fait qu’elles ne votent pas en bloc. Leur impact politique moindre vient de leurs divisions selon plusieurs lignes de fracture. Conséquemment, leur clientèle électorale rassemble des groupes définis sur une autre base que purement communautaire.

    Parmi ces derniers groupes, on compte :

  • les femmes, dont la répartition est extrêmement stable d’une circonscription à l’autre, qui ne votent pas en bloc et qui n’ont pas de parti spécifiquement dédié à la défense de leurs intérêts ;
  • les générations, pour les mêmes raisons, puisque leur répartition est plutôt stable et leur vote, plutôt divisé ;
  • les classes sociales, qu’elles soient définies par le revenu, la part représentée par les faibles revenus, la scolarisation, la profession ou la propriété d’un logement ; elles sont fortement divisées et mal réparties sur le territoire ;

les secteurs industriels et les groupes d’intérêts, y compris les institutions financières, les grandes entreprises étrangères ou canadiennes, les syndicats, les groupes sociaux ou environnementalistes ; leur influence trouve sans doute davantage son chemin par les voies du démarchage et des pressions politiques publiques ou discrètes que par le poids du nombre.

À l’opposé se trouvent des groupes géographiquement délimités, mais dont le poids minoritaire oblige à rechercher des alliances. Ces groupes incluent :

  • l’Ouest, dont ni les quatre provinces ni aucune d’entre elles ne présentent des résultats électoraux homogènes ;
  • la minorité nationale québécoise, marginalisée parce que divisée entre les différents partis pancanadiens, mais ne contrôlant aucun d’entre eux.

Cette recette permet à la majorité d’absorber politiquement la minorité en faisant l’économie d’arrangements politiques (un statut particulier au lieu du statu quo) qui en permettraient la survie. Cette situation caractérise de plus en plus les rapports entre le Québec et les partis fédéraux au fur et à mesure que décroît le poids du Québec au Canada ; en votant pour le BQ, un parti de protestation, à partir des élections générales de 1993, la majorité québécoise empêche tout un chacun au Québec et dans le Canada hors Québec (CHQ) de nier l’existence d’une voix québécoise forte dans le paysage politique canadien.

Cela dit, les conditions assurant le succès des groupes minoritaires dépendent de différents facteurs qu’il convient d’identifier.

Des règles du jeu qui favorisent les groupes minoritaires qui votent en bloc

Le système politique canadien s’offre aux groupes minoritaires qui se définissent par une identité communautaire. Ces groupes panclassistes, pangénérationnels, panrégionaux, de toutes les formations et de toutes les sphères d’activité, sont :

  • capables de voter en bloc pour un parti, ou contre un ou plusieurs partis ;
  • suffisamment importants démographiquement pour susciter la convoitise des partis.

    Les données du recensement de 2016 disponibles par circonscription permettent d’identifier différentes définitions des groupes supra-communautaires, qui donnent les pourcentages suivants :

  • les personnes d’origine immigrante, qui représentent 22 % de la population canadienne ;
  • les enfants d’immigrants, qui représentent une autre tranche de 18 % de la population, ce qui porte à 40 % la population canadienne pour qui l’immigration est une réalité bien vivante ;
  • les effectifs immigrants récents, c’est-à-dire arrivés au Canada de 1991 à ٢٠١٦, soit 15 % de la population au recensement de 2016 (14 % sans l’inclusion de 506 455 résidents non permanents en 2016, dont une bonne partie est devenue citoyenne canadienne par la suite) ;
  • les effectifs appartenant à l’une ou l’autre des « minorités visibles » autodésignées au recensement. Elles représentent 14 ٪ de la population ;
  • selon la langue maternelle, les non-francophones2 au Québec, qui représentent 22 % de la population (dont 8 % d’anglophones), et les non-anglophones au CHQ, représentant 28 % selon la langue maternelle (dont 4 % de francophones) ;
  • selon la langue parlée au foyer, les non-francophones au Québec, qui représentent 19 % de la population (dont 11 % d’anglophones), et les non-anglophones au CHQ, qui représentent 17 % de la population hors Québec (dont 2 % de francophones).

    Il va de soi que plusieurs de ces groupes s’entrecroisent. Quel que soit l’indicateur retenu, les facteurs qui détermineront leur degré d’influence se résument à quelques-uns. Outre d’être suffisamment nombreux et de voter en bloc en faveur d’un parti, leur répartition géographique doit leur permettre (chose involontaire) de maximiser leur impact sur l’issue du scrutin dans un maximum de circonscriptions, et cela de manière permanente de manière à tisser des liens avec chacun des partis à longue échéance, donc dans chaque circonscription (l’espace) et durant plusieurs élections (le temps). Peu importe le critère utilisé pour les définir, les groupes minoritaires seront d’autant plus capables d’influencer que leur dispersion géographique évitera le gaspillage de votes :

  • par surconcentration de leurs électeurs : si ١٠ ٪ d’électeurs sont suffisants pour assurer l’élection du candidat du parti qu’elle favorise, toute proportion supérieure à ce ١٠ ٪ des électeurs est inutile ;
  • par sous-concentration ou dilution de leurs électeurs : s’il faut à la minorité représenter au moins 15 % des électeurs pour permettre l’élection de son candidat, dès lors qu’elle représente une proportion inférieure à ce 15 %, ses votes sont perdus si son candidat n’est pas élu ;
  • par la création de circonscriptions d’une si grande taille qu’elle dilue le poids des groupes minoritaires dans chaque circonscription, ou encore ;
  • par la création de circonscriptions découpées sur mesure (par gerrymandering), soit pour en réduire l’impact au maximum, de sorte que la carte électorale contribue à l’élection des partis adverses, soit pour en maximiser au contraire l’impact de façon à favoriser l’élection du parti qu’ils favorisent. Dans la mesure où la confection de la carte électorale est effectuée par une commission autonome et à l’abri des influences de toute sorte, cet argument tombe en désuétude.

