Le projet Berri-2. Une controverse au coeur du quartier latin

Les grandes dates du projet et des réactions qu’il a suscitées

Le projet Berri-2 d’Hydro-Québec, qui planifie en secret depuis 2018 la construction d’un poste de transformation électrique à l’intersection des rues Berri et Ontario, a suscité une vive opposition depuis sa divulgation fortuite en novembre 2023. L’emplacement choisi, en occupant l’entièreté des jardins de la Grande Bibliothèque de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), met en cause l’avenir de cette institution culturelle majeure et le développement du Quartier latin. Des citoyens intéressés et des acteurs du milieu culturel, universitaire et politique ont multiplié les interventions pour demander une relocalisation du projet. Voici les faits marquants de cette controverse.

22 juin 2022 – Le conseil d’administration de BAnQ adopte à l’unanimité une résolution acceptant une entente d’intention soumise par Hydro-Québec. Cette entente prévoit l’acquisition d’un terrain de 64 000 pieds carrés pour la construction du poste de transformation Berri-2. L’adoption de cette résolution est tenue secrète.

23 juin 2022 – Le gouvernement du Québec et BAnQ annoncent le 23 juin 2022 la création de la Maison de la Musique et de la Chanson du Québec qui verra le jour grâce à la réfection de la Bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis. Les médias rapportent que son financement sera en partie défrayé par la vente à Hydro-Québec d’un terrain appartenant à BAnQ. Aucun renseignement n’est proposé sur la nature et l’emplacement de ce terrain.

23 mars 2023 – Le conseil d’administration de BAnQ adopte à l’unanimité une résolution qui autorise sa direction à signer l’offre d’achat soumise par Hydro-Québec et l’acte de vente qui s’ensuit, conditionnellement à l’obtention des autorisations gouvernementales requises par la loi. L’adoption de cette résolution est tenue secrète.

17 octobre 2023 – Le conseil d’administration de BAnQ approuve le projet d’acte de vente reprenant les termes et conditions de l’offre d’achat signée par les parties.

4 novembre 2023 – Première divulgation dans un article du Journal de Montréal, suite à une fuite, du projet de poste électrique dans le Jardin de la Grande Bibliothèque. Lise Bissonnette y exprime publiquement son opposition et dénonce l’aliénation du potentiel de développement de la Grande Bibliothèque.

14 novembre 2023 – Le Journal de Montréal fait connaître la réaction de Phyllis Lambert selon laquelle le projet est un « grand désastre  » qui affectera lourdement et irrémédiablement le quartier.

19 avril 2024 – Dans une lettre à la mairesse de Montréal, le p.d. g. d’Hydro-Québec reconnaît les préoccupations de la Ville sur l’aménagement du poste Berri-2 et ses impacts. Il annonce notamment la création d’un comité réunissant Hydro-Québec, la Ville de Montréal, l’Arrondissement Ville-Marie et BAnQ.

14 mai 2024 – Le conseil municipal de Montréal approuve un projet d’acte entérinant la renonciation, au profit d’Hydro-Québec, à une portion de la servitude de passage grevant le terrain adjacent à la Grande Bibliothèque.

11 juin 2024 – Dans une lettre ouverte, plus de 60 personnalités exhortent le gouvernement du Québec à bloquer le projet de construction. Elles appellent également Culture Montréal, reconnu par le ministère de la Culture et des Communications comme conseil régional de la culture, à organiser un débat sur les enjeux du projet.

17 juin 2024 – Première intervention publique d’Hydro-Québec : une conseillère de la société d’État évoque la tenue d’un concours international d’architecture devant assurer une intégration harmonieuse du bâtiment du poste à la trame urbaine. La société reste ferme sur le choix de l’emplacement.

24 septembre 2024 – La députée de Ste-Marie–St-Jacques, Manon Massé, réclame une étude de solutions alternatives et qualifie le projet de « catastrophe pour le Quartier latin  ».

