Une absence totale d’acceptabilité sociale

L’annonce par Michael Sabia d’une réévaluation du projet Berri-2, teintée de contrition, ne fait que confirmer une réalité incontournable : ce projet n’a jamais obtenu l’adhésion des milieux concernés.

La condition fondamentale, qui n’est pas au rendez-vous présentement, est l’acceptabilité sociale. Plusieurs intervenants ont fait entendre à cet égard des inquiétudes légitimes.

– Michael Sabia, président-directeur général d’Hydro-Québec (6 mars 2025)

L’annonce par Michael Sabia d’une réévaluation du projet Berri-2, teintée de contrition, ne fait que confirmer une réalité incontournable : ce projet n’a jamais obtenu l’adhésion des milieux concernés. La reconnaissance tardive de l’absence d’acceptabilité sociale ne saurait masquer le fait qu’aucun soutien actif ne s’est manifesté depuis son dévoilement public. À l’inverse, l’opposition demeure massive, diversifiée et constante.

Le conseil d’administration de BAnQ a approuvé le projet par voie de résolution, bien que son statut autonome lui offrait la possibilité de s’y opposer. Pourtant, la direction de l’institution est restée silencieuse, choisissant d’éviter tout positionnement public.

De son côté, le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, a rappelé en entrevue à Tout un matin (7 février 2025) qu’Hydro-Québec devait démontrer la légitimité de sa démarche, soulignant que « beaucoup de réponses manquent encore  » et qu’« il est important qu’il y ait une forme d’acceptabilité sociale […]  ».

Résumé des impacts du projet Berri-2

Il est important de rappeler que l’opposition exprimée à l’égard du projet Berri-2 ne remet pas en cause la nécessité de ce poste de transformation électrique, mais bien l’emplacement retenu par Hydro-Québec. Les préoccupations soulevées se regroupent autour des impacts suivants :

1) Atteinte au développement futur de la Grande Bibliothèque

La construction du poste sur un terrain appartenant à BAnQ compromet l’extension potentielle de la Grande Bibliothèque, un projet envisagé depuis sa création.

Une institution culturelle d’envergure internationale verrait ainsi son rôle et son rayonnement limités par l’implantation d’une infrastructure industrielle.

La vente du terrain de BAnQ à Hydro-Québec soulève des inquiétudes quant à la préservation des espaces publics destinés à la culture et à l’éducation.

2) Transformation irréversible du Quartier latin

L’implantation d’un poste de transformation à haute tension (315 kV) modifierait radicalement la trame urbaine du Quartier latin, un secteur déjà fragilisé et en quête de revitalisation.

L’arrivée d’un tel équipement pourrait décourager d’autres initiatives culturelles ou commerciales qui participent à la dynamisation du quartier.

3) Absence de consultation préalable et déficit d’acceptabilité sociale

Le choix du site a été fait sans consultation des parties prenantes, incluant les acteurs culturels, institutionnels et citoyens directement concernés.

Les consultations annoncées après la mobilisation apparaissent comme des démarches correctives visant à justifier une décision déjà prise.

4) Manque de justification du choix de l’emplacement

Hydro-Québec a avancé des critères techniques pour justifier son choix, mais les analyses menées suggèrent qu’il existe d’autres sites envisageables.

L’absence d’étude comparative approfondie sur les alternatives renforce la perception d’un choix précipité et rigide.

Une issue inévitable : repenser le projet et sa localisation

Face à une opposition massive et à l’absence totale de soutien institutionnel ou politique, Hydro-Québec ne peut plus se permettre d’ignorer la nécessité de revoir en profondeur sa stratégie. La reconnaissance tardive du déficit d’acceptabilité sociale par Michael Sabia marque un tournant, mais elle reste insuffisante tant qu’elle exclut la possibilité d’un recul sur l’emplacement du projet. Tant que cette question fondamentale ne sera pas remise en cause, l’idée d’une acceptabilité sociale ne restera qu’un simulacre.

* Gestionnaire culturel.

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