    On devra ensuite trouver des liens clairs ou prédominants entre le vote au PLC et les caractéristiques relevant des groupes minoritaires. Ces liens seront d’autant plus importants dans la mesure où ils sont déterminants pour l’élection du candidat local. C’est ce que révèlent des seuils électoraux, soit le pourcentage d’effectifs d’un groupe minoritaire sur un territoire donné qui permet l’élection systématique des candidats libéraux, et en deçà duquel sont systématiquement élus des candidats des autres partis.

    Vérification : les variables corrélées avec le vote PLC

    L’examen des liens entre les différentes variables et le vote libéral se fait d’abord par le calcul des corrélations. L’objectif n’est ni de mesurer les capacités explicatives, ni de trouver le meilleur modèle explicatif, ni de trouver le fractionnement le plus complet et le plus pertinent du territoire. Il s’agit d’observer les meilleures corrélations entre le vote et les différentes variables explicatives, en particulier celles reflétant la présence de groupes minoritaires.

    Pour ce faire, il est nécessaire de fragmenter le territoire plutôt que de se contenter de corrélations à l’échelle canadienne. Celles-ci seraient très moyennes et masqueraient nécessairement l’existence de cultures politiques régionales plus fortes, ce que révèleraient des corrélations plus fortes, et parfois contraires d’une région à l’autre. Un territoire découpé en un grand nombre de sous-ensembles régionaux aurait pour conséquence de permettre l’existence de sous-régions rassemblant peu de circonscriptions ; du coup, les corrélations devraient être très nettes pour être significatives3. Une solution, même si elle n’est pas idéale, permet d’atteindre des résultats acceptables : restreindre le nombre de sous-ensembles régionaux, vérifier la concordance avec les corrélations d’autres variables explicatives semblables, calculer la moyenne des trois élections. Dès lors il est possible d’obtenir un portrait relativement juste des variables les plus importantes pour expliquer le vote4.

    Cela dit, les coefficients de corrélations doivent être élevés au carré pour donner une idée de leur capacité explicative. Dès lors, des corrélations de +0,52 ou de -0,52 donnent 25 % d’explication du vote. À 0,62, 0,72, 0,82, on obtient respectivement 36 %, 49 % et 64 % de capacité explicative, et ainsi de suite. Des corrélations de +0,95 ou -0,95 correspondent à un vote expliqué à la hauteur de 90 %. Sinon, à 0,42, le 16 % de capacité explicative est une indication plutôt… limitée.

    Les données de base, les 338 circonscriptions, comptent en moyenne plus de 100 000 personnes. Toutes les caractéristiques ethnoculturelles, religieuses, économiques, générationnelles, etc. de chacune au recensement de 2016 sont disponibles sur le site de Statistique Canada. De là, il est possible de calculer toutes les corrélations entre chacune et le vote de 2015, 2019 et 2021 et de faire ressortir la moyenne des corrélations pour les trois événements. Il sera ainsi plus facile de dégager les plus fortes associations et les plus constantes pour chaque sous-région du territoire canadien et de procéder à un découpage régional qui soit le plus économique possible. Les données disponibles incluent l’âge, les générations, l’immigration, la langue, différentes autres données identitaires dont l’autochtonie et les minorités visibles, ainsi que des données du type socio-économiques, dont la scolarité, les professions, le secteur d’activité, les revenus, la pauvreté et la fréquence des faibles revenus dans la circonscription, la possession du logement. On peut rajouter des données sur l’urbanisation, les provinces et les sous-ensembles géographiques5. À partir d’un grand nombre de sous-régions par province/groupe de provinces, en respectant la constitution de sous-régions ayant un minimum de 25 à 30 circonscriptions, les ensembles suivants ont été définis :

  • la RMR6 de Montréal, 39 circonscriptions ;
  • le Québec hors Montréal, 39 circonscriptions ;
  • la RMR de Toronto, 53 circonscriptions ;
  • l’Ontario hors Toronto, 68 circonscriptions ;
  • les 4 métropoles de l’Ouest, 57 circonscriptions (Vancouver, Edmonton, Calgary, Winnipeg) ;
  • l’Ouest hors 4 métropoles, 50 circonscriptions (y compris les 3 territoires) ;
  • les Maritimes, 32 circonscriptions.

    Le Tableau 1 donne les huit premières variables associées positivement à la moyenne du vote libéral pour les trois élections. Le Tableau A2 reporté en annexe (voir site internet) donne les huit premières variables associées positivement ou négativement au vote libéral.

    Au Québec, les corrélations sont fort importantes, plus de 0,90 à Montréal et 0,74 hors de Montréal. Dans ces deux sous-régions, les variables les plus importantes relèvent toutes de la langue et des caractéristiques ethnoculturelles ou de l’immigration. À Montréal, deux grandes surprises : la première est l’importance, dans l’association avec le vote libéral, des enfants d’immigrants, des immigrants et des minorités visibles. L’autre est la prédominance des langues tierces face à l’anglais, autant pour la langue maternelle que pour la langue parlée le plus souvent au foyer. De plus, contrairement au reste du Canada, où l’anglais est associé négativement au PLC, cette langue l’est positivement au Québec, ce qui reflète sans doute l’importance des origines immigrantes de la communauté anglophone au Québec.

    En Ontario, Toronto diffère passablement l’Ontario hors de la RMR. Alors que l’on connaît une métropole torontoise massivement libérale, il existe pourtant une importante variation du vote libéral. Elle provient justement de l’origine immigrante de la population, en particulier de l’appartenance aux minorités visibles, du fait d’être immigrant ou d’être immigrant récent (depuis 1991). Ces associations sont par ailleurs associées à la pauvreté, soit à la proportion de chômeurs, de faibles revenus, la part représentée par les transferts élevés dans les revenus, de professions liées au commerce et à la vente. Hors Toronto, les appuis libéraux proviennent d’abord des personnes de scolarité universitaire, des professions intellectuelles et sociales, des administrations publiques et des professions économiques et de la santé. Le point d’appui du PLC diffère donc passablement lorsque l’on passe de Toronto au reste de l’Ontario. D’ailleurs, le vote libéral de Toronto semble avoir de nombreux points en commun avec celui de Montréal.

