Christine Fréchette s’est fait rouler dans la farine par le premier ministre Carney. Elle a aliéné l’indépendance énergétique du Québec pour quelques kilowatts supplémentaires. Elle a accepté de mettre le Québec sous la tutelle du gouvernement fédéral. On peut à juste titre s’étonner de la présence du premier ministre canadien à la signature d’un contrat entre deux provinces. Avez-vous remarqué l’air rayonnant de Mark Carney qui se tenait au centre de l’événement, chapeautant les deux premiers ministres provinciaux? Il avait bien raison de se montrer tout sourire, car il venait de faire un coup fumeux.
L’entente de Churchill Falls, signée hier entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador, dépasse largement le cadre d’un simple contrat commercial. Avec cette entente, non seulement le Québec reconnaît implicitement la frontière du Labrador, mais le fédéral vient d’étendre ses pouvoirs et de faire main basse sur le développement d’Hydro-Québec. En vertu de l’article 91(2) de la Loi constitutionnelle de 1867, qui attribue au Parlement fédéral le pouvoir exclusif de légiférer sur le commerce entre les provinces, et en vertu de ses pouvoirs en matière de transport, le fédéral peut désormais s’ingérer dans la gouvernance de la distribution de l’électricité comme il le fait avec les pipelines dans l’Ouest canadien. Désormais, Ottawa peut exercer son pouvoir réglementaire sur les ressources énergétiques d’un océan à l’autre. Le transport de l’énergie devient la colonne vertébrale du Canada au XXIe siècle comme le chemin de fer l’a été au XIXe siècle.
Jamais jusqu’à présent le fédéral n’avait contribué au développement du réseau de transport de l’énergie électrique. Il n’a jamais mis un sou dans le développement de l’hydroélectricité au Québec. Mais il a accordé un traitement de faveur à Terre-Neuve en finançant la construction des lignes électriques de cette province pour qu’elle se connecte au réseau d’Hydro-Québec et puisse exporter son énergie aux États-Unis comme il l’a fait pour l’Alberta en finançant la construction d’un pipeline pour désenclaver le pétrole de l’Alberta et l’exporter en Asie.
En signant à la va-vite cette entente, la première ministre du Québec a bradé l’intérêt national du Québec pour des finalités électorales. En acceptant de financer la concurrence de Terre-Neuve sur le marché de l’énergie, elle a affaibli le Québec. Elle a mis le réseau payé par les Québécois au service de l’unité canadienne. Christine Fréchette vient de faire un immense cadeau au fédéral en lui concédant le contrôle sur la politique énergétique du Québec.