23 octobre 2024 – Premier de deux déjeuners-causeries organisés par Hydro-Québec au profit des organismes du quartier, le second étant tenu le 13 novembre. Aucun dirigeant d’Hydro-Québec n’est présent. La documentation remise aux participants précise que le nouveau poste à 315 kV doit être construit dans un rayon d’environ 500 mètres du poste actuel et nécessitera une superficie d’environ 7 500 m2 (80 700 pi2), soit l’équivalent de 1,5 terrain de football américain. L’accès à l’événement est refusé aux journalistes.

24 octobre 2024 – Lors de son assemblée générale annuelle, les membres de Culture Montréal adoptent à l’unanimité une résolution exigeant de l’organisme qu’il soutienne la nécessité d’une consultation publique rigoureuse sur le choix du site et son acceptabilité sociale.

20 novembre 2024 – Un comité ad hoc réunissant une douzaine de personnalités réfractaires au projet et de représentants d’organismes du Quartier latin entreprend une série d’actions en faveur de la relocalisation du poste Berri-2.

2 décembre 2024 – Une lettre manifeste intitulée « Hydro-Québec sur le site de la Grande Bibliothèque, c’est non  », signée par plusieurs personnalités influentes, est publiée dans Le Devoir et transmise au Conseil des ministres et aux membres de l’Assemblée nationale. Elle demande au gouvernement de s’abstenir de signer le décret autorisant BAnQ à vendre le terrain.

4 décembre 2024 – Lors d’une session à l’Assemblée nationale, Manon Massé interpelle le ministre de la Culture et des Communications, responsable de BAnQ, mais c’est la ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie qui répond. L’autorisation gouvernementale de vente du terrain semble suspendue.

4 décembre 2024 – Dans une lettre au Devoir, le vice-président affaires publiques, relations externes et communications d’Hydro-Québec, qualifie d’alarmistes les signataires de la lettre manifeste et affirme avoir la conviction que le nouveau poste sera un beau bâtiment. Toutefois, les exemples de projets d’intégration réussie qu’il cite à l’international ne concernent pas des postes de transformation de 315 kV ou des postes situés au centre de villes d’importance.

16 décembre 2024 – Le Syndicat des professeurs de l’UQAM et plusieurs assemblées départementales manifestent leur opposition au projet par des résolutions invitant le conseil d’administration de l’UQAM à manifester son opposition à la construction du poste de transformation sur le terrain de BAnQ. Le Devoir en rend compte, le 9 janvier 2025.

20 décembre 2024 – Publication de la lettre « Un enjeu de signature architecturale, vraiment ?  » de Gérard Beaudet dans Le Devoir.

30 décembre 2024 – Le Devoir publie la lettre « Hydro et les limites de la confiance  », de Yves Gingras.

6 février 2025 – Hydro-Québec tient pour la première fois une conférence de presse lors de laquelle elle confirme qu’elle retient le terrain de BAnQ pour son futur poste électrique dans le Quartier latin à Montréal.

7 février 2025 – En entrevue à la radio de Radio-Canada, le ministre Mathieu Lacombe reconnaît que beaucoup de questions restent sans réponses et qu’Hydro-Québec doit s’assurer de l’acceptabilité sociale du projet.

18 février 2025 – Lancement d’une pétition contre la construction du poste sur le terrain de BAnQ initiée par Michel Lacroix, Marie-Andrée Beaudet et Alex Noël. Près de mille citoyens et personnalités y apposeront leur signature.

19 février 2025 – Dans un texte intitulé « Éviter le gâchis  », publié dans Le Devoir, Louise Beaudoin rappelle les origines de la Grande Bibliothèque, s’explique mal le silence du conseil d’administration de BAnQ et dénonce l’abandon du potentiel de développement de l’institution. Elle invite le gouvernement à chercher une alternative qui ne compromettrait pas de manière irréversible le projet original d’extension de la Grande Bibliothèque.

19 février 2025 – Un éditorial du Devoir met en lumière la désapprobation sociale croissante face au projet et souligne la nécessité pour les parties concernées de revoir leurs plans.