    Dans l’Ouest, le vote libéral est passablement différent selon que l’on se trouve dans les quatre métropoles (Vancouver, Edmonton, Calgary et Winnipeg) ou non. En gros, ces dernières suivent le modèle torontois, alliant les variables de l’immigration (immigrants, enfants d’immigrants et minorités visibles, allophones (LM et LP) à celles de la pauvreté (fréquence des faibles revenus, % de chômeurs, emplois dans le commerce et la vente). Hors des métropoles de l’Ouest, le vote rejoint celui de l’Ontario hors Toronto, avec la part de professions intellectuelles et sociales, les administrations publiques, mais aussi la part de populations pauvres (fréquence des faibles revenus, locataires) et les proportions d’allophones (langue maternelle, et langue parlée le plus souvent au foyer ou au travail), d’autochtones.

    Enfin, dans les Maritimes, le vote libéral mur à mur n’empêche que les corrélations les plus fortes indiquent l’importance du vote des unilingues francophones, chômeurs et peu scolarisés, travaillant surtout en français et vivant de transferts gouvernementaux et d’une moyenne d’âge minimalement supérieure à 40 ans.

    Il ressort donc un PLC fortement associé à la population immigrante, mais également aux proportions d’enfants d’immigrants et de minorités visibles, d’immigrants récents et d’allophones. Appuyé ensuite par les populations pauvres et l’élite politique et économique, le modèle est observable dans toutes les métropoles tandis qu’ailleurs, une fois retiré l’élément immigrant, les caractéristiques économiques demeurent. On peut noter qu’au Québec, la prédominance des immigrants et variables connexes dans les corrélations avec le PLC passe en partie par l’intégration linguistique en anglais. Et puisque la population anglophone est devenue essentiellement une population immigrante, il n’y a rien d’incongru à ce que les locuteurs anglais du Québec rejoignent les populations allophones hors Québec dans leur appui au PLC7.

    Les seuils, les groupes minoritaires et les succès du PLC

    Au Canada, les liens entre le vote au PLC et les différentes variables associées à l’immigration sont assez clairs. L’existence de comportements libéraux dominants, c.-à-d. donnant une avance au PLC sur les autres partis chez les groupes d’origine immigrante, peu importe leur définition, est une dimension extrêmement importante de la politique canadienne. Il s’agit d’une variable incontournable dans les calculs des partis fédéraux, à la fois durant les campagnes électorales et en dehors de celles-ci. Cette dimension structurelle va organiser le système de partis de manière constante. Notamment en créant, lorsque le vote de la majorité va dans un autre sens, des seuils départageant les sièges.

    Ces seuils sont variables selon la définition de la minorité, selon les sous-ensembles régionaux et selon les élections. Il peut même arriver que plusieurs seuils co-existent sur un même territoire, déterminant par exemple tantôt la prédominance des élus libéraux, tantôt celle des conservateurs, celle des néo-démocrates, celle des bloquistes, etc. On peut distinguer trois types de sièges délimités par les proportions d’électeurs x :

  • sièges PLC du type A : ces situations révélant des comportements électoraux opposés – une opposition plus ou moins forte – entre les électeurs des minorités et les autres électeurs.
  • sièges PLC du type B : ces situations réfèrent aux circonscriptions ne présentant aucun seuil départageant les partis, peu importe la présence d’électeurs des minorités. Ceci signifie que ceux-ci ne sont pas seuls à voter pour le candidat libéral. Il faut toutefois ajouter que leur influence existe à partir du moment où le groupe minoritaire représente au moins une certaine proportion minimale de la population. Cette proportion minimale est fixée à 5 % pour le Québec et à 10 % pour le CHQ8 ;
  • sièges PLC du type C : ces situations ont fait élire des candidats libéraux dans des circonscriptions où le ou les groupes minoritaires ne sont pas suffisamment nombreux pour influer sur les résultats électoraux. Ils sont présents dans des proportions inférieures à 5 % au Québec et à 10 % dans le Reste du Canada.

    Un mot sur le multipartisme par rapport au bipartisme. Les premières situations sont favorables à l’influence des groupes minoritaires, qui forment des groupes moins portés à la diversification de leur vote que les populations natives de troisième génération ou plus. Au Québec, la proportion d’effectifs minoritaires nécessaires à l’élection des candidats du PLC est moins élevée que celles observées dans le cas du bipartisme provincial de 1970 jusqu’à l’explosion du multipartisme après 2003 puisque le vote francophone s’est montré le seul à se diviser significativement entre plusieurs partis. La même chose vaut au CHQ, où au moins trois partis fédéraux obtiennent le vote de la majorité native même si l’on observe chez les minorités, outre la prépondérance d’un vote libéral, un certain niveau d’appuis envers les conservateurs, autant envers les néo-démocrates.

    Analyser la politique fédérale en fonction de seuils faisant basculer les sièges d’un parti à l’autre n’a rien de nouveau, en particulier au Québec, où l’électorat semble agir de manière très cohérente sur le plan linguistique. Au Tableau A3, on trouvera les seuils de la RMR de Montréal et dans le Québec hors Montréal pour les élections fédérales de 1979 à 20219. Lors des élections, il est clair que les partis composent avec le poids réel des communautés tel que médiatisé par le mode de scrutin majoritaire.

    Cela dit, les seuils des élections de 2015, 2019 et 2021, sont présentés au Tableau 2. Ils ont été mesurés selon les huit indicateurs différents des groupes minoritaires, par région et pour chaque élection10. Par exemple, dans la RMR de Montréal en 2015, une proportion de 11,24 % de non-francophones (selon la langue maternelle) séparait les sièges majoritairement libéraux de ceux remportés par tous les autres partis, cela sans aucune zone mitoyenne11. Cela signifie que tous les sièges ayant plus de 11,24 % de non-francophones étaient libéraux, et tous ceux en ayant moins, remportés par les autres partis.

