Éditorial – La rançon de l’impuissance
Le deuxième mandat de la CAQ est déjà parti pour tourner à l’embardée majeure. L’actualité ne cesse de faire mal paraître l’autonomisme provincial et ses thuriféraires.
Le deuxième mandat de la CAQ est déjà parti pour tourner à l’embardée majeure. L’actualité ne cesse de faire mal paraître l’autonomisme provincial et ses thuriféraires.
Le système de santé craque de partout, l’équivalent d’une ville entière s’engouffre dans le chemin Roxham, le système d’éducation est en lambeaux, celui de la justice tourne à la caricature? Un peu de sucre pour le café? Tout était prévu pour désamorcer le seul discours qui aurait pu permettre d’aborder les choses comme elles sont. Il n’y a pas de crises dans la province. Elle peut toujours compter sur un Canada bienveillant.
Il faut saluer l’initiative du professeur Yves Gingras, qui a réuni des collègues pour protester auprès des autorités universitaires et des responsables des fonds de recherche, au sujet des aberrations et périls que l’approche EDI fait pleuvoir sur la vie intellectuelle et la liberté académique.
Les préoccupations sur l’état des bibliothèques reviennent périodiquement. Les états d’âme, les constats plus ou moins documentés et les revendications corporatistes ont trop souvent servi de cadre aux discussions. Le Portrait national des bibliothèques publiques québécoises, réalisé par l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ) va enfin donner des bases solides à la discussion.
En 1962, parlant des Canadiens français au moment de la résurgence des idées d’indépendance, Hubert Aquin en décrivait ainsi l’ambivalence typique : « ils veulent simultanément céder à la fatigue culturelle et en triompher, ils prêchent dans un même sermon le renoncement et l’ambition ».
Six auteurs se réunissent ici pour donner une impitoyable lecture du livre des solidaires. C’est un véritable jeu de massacre. À les lire, Ce qui nous délie n’aura jamais si bien porté son titre : c’est un nœud de contradictions qui fait office de programme, mieux, de projet de société grandiloquent.
Statistique Canada a frappé un grand coup avec les données du recensement. Ce qui jusque-là pouvait être tenu pour des anxiétés de nationaleux s’est établi avec une évidence que personne ne peut plus nier. Le français est d’ores et déjà effondré au Canada.
Les articles surgissent périodiquement comme pour redire un étonnement : la croissance des ventes de livres québécois se maintient. L’effet pandémie aurait donc été durable. Un nombre grandissant de lecteurs et lectrices trouvent leur miel dans la littérature, dans les essais aussi bien que dans les livres pratiques qui paraissent ici. Ce genre d’étonnement ne cesse d’être étonnant ! Le monde de l’édition se rapproche de la normalité. Les habitudes de lecture se déploient de plus en plus franchement dans un espace