1er mars 2025 – Dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir sous le titre « BAnQ à vendre : une institution de moins en moins grande et une décision sans vision pour l’avenir  », Marie D. Martel et Carol Couture réclament un engagement ferme afin d’assurer à BAnQ le leadership et les ressources essentielles à l’accomplissement de ses missions, tout en préservant l’intégrité de ses espaces et son développement futur.

3 mars 2025 – L’Association citoyenne du Village de Montréal (ACVMtl) s’oppose fermement à la vente du terrain de la Grande Bibliothèque et plaide pour l’agrandissement du site du poste existant sur la rue Berri. Cette position est exprimée dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir.

6 mars 2025 – Dans une déclaration intitulée « Hydro-Québec doit faire mieux  » publiée sur le site de la société d’État, son p-d.g. Michael Sabia, reconnaît l’absence d’acceptabilité sociale et la nécessité d’une réévaluation des options du projet. Aucune mention n’est faite de l’opposition manifestée à l’égard de l’emplacement choisi.

15 mars 2025 – Sous le titre « Le p.-d.g. d’Hydro-Québec a fait pire  », Pierre MacDuff, Lise Bissonnette et Michel Leclair signent dans Le Devoir un texte dénonçant la position de Michael Sabia. Ils lui reprochent de réduire l’opposition à une masse indistincte de citoyens déboussolés et de ne pas reconnaître que la contestation porte avant tout sur l’inacceptabilité de l’appropriation du terrain par Hydro-Québec et sur les impacts que cette cession aura sur le développement futur de la Grande Bibliothèque.

En date du 21 mars 2025, quelque 70 articles, lettres publiques, reportages télé et radiophoniques ont porté sur ce projet et la contestation de son emplacement. BAnQ n’a encore accordé aucune entrevue ni émis aucune déclaration publique. L’institution a uniquement consenti à révéler, en février, le texte des trois résolutions adoptées par son Conseil en 2023, et ce, en réponse à une demande formulée en vertu de la Loi d’accès aux documents publics.

Liste des personnes mentionnées ou associées aux démarches mentionnées. Ne sont retenus que leur titre en fonction de leur implication dans le dossier.

* Signataires de la lettre manifeste du 3 décembre 2024

Gérard Beaudet, urbaniste émérite, professeur titulaire à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal*

Louise Beaudoin, ministre de la Culture et des Communications (1995-1998)

Lise Bissonnette, fondatrice de la Grande Bibliothèque et présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (1998 à 2009)*

Michel Marc Bouchard, dramaturge, scénariste, commissaire de l’exposition inaugurale de la Grande Bibliothèque *

Carol Couture, archiviste émérite, professeur titulaire, directeur (2001-2005) de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal*

Marie-Claude Durand, cheffe, affaires régionales et relations avec les collectivités chez Hydro-Québec ; signataire d’une lettre ouverte parue le 17 juin 2024 dans Le Devoir et Le Journal de Montréal

Graham Fox, vice-président affaires publiques, relations externes et communications d’Hydro-Québec

Christine Fréchette, ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie

Réjean Gagnon, ex-chargé de projet Environnement chez Hydro-Québec et lanceur d’alerte

Yves Gingras, professeur d’histoire et sociologie des sciences à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)*

Catherine Gosselin, secrétaire générale du syndicat des professeurs de l’UQAM (SPUQ)

Mathieu Lacombe, ministre de la Culture et des Communications

Phyllis Lambert, architecte, fondatrice du Centre canadien d’architecture (CCA), présidente du jury du concours d’architecture de la Grande Bibliothèque*

Marie D. Martel, professeure agrégée à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal

Manon Massé, députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques

Michael Sabia, président-directeur général d’Hydro-Québec

Christine St-Pierre, ministre de la Culture (2007-2012)*

Alain Grégoire, Marie-Christine Larocque et Pierre MacDuff, coauteurs d’une lettre publique parue en juin 2024 et cosignée par une soixantaine de personnalités

Michel Lacroix, Jean-François Hamel, Marie-Andrée Beaudet et Alex Noël, universitaires à l’origine de la pétition mise en ligne le 5 février 2025

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