    Cette proportion passait à 20 % en 2019 et à 24,7 % en 2021. Autre exemple, dans les 4 métropoles de l’Ouest, il fallait au moins 37,5 % d’« immigrants et enfants d’immigrants », en 2015, pour obtenir une majorité de sièges libéraux. Si la même chose a été observée en 2021, il n’existait pourtant aucun seuil en 2019, d’où l’inexistence de sièges du type A dans cette région. Pour peu qu’ils comptaient au moins 10 % d’effectifs « immigrants et enfants d’immigrants », il s’agissait de sièges du type B, et autrement, du type C. Quant à l’idée de donner un seuil global pour tout le Canada, la diversité des situations l’interdit. Ces seuils seraient trop poreux pour signifier quelque règle de partage des sièges.

    Globalement, les seuils ont connu des variations significatives selon l’indicateur des effectifs minoritaires et selon l’élection générale. Par région :

  • ils ont été les plus faibles observés dans le Québec hors Montréal et à Montréal tout en demeurant discriminants dans ces deux régions ;
  • peu importe la définition utilisée, il n’existait aucun seuil dans les Maritimes, ce qui signifie que les victoires libérales étaient indépendantes de la proportion d’effectifs minoritaires ; ces proportions étaient d’ailleurs trop faibles la plupart du temps pour entraîner quelque effet mesurable ;
  • dans l’Ouest, en particulier hors des 4 métropoles, il a été fréquent de ne trouver aucun seuil départageant les sièges PLC des autres ; tout au plus, des seuils en 2015 départageant les sièges autres que libéraux de zones mitoyennes mêlant sièges libéraux aux autres sièges ;
  • à Toronto, l’absence quasi totale de sièges remportés par les autres partis n’empêche pas l’existence de seuils. Avec des moyennes d’effectifs minoritaires très élevées, il faut parfois au moins plus de 24,1 % d’effectifs minoritaires (comme pour les « enfants d’immigrants ») pour que 47 des 53 sièges torontois soient remportés par le PLC ; en se basant sur les enfants d’immigrants seulement, ces 40 % d’« immigrants et enfants d’immigrants » se transforment en aussi peu que 15 % d’enfants d’immigrants, ou 10 % d’immigrants récents, ou 20 % d’effectifs allophones selon la langue maternelle pour que commencent les majorités libérales. Quant aux sièges ayant moins d’effectifs minoritaires que la proportion indiquée par les seuils, certains ont pu avoir été remportés par le PLC, mais la quasi-totalité ne l’a pas été ;
  • dans l’Ontario hors Toronto, le portrait global est calqué sur celui de Toronto avec quelques points de pourcentages en moins pour chaque seuil.

    Ces seuils permettent de classer toutes les circonscriptions (voir le Tableau 3 et le Tableau A4 en annexe pour le détail par région). La zone libérale et celle remportée par les autres partis sont définies tantôt par un seul seuil, lequel départageait les « deux » camps, ou deux seuils départageant trois zones, les deux premières déjà mentionnées ainsi qu’une zone mitoyenne entre les deux camps. Dans l’ensemble du Canada, après avoir fait la somme des sept régions, environ 90 % des sièges comptant au moins la proportion d’effectifs minoritaires mentionnée par leur seuil respectif ont été remportés par le PLC, tandis que seulement 10 % à 25 % des sièges comptant moins que la proportion d’effectifs minoritaires indiquée par les seuils ont été remportés par le PLC.

    Quelques observations sont remarquables :

  • Tant pour 2015 que pour 2019 et 2021, sur le total des sièges libéraux lors de l’une ou l’autre élection, Toronto a fourni environ un tiers des victoires libérales en vertu d’effectifs minoritaires suffisants (respectivement 47, 47 et 48 sièges). La métropole ontarienne était suivie de Montréal, avec environ 22 sièges en moyenne, de l’Ontario hors Toronto avec 16 sièges, des 4 métropoles de l’Ouest, avec environ 12 sièges, et du Québec hors Montréal avec une moyenne de près de 7 sièges. L’addition des 7 régions a donné environ 120 sièges du PLC. L’apport des circonscriptions provenant des zones en deçà des seuils ne représentait donc qu’environ 25 sièges, laissant près de 30 sièges libéraux en provenance des zones mitoyennes ;
  • Si le poids de Toronto n’est pas discutable, celui de Montréal l’est. La métropole québécoise est presque déclassée par l’Ontario hors Toronto et les 4 métropoles de l’Ouest ;
  • En accordant la totalité de leurs sièges en 2015, les Maritimes ont amélioré les calculs des zones libérales pour cette élection. Par contre, en 2019 et en 2021, les proportions y étant inférieures à celles de Toronto et de Montréal, les Maritimes ont eu pour effet de diminuer la proportion des sièges remportés par le PLC, quels que soient les seuils impliqués ;
  • Il est exact d’affirmer qu’il n’existe dans quelque état de nature aucun château-fort libéral, mais seulement des sièges libéraux remportés dans les milieux comptant suffisamment d’effectifs minoritaires. L’appellation précise de ces « châteaux forts » libéraux devrait renvoyer à leur caractère « non compétitif ». La mégasupériorité du PLC ressort dans tous ces milieux non compétitifs : en dehors de ceux-ci, c’est-à-dire dans les milieux compétitifs, la compétition est forte et le PLC n’obtient en moyenne qu’une poignée de 15 à 25 sièges sur les 115 à 180 sièges disputés.

    Les mesures de structure de l’électorat du PLC

    L’influence des groupes minoritaires ne peut se limiter aux sièges du type A, révélés par des seuils qui traduisent des renversements du vote de la majorité par le vote des groupes minoritaires. Les sièges du type B ont également une importance dans la structure du vote libéral. Il est en effet possible que, même en l’absence de seuils, plusieurs victoires libérales portent l’empreinte d’effectifs minoritaires dans leurs clientèles locales. Une telle chose est possible dans la mesure où les effectifs minoritaires représentent au moins une proportion minimale de l’électorat, fixée à 5 % au Québec et à 10 % hors Québec. En deçà de ces pourcentages, soit le type C de sièges, il y a très peu de chances pour que les candidats libéraux aient répondu aux attentes de cet électorat. Note : un groupe minoritaire qui a voté en bloc et qui représente 5 % de l’électorat d’une circonscription peut néanmoins représenter un électeur sur sept dans une clientèle libérale constituant 35 % de l’électorat, soit près de 15 % de la clientèle libérale totale. Le Tableau 4 présente la classification des sièges dans chaque région pour chaque élection.

