Un corporatisme qui ne dit pas son nom

Le corporatisme est un concept sociopolitique et économique voulant que les intérêts de groupes spécifiques soient représentés par des institutions ou des organisations reconnues au sein d’un système politique. Le corporatisme qui ne dit pas son nom évoque l’idée de structures ou d’entités qui, sans se déclarer explicitement comme étant corporatistes, fonctionnent tout de même selon une logique où les intérêts de groupes spécifiques prédominent.

Le corporatisme est un concept sociopolitique et économique voulant que les intérêts de groupes spécifiques soient représentés par des institutions ou des organisations reconnues au sein d’un système politique. Le corporatisme qui ne dit pas son nom évoque l’idée de structures ou d’entités qui, sans se déclarer explicitement comme étant corporatistes, fonctionnent tout de même selon une logique où les intérêts de groupes spécifiques prédominent. La centaine d’organismes communautaires de défense des droits humains, auteurs du texte du Devoir du 8 avril dernier1, m’apparait comme faisant partie de cette définition.

En effet, les signataires de cette lettre semblent laisser filtrer dans leurs textes, la partie souvent plus obscure de ce corporatisme qui, sous le couvert des bonnes intentions vertueuses, cherche à pérenniser financièrement ce qui leur permet, et fort heureusement d’ailleurs pour les nouveaux arrivants, d’exister.

En effet, en diabolisant le projet gouvernemental par l’utilisation de mot tel « assimilationniste », ils semblent chercher à gêner une initiative gouvernementale, bonifiable il va sans dire, mais qui vise à favoriser harmonieusement l’intégration nationale des nouveaux arrivants. Les signataires semblent ne souhaiter aucun obstacle à leur autonomie décisionnelle et financière comme ils l’écrivent d’ailleurs : « Les dispositions du projet de loi 84 pourraient grandement affecter l’autonomie des organismes communautaires recevant du financement gouvernemental, en les obligeant à se conformer à la future Politique sur l’intégration. »

Cette lettre laisse aussi transpirer une espèce d’impossibilité et un dysfonctionnement alors que les intérêts de leurs groupes les empêcheraient de concevoir un autre modèle d’intégration, même si ce dernier contient des valeurs universelles qui font, comme ils le disent eux-mêmes, « consensus rassemblant le plus grand nombre » au Québec.

Qu’il suffise de nommer par exemple les valeurs et principes contenus dans le projet de loi sur l’intégration nationale comme l’égalité des sexes, la laïcité, la liberté de conscience, toutes des valeurs humanistes, universelles et indépendantes des cultures, des religions ou des frontières géographiques qui guident les interactions humaines et auxquelles les Québécois et Québécoises adhèrent.

N’importe-t-il pas, pour les organismes signataires, de protéger ces valeurs et ces principes afin d’en faire bénéficier les nouveaux arrivants qu’ils accueillent et parrainent, et dont plusieurs ont d’ailleurs choisi le Québec en raison justement de ces valeurs?

Finalement, selon les signataires, le Québec s’écarterait « de manière radicale des principes » et « des fondements de l’interculturalisme ».

Or, qu’est-ce que l’interculturalisme, sinon un concept « écran de fumée », puisque frère presque jumeau du multiculturalisme, avec un peu de broderies pour le rendre attrayant.

Ce qui fragilise vraiment le vivre ensemble, c’est la ghettoïsation des nouveaux arrivants, en les communautarisant et en leur faisant croire faussement aux principes de « réciprocité » et de « dialogue », une formule creuse totalement étrangère, dans les faits, à l’interculturalisme et au multiculturalisme dont les signataires se revendiquent. Ce modèle, comme beaucoup de pays le réalisent aujourd’hui, et au premier chef l’Angleterre, a échoué.

Nous croyons que le Québec a le droit, voire même le devoir, d’exprimer ses préoccupations légitimes et qui touchent à l’équilibre entre la préservation des principes fondamentaux de sa société et le devoir d’accueillir les nouveaux arrivants de façon harmonieuse.

Il est plus que temps de penser une autre vision des différences québécoises, en construisant notre propre modèle d’intégration.


1 Laurence Guénette et Stephan Reichhold (8 avril 2025) « Un pas de recul s’impose avec le projet de loi 84 ». Le Devoir [journal], sur le site Le Devoir. (Consulté le 8 avril 2025) https://www.ledevoir.com/opinion/idees/864994/idees-peu-recul-impose-projet-loi-84.

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