Automne 2015 – En pilant sur l’honneur
Voilà que ça dure depuis que le Canada est le Canada, depuis que le sort des armes en a décidé une fois en 1759, une autre fois en 1837 et ça dure et ça dure comme une lancinante condamnation.
Cette section présente les éditoriaux des Cahiers de lecture de L’Action nationale, qui recensent les essais québécois et paraissent trois fois par année. Consultez notre boutique pour vous abonner ou acheter des numéros individuels.
Voilà que ça dure depuis que le Canada est le Canada, depuis que le sort des armes en a décidé une fois en 1759, une autre fois en 1837 et ça dure et ça dure comme une lancinante condamnation.
La Grande Bibliothèque célèbre son dixième anniversaire. Il y a de quoi célébrer. Voilà une réussite formidable qui inspire fierté et confiance. Il faut le clamer haut et fort. L’institution qui fait aujourd’hui l’unanimité, on l’oublie aisément, est d’abord née dans la controverse.
C’est à croire que le Québec a renoncé à ses compétences en culture tant le silence de la ministre Hélène David est assourdissant. Cela ne veut pas dire qu’elle ne parle pas. Bien au contraire, c’est une politicienne en apprentissage et elle applique plutôt bien les consignes élémentaires des manuels de communication politique : il n’est pas nécessaire d’avoir quelque chose à dire.
La morosité a gagné la partie. Et ce ne sont pas les appels au secours de la ministre de la Culture qui vont rassurer le milieu, qui sait trop bien le poids de la culture sur la table du conseil de l’austérité. Et pourtant, la diversité et la qualité de la production éditoriale atteignent des niveaux admirables.
L’oikophobie, c’est la «haine de la maison natale» ou si l’on veut, le rejet de l’héritage, le mépris de tout ce qui peut rappeler que notre présent ne s’auto-engendre pas.
Au moment d’écrire ces lignes, le Québec est encore invité à spéculer sur la date de la prochaine campagne électorale. Il sera bien difficile, dans ces circonstances prévisibles, d’imposer des enjeux aussi abstraits que ceux que soulève la réforme fédérale du soutien aux revues savantes et à la diffusion de la recherche.
Les revues, pourtant d’un dynamisme impressionnant, sont les parents pauvres de l’édition québécoise. En dépit des efforts louables de la Société de développement des périodiques culturels, elles évoluent dans un univers littéralement confidentiel. Tous leurs artisans le diront : avec les moyens qui sont les leurs, dans le contexte où elles évoluent, elles sont toutes condamnées à recruter un à un leurs lecteurs.
Dans le monde des essais québécois, La bataille de Londres de Frédéric de Bastien marque un moment charnière : il y a des lustres qu’un ouvrage n’avait eu une telle portée sur le politique. Voilà un essai qui n’éclaire pas seulement une tranche d’histoire, mais en force une relecture radicale.