Une absence totale d’acceptabilité sociale
L’annonce par Michael Sabia d’une réévaluation du projet Berri-2, teintée de contrition, ne fait que confirmer une réalité incontournable : ce projet n’a jamais obtenu l’adhésion des milieux concernés.
Dossier publié dans le numéro d’avril 2025, visant à protéger et défendre Bibliothèque et Archives nationales du Québec contre le projet de poste électrique d’Hydro-Québec s’imposant dans son jardin et détruisant ses possibilités de développement.
L’annonce par Michael Sabia d’une réévaluation du projet Berri-2, teintée de contrition, ne fait que confirmer une réalité incontournable : ce projet n’a jamais obtenu l’adhésion des milieux concernés.
La confiance dans les institutions est un des socles de la démocratie. Il arrive parfois que cette confiance soit ébranlée par des décisions qui semblent nuisibles, voire contraires à l’intérêt public et au bien commun. Dans de telles circonstances, la mobilisation citoyenne est une des avenues qui peut être empruntée pour faire connaître un désaccord, ou manifester une désapprobation profonde.
Dans une réaction à la prise de position de personnalités qui contestent la décision d’Hydro-Québec de vouloir construire un poste à 315-25 kV sur la rue Berri, Graham Fox, le V.-P. relations publiques, soutient qu’il comprend mal cette position dans la mesure où le projet en serait à ses balbutiements. En outre, la société d’État entend soumettre le projet à un concours d’architecture. Est-ce vraiment le principal enjeu de cette implantation?
Qui, autour d’une table d’hommes et peut-être de femmes de bonne volonté, de bonnes idées, de bonne science, a convaincu collègues et direction de la nécessité de maintenir un secret absolu jusqu’au moment où le fait serait accompli? Nous l’ignorons. Mais ce que nous savons, c’est que le mode de préparation d’un projet honnête, utile, vertueux, désirable, a délibérément été la méthode propre à un mauvais coup.
Dans le dossier de la vente des terrains de la Grande Bibliothèque à Hydro-Québec, un détail mentionné par Le Devoir retient l’attention : la présence de deux étages d’entreposage pour les documents de BAnQ à l’intérieur du poste électrique. Est-il acceptable de stocker les archives du Québec dans un tel environnement?
N’est-il pas désolant de constater qu’une grande institution québécoise, BAnQ, dont la mission fondamentale est la diffusion et l’accessibilité de l’information sous toutes ses formes fasse preuve d’une opacité aussi tenace ? Rappelons que deux grandes sociétés d’État québécoises, Hydro-Québec et BAnQ, se sont secrètement entendues depuis longtemps sur le transfert de propriété du terrain adjacent à la Grande Bibliothèque au profit d’Hydro-Québec.
Le gouvernement du Québec a imaginé dès 1996 un lieu extraordinaire de savoir et de culture pour Montréal et le Québec tout entier ; le lieu vivant, dynamique et ouvert sur la ville qu’est maintenant la Grande Bibliothèque. Son succès est indéniable, avec son 1,5 million de visiteurs par année.
Le projet Berri-2 d’Hydro-Québec, qui planifie en secret depuis 2018 la construction d’un poste de transformation électrique à l’intersection des rues Berri et Ontario, a suscité une vive opposition depuis sa divulgation fortuite en novembre 2023.
La Grande Bibliothèque est une institution culturelle phare du Québec. Il n’est pas étonnant que le projet de construction d’un poste électrique sur les terrains attenants à cet édifice ait suscité un tollé. Lettres collectives et individuelles, résolutions, pétition et entrevues ont rapidement révélé l’ampleur de l’incompréhension et de l’indignation.