    Le fait qu’à l’échelle canadienne une écrasante majorité des sièges libéraux appartiennent aux types A et B, soit respectivement plus d’une centaine pour le premier groupe et de 20 à 40 pour le second, est certainement l’élément le plus important à observer dans ce tableau. Rien de surprenant de constater que la rareté des sièges libéraux du type C puisque ceux-ci sont plus compétitifs que les sièges des types A et B. Par conséquent, Toronto, Montréal, les 4 RMR de l’Ouest et l’Ontario hors Toronto présentent très peu de sièges du type C. Et pour l’ensemble du Canada, un siège du type C sur deux provient des Maritimes.

    La dernière pièce du puzzle consiste à mesurer l’influence des groupes minoritaires selon les différents types de postes occupés dans les gouvernements libéraux. En principe, les sièges disposant de l’appui des groupes minoritaires disposent de majorités des voix parmi les plus fortes, ce qui leur offre des carrières politiques plus longues, avec plus de victoires et moins de défaites. Ces sièges permettent à leur détenteur d’apprendre le fonctionnement du parti et du Parlement et rendent donc plus habiles leurs occupants. Ils amènent également une exposition plus intense et plus longue aux médias, ce qui rehausse la notoriété de ces élus. Les types A et B constituent également les meilleures rampes de lancement pour des candidats vedettes sans expérience, parachutés ou venus de l’extérieur du parti.

    Un vote bloc pour le PLC de la part des groupes minoritaires est un facteur qui permet tous ces avantages plus les deux derniers ci-dessous, qui sont pourtant les plus importants :

  • la possibilité de demeurer en tout temps député, au pouvoir comme dans l’opposition, ce qui confère une avance quasi insurmontable dans le réseautage entre les députés issus de ces circonscriptions ;
  • la constitution d’une force politique basée sur leur trait commun, le fait d’être élu grâce au vote des groupes minoritaires. En outre, le mode de scrutin fonctionne comme prévu puisqu’il fait prévaloir de manière écrasante le lien de représentation sur les caractéristiques personnelles des candidats.

    On peut d’abord distinguer les simples députés des membres du conseil des ministres, et parmi ceux-ci12, un groupe de super-ministres comptant parmi les joueurs les plus importants, face à des ministres « juniors » qui servent souvent à atteindre les quotas d’élus en provenance des provinces13, des femmes et des minorités toutes plus exotiques les unes que les autres. Face aux ministres, les simples députés, dont le rôle est d’appuyer le gouvernement en toutes circonstances. Outre le premier ministre, ces huit ministères les plus importants14 incluent, dans l’ordre et le désordre :

  • le Président du Conseil privé
  • le ministère des Finances
  • le Président du Conseil du trésor
  • le ministère des Affaires étrangères
  • le ministère des Affaires intergouvernementales
  • le ministère de la Défense
  • le ministère de la Justice et Procureur général du Canada
  • le ministère du Commerce international

    À nouveau, les différents postes ont été classés selon leur type de circonscription, A (candidat élu grâce au vote des groupes minoritaires), B (candidat élu avec présence des groupes minoritaires) ou C (candidat élu sans présence des groupes minoritaires). Dans le Tableau 5, la première colonne donne la proportion des effectifs selon les différentes définitions des groupes minoritaires dans la population de chacune des sept régions du Canada.

    Cette présence dans la population ne correspond évidemment pas à la place occupée dans chacun des partis ; puisque les groupes minoritaires appuient davantage le PLC, leur poids relatif y est plus important que dans la population, et inversement pour les autres partis. Compte tenu également que les proportions du vote obtenues par le PLC lors de ses victoires (respectivement 39 %, 33 % et 32 % pour 2015, 2019 et 2021, voir le Tableau A5, en annexe) sont loin de 50 %, le poids des groupes minoritaires au sein du PLC s’y trouve multiplié de 2 à 3 fois. Aussi, lorsque le PLC remporte les élections, il compte des effectifs supplémentaires de la population « native », ce qui fait diminuer d’autant le poids des groupes minoritaires. Tout le contraire accompagne les défaites du PLC : le poids de ces derniers n’y est jamais aussi grand que lorsque les appuis du parti se réduisent à leur vote.

    L’arrivée du BQ en 1993 a également eu un impact sur le système de partis puisque les sept partis portés au pouvoir depuis cette date comptaient 4 ٪ de moins de voix que les partis gagnants de la période précédente, eux-mêmes ayant 5 % des voix en moins. Quant au PLC de 2015 à 2021, ses gouvernements comptaient eux aussi une autre tranche de voix en moins, soit -3,6 %, pour une moyenne de 34,9 % des voix en moyenne. La désertion du PLC par les francophones au profit du BQ a indéniablement eu pour effet de rehausser la place qu’y occupaient les groupes minoritaires.

    Nombre de gouvernements
    et période

    % des voix

    Reculs

    15 gouvernements formés
    de 1896 à 1953

    47,0 %

     

    12 gouvernements formés
    de 1957 à 1988

    42,2 %

    -4,8 %

    7 gouvernements formés
    de 1993 à 2011

    38,4 %

    -3,8 %

    3 gouvernements formés
    de 2015 à 2021

    34,9 %

    -3,5 %

    L’hypothèse initiale était que les groupes minoritaires occupent une présence de plus en plus imposante au fur et à mesure que l’on monte dans la hiérarchie du PLC. À l’échelle canadienne, cette hypothèse se confirme nettement lorsque sont comparées les proportions représentées dans la population pour chaque facteur, et toutes les proportions représentées par les circonscriptions A et B pour les huit indicateurs et les trois élections.

    Cela dit, parmi les élus, l’hypothèse d’un poids de plus en plus imposant semble se confirmer à l’échelle canadienne, de justesse toutefois. L’écart est tantôt palpable entre simples députés et ministres juniors, tantôt entre simples députés et superministres, ou encore entre ministres juniors et superministres. Il est manifeste que d’autres facteurs entrent en compte dans la constitution des conseils des ministres.

    Ces derniers tiennent en effet autant de l’atteinte d’équilibres identitaires (femmes, minorités, générations, professions, revenus, etc.) que d’un jeu d’équilibre régional (la répartition régionale des 107 ministres et 394 simples députés est donnée au Tableau A7, en annexe). Le ratio « ministres/simples députés » y est supérieur à 0 pour trois des quatre régions. Avec 19 % des ministres pour 32 % de la population, l’Ouest était la région la plus sous-représentée aux conseils des ministres (-13 %). Avec 13 % des simples députés, cette sous-représentation était plus forte encore dans ce groupe (-18 %). Mais à ce niveau, l’Ouest n’était pas la seule région à être sous-représentée puisque le Québec l’était également, quoi que de bien peu : ses 23 % des sièges n’ont fourni que 21 % des simples députés, une sous-représentation de -3 %.

    Par ailleurs, la constitution des gouvernements libéraux suit le croisement de deux variables : les types A, B ou C de sièges15 et la taille des agglomérations (la répartition des 107 ministres et 394 simples députés libéraux selon le type de sièges se trouve au Tableau A8, en annexe). Globalement, la part des circonscriptions du type A diminue avec la taille des agglomérations, tandis qu’au contraire, la part du type C augmente. Quant aux sièges du type B, leur fréquence la plus élevée se trouve exactement au milieu du continuum, soit 40 % des sièges des RMR de taille moyenne (350 000 à 800 000 habitants). La même chose vaut pour les quatre régions, tant pour les ministres que pour les simples députés, et cela à chacune des trois élections. Le point de bascule se situe entre les agglomérations comptant entre les RMR comptant 350 000 et plus et les circonscriptions à RMR plus petites et hors RMR.

    En résumé, les déterminants du « wokisme » au Canada

    L’idée de soutenir les populations immigrantes, qui rencontrent nécessairement de nombreux problèmes dans leur parcours d’intégration, est évidemment tout à fait légitime. Pour sa part, le « wokisme », mouvement découlant d’un système politique bloqué et hors de portée pour les minorités, est une version pervertie de ces luttes. Le « multiculturalisme version canadienne » du « melting pot américain », est quant à lui une doctrine qui a l’heureux avantage, pour Ottawa, de réduire le Québec au même rang que n’importe quelle minorité d’origine immigrante. Or pour celles-ci, il n’est point de droit à l’autodétermination. Le Québec n’y est qu’une grosse minorité constamment suspectée de remettre en question le « laisser-aller politique », maître-mot de l’intégration à la canadienne. On pourrait développer bien davantage, mais il importe de revenir au propos central de ce texte.

    Pour résumer, le premier élément de ce texte traitait du point commun entre toutes les communautés minoritaires. Celles-ci n’ont pas à se limiter aux seules minorités d’origine immigrante, car il arrive que certaines d’entre elles conservent quelques traits particuliers même après la génération ayant immigré. Il est donc possible de parler d’une multitude de communautés d’origines nationales ou régionales, culturelles, ethniques ou religieuses. Ce qui compte, pour l’ensemble des communautés, est d’avoir en commun le fait de vivre comme groupe minoritaire au sein d’une communauté qui s’est dotée d’institutions à son image. Cela dit, le mode de scrutin majoritaire joue un rôle fondamental dans la définition des acteurs politiques en valorisant les communautés minoritaires votant en bloc en faveur ou en défaveur d’un parti. Plus que tous les autres groupes de nature sociale, générationnelle, industrielle et même régionale, ces groupes qui votent en bloc se retrouvent maintenant, au Canada, en nombre tel et dans suffisamment de milieux pour être désormais le groupe électoral le plus puissant électoralement. Telle est la fin du bilinguisme et du biculturalisme, la fin d’une certaine idée du Canada.

    Les corrélations entre les groupes minoritaires, pour lesquels huit définitions ont été testées, et le PLC ont démontré leur primauté par rapport à toutes les autres variables, y compris dans des lieux comme Toronto, pourtant libérale mur à mur (Tableaux 1 et A2). Si la compréhension du vote libéral se module selon le milieu étudié, absolument tous les milieux révèlent de fortes associations entre le vote au PLC et les groupes minoritaires, auxquels s’ajoutent des soutiens parmi les populations démunies, peu scolarisées, locataires, travaillant dans des emplois du secteur de la vente, chômeurs et comptant sur les transferts gouvernementaux dans leurs revenus. Ces populations sont appuyées par les personnes de scolarité universitaire, les professions intellectuelles et sociales, les travailleurs des administrations publiques. Ce modèle appelle évidemment à contrôler l’effet de chaque variable, toutes choses étant égales, et d’en arriver à la hiérarchisation de chaque variable ou groupe de variables. Cet exercice n’a toutefois pas lieu d’être puisqu’il s’agit au premier chef de tenir compte des effets du mode de scrutin majoritaire dans l’élection des candidats libéraux.

    Les comportements plus ou moins blocs des groupes minoritaires produisent des seuils qui départagent les sièges libéraux de ceux des autres partis (Tableau 2). Avec au moins le pourcentage indiqué par le seuil, variable selon la région et l’élection, près de 90 % des sièges étaient libéraux, tandis qu’en deçà, entre 75 % et 85 % ont été remportés par les autres partis (Tableau 3 et A4). Les seuils signifient le plus souvent qu’il existe un vote bloc chez le groupe minoritaire et que ce dernier renverse le vote de la majorité. Plus d’une centaine de sièges à chaque élection tombent dans ce type de sièges appelé type A, soit environ les deux tiers des sièges libéraux. À ceux-ci s’ajoutent les sièges du type B (Tableau 4), remportés par le PLC non pas en vertu de seuils, mais malgré tout marqués par la présence de groupes minoritaires, au moins dans une proportion minimale (5 % au Québec et 10 % hors Québec). Le type C rassemble les sièges qui comptaient peu ou pas d’effectifs minoritaires. Globalement, les sièges A et B ont représenté entre 125 et 160 sièges remportés par le PLC, autant en 2015 qu’en 2019 et en 2021.

    Cet aspect du vote est synthétisé au Tableau 5 (et Tableau A6) dans différentes mesures de structure de l’électorat libéral, soit chez les simples députés, les ministres juniors et les superministres. Ainsi, les groupes minoritaires voient leur poids dans la population être multiplié de 3,5fois en moyenne au point de constituer la quasi-totalité des sièges libéraux tout particulièrement parmi les postes de ministres, notamment à Toronto, Montréal, dans les 4 RMR de l’Ouest et dans l’Ontario hors Toronto. Il s’agit d’une force incontournable contrôlant les députations libérales, une force qui s’accentue au fur et à mesure que l’on augmente dans la hiérarchie du parti.

    En conclusion, le lien de représentation, produit dominant des élections

    À force d’étudier les résultats électoraux, limiter l’impact des groupes minoritaires à la présence d’individus eux-mêmes d’origine immigrante apparaît non seulement erroné, mais une erreur de débutant. Le lien de représentation est le produit dominant des élections. À cet égard, le mode de scrutin majoritaire fonctionne parfaitement, le système de partis fédéraux (un bipartisme à parti dominant, le PLC) et les partis eux-mêmes en sont les manifestations les plus éclatantes. Le mouvement « woke » et le multiculturalisme canadien s’appuient sur des forces de distorsion structurelles et non sur quelque conjoncture passagère. L’œil du spécialiste autant que celui du militant ou du profane est tellement absorbé par l’actualité immédiate qu’il peine à saisir les transformations qui se produisent sur une longue période de temps.

    Donc, au Canada, le mouvement « woke » et le multiculturalisme canadien sont des forces considérables qui ne sont pas constituées exclusivement d’individus d’origine immigrante. Les élus libéraux qui ne sont pas eux-mêmes issus des minorités en sont néanmoins les premiers porte-parole. À l’inverse, certains individus d’origine immigrante sont d’ardents adversaires du multiculturalisme en raison de leur lien de représentation, c’est-à-dire lorsqu’une majorité de leurs électeurs qui s’y opposent.

    Pour le Québec, la première implication est celle d’avoir assisté en douce à l’implantation d’un nouveau nationalisme canadien totalement coupé de ses racines historiques, prompt à l’utilisation de la force du nombre pour réduire à néant le problème Québec/Canada. Dans l’optique multiculturelle, un gouvernement fédéral fort est la seule option garantissant l’accès aux promesses de richesse du pays. Foin du droit à l’autodétermination du Québec, exit un éventuel statut particulier, ou même la simple reconnaissance du Québec comme nation.

    Les secondes implications ont trait aux prétentions d’intégration des immigrants par le Québec au sein d’un creuset intégrateur ayant le français pour caractéristique première. Et la nécessaire protection de ce creuset à l’encontre de la politique de laisser-aller linguistique commune à toutes les langues en situation de domination. Dans cette nécessité reconnue et partagée de faire sauter les obstacles à l’intégration, l’État québécois cherche également à implanter une politique de laïcité des agents de l’État en position d’autorité. Là encore, comme pour le libre choix linguistique, l’affirmation d’un Québec peuplé de citoyens égaux face au multiculturalisme canadien génère des chocs brutaux. Les tribunaux fédéraux engagés dans cette lutte ne manquent pas d’appuis trouvés au sein des Chartes des droits et des libertés québécoise et canadienne.

    Travailler à l’intégration des immigrants devrait impliquer de pouvoir contrôler davantage celle-ci. Or l’augmentation des quotas de travailleurs temporaires a permis à Ottawa de mettre en place un système de recrutement alternatif qui représente désormais autant d’immigrants que les volumes portant la griffe du Québec. Ce contournement des critères de sélection du Québec sur son propre territoire et l’imposition de volumes d’immigrants extraordinaires, compte tenu de la taille de sa population et de ses capacités d’intégration linguistique, ne peuvent qu’avoir des impacts délétères à moyen terme pour les Québec français.

    Enfin, cette transformation du nationalisme canadien présage de transformations en cours au Québec lui-même. La disparition de la minorité anglo-québécoise, qui constitue aujourd’hui moins de 2 % de la population, n’a pas empêché la constitution en 50 ans d’une communauté de locuteurs anglophones issus d’une flopée de sources (immigrante ou native, née au Québec ou ailleurs au Canada, assimilée ou intégrée à la sphère anglophone), laquelle dépasse aujourd’hui 1,1 million d’individus. Or, après un sommet favorable au français au début des années 90, la vulnérabilité du français s’est accentuée au cours des 30 dernières années, une fragilité que les volumes hyperélevés d’immigration vont poursuivre. Non seulement le mur qui séparait la majorité francophone de son indépendance en 1995 est toujours présent, mais il s’est de plus élargi depuis.

    Quant à la transposition du « wokisme canadien » à un « wokisme québécois », elle implique la reconnaissance exclusive du statut de « victime » aux minorités d’origine immigrante et est incapable de composer avec un Québec dominé par le Canada anglais. Sans fondements historiques, sans compréhension des rapports politiques, constitutionnels et juridiques entre le Québec et le Canada anglais, le Québec court le risque de reproduire la dérive du Canada, un pays incapable de recomposer son fédéralisme, de faire face à sa nouvelle réalité et de protéger le fait français.


1 Sans toutefois être comparables aux décennies d’expérience des Québécois face à un vote monolithique (90 % et plus) offert par les non-francophones du Québec à l’endroit du Parti libéral du Québec (PLQ).

2 Pour la langue maternelle et la langue parlée le plus souvent au foyer, les données sur les groupes linguistiques ont été calculées après redistribution des réponses multiples au prorata des réponses mentionnées.

3 L’erreur écologique est évidemment toujours possible. Elle se produit lorsque la corrélation entre x et y est positive (ou négative), mais qu’elle est provoquée par une troisième variable. Celle-ci se trouve à masquer l’existence d’une corrélation de signe inverse entre x et y.

4 Bien sûr, il aurait idéalement fallu multiplier les unités d’analyse en calculant le vote par quartier et par municipalité, un travail trop important pour les fins présentes. Mais rien n’indique que d’importantes variations au sein d’une même sous-région n’existeraient pas, étant donné que chaque RMR est potentiellement dotée de sa propre culture politique.

5 Étaient disponibles : des variables d’âge (15), de connaissance des langues officielles (6), de Première langue officielle parlée (6), de langue maternelle (3), de langue parlée le plus souvent à la maison (3), de langue parlée le plus souvent au travail (3), de revenu (6), de citoyenneté (4), du statut migratoire (3), de la période d’immigration (5), de la catégorie d’immigration (4), des générations (3), d’autochtonie (5), de minorités visibles (7), du plus haut diplôme obtenu (4), des taux d’activité, d’emploi et de chômage (3), des professions (5), des secteurs industriels (ou secteurs d’activité, 6). Grâce au recoupement des régions métropolitaines et des provinces (10), il fut possible de dégager et de tester certaines délimitations des régions (6), des sous-ensembles régionaux (7), et même de proposer une variable donnant une idée du degré d’urbanisation de chaque circonscription (6).

6 Les RMR sont les « Régions métropolitaines de recensement », définies par leur marché du travail de manière à être comparables au national et à l’international.

7 Si le PLC s’appuie sur les autochtones dans l’Ouest hors des 4 métropoles et sur les francophones dans les Maritimes, où ces deux dernières populations y sont respectivement les plus nombreuses par rapport aux autres régions, les proportions y restent malgré tout faibles, soit 14 % d’autochtones dans l’Ouest hors 4 métropoles et 10 % à 12 % de francophones dans les Maritimes selon la variable choisie.

8 Cette différence se justifie du fait que des seuils inférieurs à cette proportion ont effectivement marqué quelques élections québécoises depuis les élections de 1970, au point de rendre tous les partis provinciaux sensibles à la présence d’une minorité non francophone. Si 5 % paraît marginal au Québec, certains seuils ont néanmoins été inférieurs à 4 % lors d’élections québécoises, tandis que 10 % de non-francophones hors de Montréal est le seuil maximal atteint depuis 1970 ; toutes les circonscriptions comptant plus de 10 % de non-francophones ont systématiquement faire élire les candidats libéraux.

9 Un exercice similaire peut être fait pour les élections québécoises de 1970 à 2018. Les seuils mesurés sont de nature linguistique, c.-à-d. basés sur la proportion de francophones selon la langue parlée le plus souvent à la maison et souvent sur les petites municipalités et les quartiers (les secteurs de recensement et les aires de diffusion) des agglomérations de plus de 15 000 habitants. Dans la RMR de Montréal, avec une proportion de francophones inférieure aux seuils, 95 % des sièges (239 sur 253) étaient libéraux, tandis qu’au-delà des seuils, seulement 4 % des sièges (9 sur 211) l’étaient. Hors Montréal, les pourcentages respectifs étaient de 96 % (125/135) et de 7 % (30/417). Au total, pour le Québec, les proportions respectives atteignaient 94 % (364/388) en deçà des seuils et 6 % (39/628) au-delà. En mesure de pénétration, les sièges libéraux hors Montréal représentaient 125 des 572 sièges, constituant un bloc de 22 % des sièges. De même, à Montréal, les 239 sièges du PLC, représentant 49 % du total montréalais, étaient plus nombreux que les 202 sièges remportés par tous les autres partis, soit 41 % du total. Pour l’ensemble du Québec, les sièges au-dessus des seuils représentent 34 % des 1 059 sièges de 1979 à 2021. À l’opposé, les sièges en deçà des seuils comptaient pour seulement 56 % du grand total pour toute la période. Une distorsion importante pour une majorité représentant plus de 80 % de la population.

10 L’idéal, pour mesurer les seuils, serait de trouver tous les sièges du PLC d’un côté de la limite (pourcentage x d’effectifs minoritaires) départageant ces seuils face à tous les autres seuils de l’autre côté. Une telle situation pourtant est rare. La première règle utilisée, après hiérarchisation des sièges selon leur proportion d’effectifs minoritaires, est l’observation en continu de sièges libéraux ou l’observation en continu plus ou moins un siège. Or, pour améliorer le partage des sièges par les seuils (puisque le seuil reste à déterminer), une seconde règle est souhaitable. Celle-ci permet d’étirer la limite de partage des sièges, d’autant plus que l’on a affaire à plusieurs élections fédérales, à plusieurs partis et à plusieurs « régions » de taille considérable (et donc de plus d’une culture politique régionale). La seconde règle tient en compte que, si généralement la part des sièges libéraux part à la baisse en dessous du seuil pressenti, elle peut repartir à la hausse lorsque sont pris en compte des sièges libéraux qui comptent moins d’effectifs minoritaires que le seuil pressenti. Il est alors préférable de diminuer le seuil tant que la proportion des sièges libéraux va en croissant, ce qui améliore la prédictivité du modèle.

Les zones mitoyennes sont définies selon les mêmes règles, à la seule différence qu’elles ont, en gros, entre 30 % et 70 % d’effectifs minoritaires. On peut par ailleurs définir plusieurs autres strates correspondant à plusieurs seuils, mais l’objectif reste de simplifier la compréhension des résultats.

11 Le pourcentage donné permettent de départager les sièges selon l’arrondissement nécessaire.

12 Uniquement les conseils des ministres formés au lendemain des élections ; voir le site du premier ministre canadien. En incluant ce dernier, le conseil des ministres comptait 31 membres en 2015, 37 en 2019 et 39 en 2021.

13 Les trois gouvernements libéraux comptaient au moins un ministre de chacune des provinces atlantiques.

14 Ces ministères, dont les dénominations varient dans le temps, pourraient être complétés par l’inclusion des ministères sectoriels. Il aurait fallu alors inclure une dizaine d’autres ministres, si bien que la présente distinction aurait été caduque.

15 Selon les minorités visibles.

* Ph. D. sc. politique. pspedrito9@gmail.com

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